VIENNE REFUSE MODIFICATION AU BREF
sans aucune forme spéciale et en employant les généralités d'usage daus le stylé traditionnel du Siège Apostolique, dont nous avons un exemple à propos de la paix d'Aix-la-Chapelle. Malgré les explications du nonce, ni le roi, ni Pom-
voir pastoral, et que s'il devait se retirer Dieu et les hommes l'excuseraient. Mais les ministres ont trouvé, eux-aussi, très dure cette demande et ils ont exprimé le doute qu'on pût jamais exclure l'empereur ; ils ont discuté toutes les combinaisons et trouvé impossible le parti de ne pas s'occuper du bref attendu que, dans la publication qu'on fait de l'instrument de paix, celui-ci est précédé de toutes les plénipotences ; on ne peut donc pas en ignorer le texte. J'ai proposé ; qu'ils fissent protester par leurs ambassadeurs, que ceux-ci déclarassent que l'on consentait pour cette fois seulement, sur les conseils de N. S. qui était poussé par le souci de la tranquillité de la chrétienté, mais que cela ne devait pas créer un précédent. On m'a répondu que le roi de France reviendrait de nouveau à la charge, parce que S. M. n'accepterait pas une protestation avec le considérant de la nécessité du moment. Ils trouvèrent que la dénomination de reges et principes portait préjudice à S. M. parce que le moins ne renferme pas le plus, et que, ainsi passé sous silence, on ne faisait point de distinction entre lui et ses inférieurs. Les voyant s'obstiner, j'ai proposé de renoncer aux mots reges, laissant seulement, principes chrlstianes qui comprenait pape, empereur et roi, et qu'où pouvait croire mis exprès pour abréger... mais Hocher, par un billet, me prévient que l'on discute encore sur ce point ; je ne sais donc pas si on acceptera ma proposition ; c'est pourquoi j'hésite à écrire à Nimègue. En outre, je crains fort qu'on ne l'approuve pas, par ce motif surtout que dans une partie du bref, il est dit: memoratum Leopoldiim regem. A la remarque qui m'en fut faite, j'avais déjà répondu que le mot memoratutn pouvait parfaitement être en harmonie avec les titres énoncés au commencement ; mais, on m'objecta que, du moment qu'il s'agissait d'unifier les titres, on n'aimait pas que fut cité Léopold, roi, sans dire aussi « empereur élu ». On me fait espérer une prompte réponse ».
ponne n'ont voulu admettre qu'il était maintenant impossible de changer le texte du bref; le roi même dit catégoriquement, que si dans le bref on ne nommait pas le roi de France aussitôt après l'empereur il ne voulait pas que, dans le traité de paix, fut inséré un seul mot sur la médiation pontificale. Cela n'aurait aucune importance pour N. S. qui ne cherche que la gloire de Dieu dans la concorde des princes, pour pouvoir les réunir tous contre l'ennemi commun et délivrer les peuples chrétiens des calamités de la guerre^ mais ces mêmes vues l'empêchent de faire telles déclarations dans la crainte de ne pouvoir réaliser son programme, S. S. aurait par conséquent, l'idée de ne nommer ni l'empereur, ni aucun autre prince, mais de dire seulement : ad conciliandam pacem inter reges et principes christianos^ N. S. espère que l'empereur n'opposera aucune difficulté à cette modification. Que Y. S. lui en parle avec adresse, et espérons qu'il ne s'offensera pas». Et, le 12, il ajoute : que Bevilacqua vient d'écrire que les plénipotentiaires à Nimègue ont discuté de nouveau sur la teneur du bref de sa nomination; s'ils n'y ont pas pris garde, disent-ils, au début des négociations, ils se refusent à présent d'admettre que le nonce puisse signer comme médiateur du pape: « Je prie, par conséquent, Y. S. Ill.me de vouloir bien examiner si S. M. ne s'offensera pas du changement apporté au texte du bref. Si 8. M. refuse, j'ai déjà écrit à Bevilacqua de s'abstenir de signer... N. S. est décidé, pour ne pas causer le moindre trouble à S. M., d'ordonner au nonce de s'abstenir, et de se priver ainsi de l'honneur de signer l'instrument de paix, de mettre de côté ses propres intérêts et ses convenances pour la satisfaction de celui qui est habitué à sacrifier les royaumes et les empires pour la gloire de Dieu et l'honneur de son Eglise. Si le nouveau bref ne déplaitpasà S. M., conclut le cardinal, Y. S. pourra l'envoyer directement à Bevilacqua, car il est entendu qu'il attendra vos ordres ... ».
LE PAPE POUSSE L'eMPEREUR À SE DÉCIDER 855
Au moment même où Louis XIV repoussait ainsi, après l'avoir acceptée, la médiation du pape, Innocent travaillait pour la gloire du roi en pressant son adversaire, l'empereur, d'accepter les dures conditions que lui imposait Louis XIV. Le même jour, en effet, Cybo informait Bonvisi de l'arrivée par courrier spécial, d'une lettre du roi de Pologne à Vidoni, dans laquelle, il dit être obligé d'accepter une paix ignominieuse (1) avec le Turc, parce que celui-ci le menace avec 100,000 hommes; le roi lui demande de prier S. S. de pousser les princes à faire la paix, à Nimègue, afin qu'il puisse en être aidé. A la suite de cette lettre, ajoute Cybo, le pape a résolu d'envoyer un bref à l'empereur pour le décider à signer la paix ; en le transmettant à V. S. je l'engage à l'appuyer chaudement auprès de César; elle sait que la grande difficulté consiste aussi dans la façon dont la France impose ses conditions; or, si l'empereur continue la guerre, tous les efforts faits par S. S. auprès de la France par l'intermédiaire de la Bavière, resteront sans effet. C'est pourquoi on a pensé d'écrire le bref maintenant parce qu'il peut répugner à S. M. d'accepter les lois qui lui sont imposées par la France, sans avoir le temps et la faculté de les examiner avant de les introduire dans le traité. N. S. croit que, si 8. M. reconnaît la nécessité de s'accorder à la suite des menaces des Turcs, elle pourra être contente d'avoir, comme motif, un devoir de vertu héroïque imposée pour le bien général et par la volonté de Dieu manifestée par son
(1) Le 10 juillet, Bonvisi avait annoncé à Cybo que l'empereur, voyant le roi de Pologne remettre aux Turcs les quatre forteresses de la Podolie et d'Ukraine sans l'approbation de la Diète, mais seulement celle de quelques sénateurs, semblait tout à fait décidé à accélérer la conclusion de la paix, surtout maintenant que l'Espagne et la Hollande la font.
Vicaire. Si pourtant V. S. Ul.ine trouve que ce motif, rendu public, puisse faire bon effet, elle ne doit pas laisser de l'insinuer».
Le lendemain Cybo informait Yarese que N. S. ne consentait à aucune modification au bref pontifical pour la médiation. « S. S. avait envoyé Mgr Bevilacqua à Nimègue comme médiateur, par conséquent il se tiendra à l'écart, toutefois il signera le premier protocole pour l'accord*.
Le 13, Cybo lui écrit de nouveau:
E-ispose benissimo V. S. 111. ma al Signor di Pomponne et al E;e medesimo circa la riforma del Brève délia mediatione Pontificia; che la S. Sede non vuole ne deve uscir da' suoi stili, e che cosi fu pratticato senza riclamo nella mediatione di Mons. Chigi al trattato di Munster, ch'è il caso nostro per l'appunto. Ma gia che non basta che la Sede Apostolica habbia ragione se a questa non si vuol dare orecchio è facile a S. S. il modo di uscir di questa vessatione perché nel mandare il suo Nunzio a Nimega non ebbe altro fare che di procurar l'onor di Dio, non il suo pro~ prio, e di sodisfare al suo debito Pastorale, procurando di riconciliare i Principi Christian! in buona Concordia, per unirli alla difesa comune contro la temuta et imminente potenza degl'Infedeli ; onde non è di alcun valore appresso S. S. la minaccia che se non si raggiusta il Brève nel modo che il Pe prétende, S. M. non permetterà, che il Nunzio del Papa habbia l'honore d'intervenire alla conclusione, e di soscrivere l'Istromento di Pace. Se non sarà accettato il temperamento che fu proposto ultimaments in Nimega et approvato da' Plenipotentiarii francesi colla riserva del Beneplacito Pegio di comprender tutti sotto un nome generico anche l'Imperatore, S. B. ordinerà al suo Nunzio, che si astenga dal mediare, e dall'ingerirsi nel Trattato, volendo piuttosto privarsi di questa dovuta honoranza, che dare occasione di displicenza ad alcuna délie Corone ; molto meno essere occasione di nuove difficoltà alla conclusione délia Pace, mentre ha inviato il suo Nunzio affine di rimuovere quelle che al tri frapongono. Basterà alla S. S. che Mons. Bevilacqua si adoperi iino all'ultimo per procurare i van-