LA QUESTION DU BREF FACULTATIF REVIENT
Alexandre. Mais, comme je ne parveDaîs pas à les satisfaire, car, à ce qu'il paraît^ l'ordre du roi ne leur laisse aucune initiative, j'ai conclu que j'en écrirais à Rome. Comme il semble que la paix sera prochainement signée entre l'Espagne et la France, je suis d'avis qu'en cette circonstance il serait utile pour nous que la paix règne aussi en Italie, en écartant les dilficultés qui peuvent exister entre les deux Maisons, comme on l'a fait aux Pyrénées pour la question de la succession de Guastalla; j'en ai parlé au maréchal d'Estrades, lequel m'a conseillé d'en faire informer Pomponne par Y. S. 111. me, mais il n'y a pas de temps à perdre. Quant aux intérêts du duc de Lorraine, quoique la lettre de V. S. en date du 13, me fasse comprendre les difficultés que dans sa prudence elle voit à en parler, je suis toutefois obligé de répéter ce que j'ai dit, car l'Angleterre continue à traiter, et le roi très-chrétien se montre disposé à quelques concessions pour plaire à celui d'Angleterre; or il me semble regrettable qu'un prince catholique soit réintégré dans ses droits uniquement par les bons otiSces d'hérétiques. Ici les ambassadeurs n'ont pas de pouvoirs pour traiter, et pour cela, il faut recourir au roi ; et les ordres de Rome sont longs à venir. Mercredi, le ministre du duc, parlant avec les ambassadeurs de France, ne leur a dit qu'une seule chose, à savoir: qu'il les suppliait d'obtenir pour son prince des conditions meilleures ; et Y. S. Ill.me peut suivre cet exemple, montrant la non culpabilité du duc actuel et, par suite, la justice de ses droits à la succession des Etats, en laissant à la générosité royale d'en fixer les conditions ».
Le 21, Bevilacqua annonce à Cybo que les ambassadeurs français sont venus lui dire que leur roi a ordonné que, si le bref facultatif n'est pas modifié, il ne sera pas fait mention de la médiation daps le traité de paix, mais qu'il espère que le pape finira par se convaincre de la justice de sa demande, c'est-à-dire, que son nom vienne immédiatement
après celui de l'empereur; qu'il leur a objecté qu'il avait cru au contraire être sutïisant de faire voir le bref de Munster et qu'il s'était réglé sur ce que l'on a fait alors ; mais ceux-là répliquèrent que cela ne suffisait pas, vu que dans ce traité on ne fait pas mention de la médiation et que le bref ne fut jamais présenté; que, comme réponse, il cita le passage relatif publié dans le cinquième volume du Mercure^ ajoutant qu'il en référerait à Rome, ce qu'ils acceptèrent, mais sans s'engager à attendre indéfiniment parce que le temps pressait. Le nonce ajoute qu'à son avis il y aurait quatre solutions : la première de rédiger trois brefs, pour l'empereur et pour les deux autres Couronnes, la seconde de nommer d'une part l'empereur, le roi d'Espagne et les autres princes coalisés et, de l'autre, le roi de France et ses alliés; la troisième consisterait à ne nommer personne et à employer une phrase collective; enfin la quatrième serait un bref pour l'empereur et ses alliés, et un autre pour le roi de France et les siens. Les ambassadeurs acceptèrent d'écrire au roi pour proposer les deux dernières et rejetèrent les autres. Et, conclut-il: «je prie V. Em. de me répondre; elle trouvera peut-être le troisième projet le plus opportun». Et, le même jour, il lui écrit que les Espagnols lui ont demandé ses bons offices afin d'obtenir des Français quelques améliorations touchant les frontières; qu'il a accepté, à la condition d'avoir le consentement des Impériaux ; que ceux-ci acquiescèrent d'abord mais qu'ensuite ils changèrent d'avis et lui dirent qu'ils en parleraient eux-mêmes à leurs collègues. «Je crois, conclut-il, qu'ils récusent de s'en mêler, voyant que les négociations sont très avancées ».
Le 25, Cybo envoie à Bevilacqua deux dépêches, dans la première il l'engage à faire en sorte que toute complication soit écartée dans les négociations pour la paix entre l'Espagne et la France et à obtenir que l'empereur n'en entrave pas la conclusion ; qu'il doit chercher à ce que la