LE NONCE NE DOIT PAS INSISTER SUR LE BREF
cas selon les brefs qu'elle possède... Et au cas où elle devra émettre une protestation, Y. S. fera relever qu'elle vint à Nimègue en acceptant la médiation demandée par les puissances; que durant tout le cours des néf>:ociations les catholiques s'en sont servis, citant même quelques faits précis. Elle rappellera les sollicitations de N. S. en lui confiant la médiation, faisant observer que le pape ne cherche aucune gloire mondaine; mais en même temps mettre en relief le tort que l'on ferait au pape en l'excluant des derniers actes du traité. Aussitôt cette protestation rédigée et publiée, V. S. pourra se rendre à Cologne ou ailleurs selon les ordres qu'elle recevra... Il peut se faire que les Espagnols, voyant les Français soulever cette question, se déclarent offensés et mettent en danger la conclusion de la paix; et alors V. S. dira avoir reçu ordre du pape de partir, afin de ne pas donner occasion de restreindre la liberté dans les diocèses, pouvant provoquer des discordes et soulever des tempêtes. Et V. S. doit faire la protestation susmentionée, si la France persiste, même sans le -motif des préjudices portés aux affaires religieuses, cherchant à colorer ses raisons de préjudices acceptables afin de donner un prétexte juste à son départ».
Nous sommes arrivés au moment oa Innocent reçoit des souverains^ et surtout du roi de France, la récompense de son œuvre comme médiateur de la paix.
«Le nonce de Paris, écrit Cybo àBonvisi, (1) le 9, m'a averti que le roi a soulevé entre les plénipotentiaires de Ni-
(1) Et Bonvisi, le 24,' lui répond que S. M. l'empereur trouvait étrange que S, S. ait à changer la formule du bref, et qu'on veuille l'obliger ainsi à offenser l'Espagne, en accordant la préséance à la France, alors que l'on se montra si jaloux aux l^yrénées; et surtout qu'après avoir admis le bref de Bevilacqua, et négocié si longtemps avec lui, on veuille à présent le forcer à se
mègue, une difficulté à propos du bref de médiation. Dans ce document, pour éviter toute question de préséance entre la France et l'Espagne, les deux souverains sont nommés
retirer. Et le nonce ajoute qu'avant de faire voir à l'empereur le bref modifié, il a dit à S. M. que N. S. s'est montré conciliant pour ne pas être contraint de renoncer à la médiation et aussi dans l'intérêt des peuples et par l'affection qu'il ressent pour S. M. impériale, qui, sans cela, serait restée seule avec l'Angleterre; que le roi de France prétendant être nommé après l'empereur et avant le roi d'Espagne, le pape proposait de changer le bref en y introduisant la phrase : rois et princes catholiques ; qu'il a tâché de persuader S. M. d'accepter cette formule et de céder même sur ce point, comme elle l'avait fait autrefois, la question restant quand même entière et sa solution remise à d'autres temps, mais qu'en attendant on aurait sauvé la situation; que S. M. l'écouta avec bénignité et lui répondit que cette imposition était trop dure, car il était manifeste que le roi très-chrétien voulait à tout prix abaisser le roi d'Espagne et diminuer en partie la dignité impériale, en confondant l'empereur avec les autres rois ; S. M. se réservait de répondre, ne voulant pas opposer tout de suite un refus^ eu égard à la tendre bonté de N. S. envers elle, tenant beaucoup à le conserver comme médiateur, le connaissant sans passion, et que, d'un autre côté, elle ne voulait pas non plus nuire au roi d'Espagne, que, par conséquent il serait bon d'en parler aux deux chanceliers de la Cour et de l'empire. « Je me suis rendu sur l'heure chez ces deux derniers, poursuit Bonvisi, mais d'après l'impression produite sur S. M. par les raisons que je lui avais exposées — de ne pas laisser l'Angleterre seule médiatrice comme aussi de sauver la dignité du roi d'Espagne, — j'ai modifié mon attitude et montré une certaine indifférence, faisant voir surtout qu'il s'agissait au fond de leur intérêt et non de celui de S. S., les engageant à considérer s'il leur convenait de repousser tout le monde et de laisser la médiation exclusivement au roi d'Angleterre, ou de permettre l'abaissement du roi d'Espagne ; que, quant à N. S., il avait déjà, par son zèle, satisfait à son de-