BONVISI CONSEILLE LA PAIX À L'EMPEREUR
gnols, sans direction, privés de l'aide des Anglais et, presque abandonnés par les Hollandais, étaient en train de perdre toute la Flandre; que, par conséquent, il valait mieux en sauver une partie par la paix, comme semblaient le désirer les Espagnols; qu'il était à espérer que les affaires de la Lorraine s'arrangeraient d'une manière tolérable, tandis qu'il y avait peu à disputer sur les intérêts de S. M. impériale, car il était très probable que le roi très-chrétien se contenterait de lui restituer Fribourg, avec la démolition de Fhilippsbourg, les plus grandes ditficultés venant du côté des coalisés du Nord; que S. M. n'était pas obligée de se sacrifier elle-même et, avec elle, les intérêts publics, pour soutenir des princes qui non seulement ne l'avaient pas aidée, mais l'avaient même offensée par les violences, qu'ils redoubleraient peut-être, s'ils demeuraient en possession des conquêtes déjà faites; qu'il était plus dans l'intérêt de S. M. de permettre qu'ils fussent forcés à en restituer une partie, attendu qu'ils seraient affaiblis et auraient en face d'eux les Suédois qui, désireux de regagner le terrain perdu, les arrêteraient s'ils voulaient nuire à l'empereur; qu'il lui fît comprendre que l'entretien d'une seule place près du Kliin coûterait à S. M. bien des soucis et de l'argent, tandis que, avec moins de peine et plus de gloire, il pourrait faire la guerre en Hongrie, étendre les limites de son royaume et assurer Vienne ; et qu'enfin de deux choses l'une : ou les Turcs attaqueront les forces impériales, ou bien les Moscovites, or, dans l'une et l'autre hypothèse il convenait à S. M. de faire la guerre et de se défendre en Hongrie, d'autant plus que le résident à Constantinople avait écrit que les Turcs se préparaient à attaquer les forces impériales. L'empereur, se rendant à ses raisons, lui avait répondu que cela l'engageait à faciliter la paix, que, du reste, il croyait prochaine, car les Espagnols y étaient forcés à cause de l'abandon des Hollandais, jaloux duprinced'Orange
et aussi par Ja crainte d'un soulèvement en Angleterre contre le roi et les catholiques, accusés par le Parlement d'être les auteurs de l'alliance du roi d'Angleterre avec la France. En attendant, poursuivit Fempereur, il s'agit de la trêve de six semaines que les coalisés ont proposée, mais que les Français voudraient de six mois, que cela le mettait dans l'embarras, ne sachant où faire camper ses troupes. «Comme V. Em. le sait, c'est là que git la ditïiculté principale pour faire accepter la suspension d'armes, bien des fois proposée. Pourtant, en réfléchissant mieux sur ce point, j'ai cru trouver de bonnes raisons pour décider l'empereur à la paix du moment que les plénipotentiaires cherchent à calmer l'Espagne. » Du reste, poursuit Bonvisi, la trêve ne peut être bien nuisible à l'empereur, car. son armée est déjà payée pour tout l'été avec l'argent qu'on a recueilli dans les divers quartiers d'hiver, selon l'usage de l'Allemagne. Par conséquent, il ne sera pas nécessaire d'imposer aux pays une nouvelle contribution, et l'armée impériale vivra avec ces subsides dans les provinces en deçà du Rhin, tandis que, en continuant la guerre^ si les troupes devaient passer le fleuve et se rendre dans les pays dévastés, les soldats mangeraient en un mois l'argent qui leur servirait pour l'été, pendant lequel ils pourront se procurer des vivres à bon marché. En outre, l'armée impériale manque d'infanterie, par conséquent, il serait tout à fait impossible qu'elle puisse se rendre maîtresse de places fortes, et elle serait décimée dans la campagne. «En définitive, conclut le nonce, S. M. est très portée à la paix par la considération des désordres qui régnent en Espagne, des jalousies entre les coalisés, d'une attaque des Turcs, et^ par 'dessus tout, de l'infidélité de ses ministres... » Quelques jours après, le 19, Bonvisi est plus affirmatif encore: «il me paraît, écrit-il, que désormais on peut être certain qu'on aura la paix, les Espagnols étant convaincus de sa nécessité par suite de l'abandon des Hollandais, du manque d'aide de la
l'empereur se montre disposé à la paix 341
part des Anglais, et à cause de l'antagonisme entre le roi et les Chambres, ce qui peut entraîner la dissolution du Parlement et, peut-être, la guerre civile. L'empereur approuve et trouve prudente la paix; il ne voit aucun intérêt à attirer contre lui les armées de France en voulant défendre les coalisés du Nord, étant donné surtout que, pour ce qui le regarde, la question est fort discutable. S. M. espère que la Lorraine trouvera des conditions meilleures que celles exigées par les Hollandais et qu'elle a plus à gagner à s'occuper uniquement de la Hongrie, si elle y est aidée par les Espagnols et, par S. S., avec de l'argent, car il a assez de soldats... Pour moi, écrit-il, me dérobant en ce qui touche à S. S., j'ai fait noter que, dans une conversation avec l'ambassadeur d'Espagne, il s'est déclaré bien disposé à en écrire à son roi ... H est certain qu'il est difficile de trouver une meilleure occasion de faire la guerre contre le Turc^ parce que l'armée impériale est sur un excellent pied et nombreuse. S. M., décidée à faire la paix, et voyant que tous se détachent d'elle, aurait cherché à en accélérer la conclusion; mais elle pense que le temps fait défaut pour discuter une foule de points, dont chacun peut servir à la France de prétexte pour recommencer la guerre contre l'empire isolément, voyant l'empereur engagé contre le Turc. Je doute fort, par conséquent, que S. M. Ces. puisse entreprendre une action vigoureuse, à cause de l'attitude très hostile des Français, attitude qui autorise les ministres impériaux à croire qu'aussitôt que les ligues seront dissoutes la France fera de nouveau la guerre à l'empire ... ».
Le 18, Bevilacqua informe Cybo que le duc d'York l'a fait avertir que son frère s'interpose pour faire la paix, et que l'empereur y serait aussi disposé si la France se montrait moins rigoureuse à l'égard du duc de Lorraine; que, cependant, les dernières paroles du roi de France ont été:
« qu'il a fait son possible, et qu'a l'avenir, il le rendra plus content, l'obligeant en attendant de faire preuve de sa valeur en guerre». Et, le 21, il remercie Yarese d'avoir parlé à Pomponne en faveur de la religion, et il l'avertit que, de son côté, il en a parlé aussi aux ambassadeurs de France qui lui ont laissé espérer qu'ils s'en occuperaient pour les Provinces Unies. 11 répète à son collègue que tout fait croire que la paix sera bientôt conclue entre la France et la Hollande, car les Etats Généraux s'occupent des négociations de Beverning; et il conclut en le priant d'user de son influence en faveur de Liège, afin que ce diocèse ne soit pas dépouillé de Binant par la, maison de Bouillon, qui prétend à cette terre à titre d'héritière de la Marche. « Déjà, continue Bevilacqua, par mes lettres des 3 et 20 août de l'année dernière, j'informais V. S. Ill.me des ditïicultés opposées par les ambassadeurs de France au sujet des brefs de ma nomination et, en même temps, de mes réponses et des démarches qui furent faites pour les satisfaire; et leur silence durant dix mois me laissa croire que j'avais réussi à les tranquilliser. Mais, hier, ils sont venus me voir et m'ont dit que le roi leur avait fait savoir que, si N. S. ne se décidait pas à le désigner dans le bref après l'empereur, séparément et distinctement des autres princes, sa volonté était que, dans le traité de paix, il n'y eût aucune allusion à la médiation du Saint Siège. J'ai répondu que le bref avait été rédigé selon l'ancien style de la Curie et calqué sur celui de Munster; et que j'avais toujours cherché à me régler sur ce qui avait été fait à ce Congrès. Ils répliquèrent que cela ne les satisfaisait pas, car à Munster on ne fit pas voir le bref, et le pape n'avait pas signé le traité. Je leur représentai ce que Siri rapporte à la page 360 du 5^ volume de son Mercurio^ où l'on témoigne que le nonce remit les brefs apostoliques, et qu'en parlant de la paix, on mentionna ensemble les deux Couronnes, ce qui ressort, du reste, des mémoires du pape