LES DOLÉANCES DE LOUIS XIV
quis de Lavardin mon Ambassadeur, dont les instructions ne tendoient qu'à rétablir un bon concert entre Sa Sainteté et moy ; et dans une affaire purement temporelle, il s'est servi des armesspirituelles, pour le déclarer notoirement excommunié, contre l'avi& même de ceux qui sont le plus dévoués à ses sentiments, et les plus emportez contre mes interests.
Que tous les soins que vous et le Marquis de Lavardin avez pris pour luy faire connoistre (ju'on pourroit trouver des temperamens capables de concilier sa satisfaction avec la mienne, ont esté inutiles : Qu'il en a rejette toutes les propositions avec hauteur, faisant même entendre par tout, que vôtre entremise, ny celle du Marquis Lavardin ne pouvoient jamais luy estre agréables.
Que c'est ce qui m'a enfin obligé, pour lever tous les obstacles qui pouvoient l'embarrasser, de lay dépêcher secrètement un homme de confiance, auquel j'avoie donné une lettre de ma main en créance pour Sa Sainteté.
Qu'il s'est d'abord adressé à Casoni, et ensuite au Cardinal Cibo, auquel il a fait voir ma lettre, en sorte que le Bape n'a pu ignorer, que je l'avois choisi pour l'informer de mes plus secrètes intentions, sans vous en rien communiquer, ni a mon Ambassadeur. Que cependant toutes les diligences qu'il a pu faire n'ont servi qu'à luy faire donner une exclusion formelle, avec plus d'indignité, que s'il eût été envoiyé par le moindre Prince de la Chrétienté. Que le déplaisir de s'en revenir sans avoir exécuté mes ordres l'avoit enfin obligé de se découvrir à vous et au Marquis de Lavardin ; mais que toutes vos remontrances par écrit et de vive voix a Sa Sainteté sur le blâme qu'elle s'attireroit dans toute la Chrétienté, du refus si injurieux d'une personne de confiance autorisée d'une lettre de ma propre main avec ordre de ne s'expliquer qu'à Sa Sainteté même sans l'interposition d'aucun Ministre, n'avoient pu rien obtenir (ju'une espèce de menace de se porter bientôt à de plus grandes extrémités.
Que cependant, non seulement je n'ay refusé d'entendre le Nonce de Sa Sainteté lorsqu'il a eu quelque chose à me représenter de sa part, mais même que pour marquer encore davantage mon zèle et ma vénération pour le saint Siège, je voulus bien donner plusieurs audiences secrètes dans mon cabinet, au nommé Carlo
Cavari Prêtre Napolitain, du moment qu'il avoit une Mission secrette de Sa Sainteté, et qu'elle l'avoit chargé de faire des propositions très importantes, qui pouvaient rétablir une parfaite intelligence entre nous, quoyqu'il n'eut en effet aucune autre marque de la confiance du Pape, que quelques Lettres de Dom Livio son Neveu, et que je lui eusse assés fait connoître, que s'il me faisoit voir un mot de Sa Sainteté qui l'autorisât, je l'écouterois toutes les fois qu'il desideroit. Je laisse au Pape à faire la comparaison de ce traitement, à celui qu'il a fait à mon Envoyé, reconnu par ses Ministres et par -sa Sainteté même, sur les assurances que le Cardinal Cibo lui a dû donner, et que vous lui avez confirmées.
Je suis bien persuadé, qu'il n'y auroit point d'ennemy déclaré de ma Couronne, qui refusât d'écouter celui qui lui porteroit une lettre de ma main, et je m'assure aussi qu'il n'y a point eu de Pape, et qu'il j en aura jamais qui se porte à une extrémité si peu convenable à la qualité de Père Commun.
Mais on peut dire, que Sa Sainteté a fait paroistre sa haine personnelle contre la Couronne, et sa partialité pour la Maison d'Autriche encore plus ouvertement, dans tout ce qui s'est passé touchant la postulation du Card. de Purstemberg à la Coadjutorerie, et ensuite à l'Electorat de Cologne.
On n'aurait pas pu croire, qu'un Doien du Chapitre, qui en a si long-temps administré les plus importantes affaires avec toute la sagesse et la bonne conduite qui lui ont acquis l'estime de tous ses Confrères, qui a esté postulé à la Coadjutorerie, du consentement, tant du feu Electeur, que de tous les Chanoines et qui est de plus honoré de la dignité de Cardinal, n'ait pu obtenir sa confirmation du même Pape qui l'en a revêtu.
Sa Sainteté assûroit par ce moyen le repos de toute l'Europe et ne donnoit aucun juste sujet de plainte à ceux qui sont les plus opposés a l'élévation dud. Cardinal ; Elle n'auroit pas même eu besoin de se servir des grâces, dont la divine providence l'a rendu le dispensateur; il sufisoit seulement de lui accorder la permission de se démettre de l'Evêché de Strasbouro-, et il n'auroit eu besoin ni de Bref d'Eligibilité, ni de faveur, ni de recommendation. Cependant Sa Sainteté ne s'est pas contentée de lui refuser cette justice; mais on peut dire qu'entrant aveuglement
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dans tous les interests de la Maison d'Austriche, Elle set (sicl) dépoiiillée tout d'un coup de cette rigidité qui lui avoit donné jusqu'alors un si grand éloignement pour toutes les grâces, et Elle en a fait une profusion si extraordinaire en faveur d'un jeune Prince âgé seulement de dix-sept ans, (ju'il ne faut que lire le Bref qu'elle lui a accordé, pour voir qu'il ne peut avoir esté dicté que par ceux qui ne reconnaissent aucune règle que celle qui convient à leurs passions et à leur interests, et non pas par un Pape qui s'est toujours fait une scrupule de conscience d'accorder la moindre grâce à mes prières.
C'est cependant ce Bref qui a donné la force et le mouvement à toutes les intrigues, cabales, corruptions et injures dont le comte de Kaunitz s'est servi pour gagner trois ou quatre voïx, et troubler l'union du Chapitre qui avoit paru dans la Postulation du dit Cardinal à la Coadjutoire ; ce qui n'a pas empêché neantmoins. que la plus grande et la plus côsiderable partie ne se soit déclarée en faveur dudit Cardinal, et ne l'ait proclamé.
C'est enfin cette conduite du Pape, et tout ce que je viens de vous écrire, qui porte les affaires de l'Europe à une" guerre générale, qui donne au Prince d'Orange la hardiesse de faire tout ce qui peut marquer un dessein formé d^aller attaquer le Roi He Angleterre dans son propre Royaume, de prendre pour prétexte d'une entreprise si hardie le maintien de la Religion Protestante, ou plutôt l'extirpation de la Catholique, et le renversement entier de la Monarchie; Qui donne à ses Emissaires et aux Ecrivains de Hollande l'insolence de traitter de supposition la naissance du Prince de Galles, d'exciter les sujets du Roy de la grande Bretagne à la révolte et se prévaloir de la nécessité où me mettent la partialité du Pape et les violences de la Cour de Vienne contre le Cardinal de Furstemberg, et la plus saine partie du Chapitre de Cologne, à faire avancer mes troupes pour leur donner tout le secours et la protection dont ils peuvent avoir besoin pour se maintenir dans leurs droits et dans leurs libertés.
Sa Sainteté peut bien croire aussi que quelque attachement que j'aye, et que j'auray toujours pour le Saint Siège, je ne puis plus m'empêcher de séparer la qualité de chef de l'Eglise, de celle d'un Prince temporel qui épouse ouvertement des interests
des Ennemis de ma Couronne: que l'obligation qu'elle m'impose, ne me permet plus d'attendre de sa part aucune justice sur les différents qui me regardent. Que je ne puis, plus les reconnoistre pour médiateur des contestations que a fait naistre la succession Palatine entre ma Belle Sœur et la Maison de Neubourg. Que je sy aurays bien faire rendre à cette princesse la justice qui lui «st deue, par les moyens que dieu m'a mis en main contre les violentes usurpations de l'Electeur Palatin: Que d'ailleurs je ne prétends pas laisser plus longtemps le duc de Parme mon allié, dépouillé de ses Etats de Castro et de Ronciglione, dans lesquels il doit estre rétabli en exécution du traité de Pise dont je suis garents. Ainsi je veux, que pour ne laisser à Sa Sainteté aucun lieu à douter de la résolution qu'Elle m'a obligé de preindre, vous lui demandiez en mon nom qu'Elle fasse incessament remettre 1-e dit duc de Parme en possession de ses Etats de Castro et de Honciglione, comme il est stipulé par le dit premier article, luy déclarant qu'au moindre retardement qu'Elle y aportera, je feray entrer mes troupes en Italie, pour y demeurer, jusqu'à ce que ce Prince mon allié, soit rentré dans la jouissance de les dits Etats; et que je me mettrai dans le même temps en possession de la ville d'Avignon, soit pour la rendre à Sa Sainteté, après l'entière •exécution du traité de Pise, ou pour la retenir, et donner au dit duc de Parma le prix pour lequel elle a esté engagée, en déduction des interests et des dommages qu'il pourroit souffrir d'une plus longue privation des susdits Etats.
Que je continuerai cependant à donner au Cardinal de Furstemberg et au Chapitre de Cologne toute la protection de leurs droits sans refuser à ma Belle Sœur le secours qui lui sera nécessaire, pour le recouvrement de^ ce qui luy appartient de la succession des Electeurs Palatin ses Père et frère.
• Je m'assure que tous les Princes et Etats de la Chrétienté, qui considéreront sans passion la conduite que le Pape a tenue •envers moy depuis son élévation au Pontificat, et qui connoitront d'ailleurs les soins et les empassements que j'ay toujours eu en rechercher son amitié tout ce que j'ay fait pour le bien et l'avantage de nostre Religion, mon attachement sincère et ma vénération pour le Saint Siège, mon aplication à maintenir le repos de l'Eu-