BONVISI POUSSE ENCORE L'EMPEREUR À LA PAIX 3G
aux garnisons des autres places et attaquer d'abord Trêves, peu fortifiée et gardée par les troupes indisciplinées de révêque de Bainberg, ensuite Bonn, et Cologne à laquelle on impose la neutralité; puis viendrait le tour de Dusseldorf, afin de s'ouvrir un chemin par le Rhin et envahir le territoire de la Marche et même Munster, à l'effet d'obliger son évêque et l'électeur de Brandebourg à faire la paix avec les Suédois; qu'il ne fallait pas se fier à la fidélité des coalisés du Nord, qui était douteuse, car ils n'ont pas envoyé de ministres à la Cour pour un arrangement et ont laissé l'empereur seul ; qu'il faut se contenter que la France restitue Fribourg, démantèle Philippsbourg, délivre les électeurs du Rhin de la servitude, des jalousies, et l'empereur même, en ce sens qu'il pourrait alors se rendre maître des Hongrois ; que si le roi très-chrétien refusait, il ne fallait pas, pour Philippsbourg, renoncer à la paix; faisant remarquer que la servitude ne serait point plus grande du moment que cette place était déjà en possession de la France; qu'enfin il valait mieux restituer Philippsbourg, qui est éloignée, et conquérir des pays voisins de l'empire; qu'il ne fallait pas laisser le Turc battre les Moscovites empêchés de faire la paix avec les Polonais, qui leur demandent la restitution des places, de sorte que la Pologne se croit obligée à son tour de leur faire la guerre. « Et j'ai conclu, écrit Bonvisi, en disant que l'empereur, en fin de compte ne perd rien, vu que tout se réduit à remettre les choses en l'état où elles se trouvaient lors de la paix de Westphalie, mais qu'il faut se décider, car si la France croyait pouvoir obtenir d'autres avantages, la guerre continuerait; S. M. m'écouta avec beaucoup de bienveillance, me remercia en souriant et dit qu'elle en délibérerait ».
Le 29, Bevilacqua mande que les Impériaux semblent désirer la paix; que Gurgh lui a dit qu'on devrait démanteler Philippsbourg, le céder à Spire et restituer Fribourg à
l'empereur; mais que les Français n'acceptent pas ces conditions, parce que la France tient garnison à Philippsbourg, avec le consentement de l'évêque qui détient le pouvoir civil ; et qu'en tout cas il ne serait pas nécessaire de conclure un traité, car rien n'a été changé.
Le 3 septembre, il annonce que l'évêque, prince de Gurgh, lui a demandé quelle serait sa conduite si quelque proposition de paix venait de l'Angleterre, et qu'il lui a répondu: que N. S. par sa médiation n'a eu d'autre objectif que de procurer la paix: que si les catholiques la demandent, et là où il n'y aura rien contre la religion, il acceptera d'être médiateur. L'évêque a été content. A présent on attend de voir ce que fera l'Angleterre: «je l'ignore pousuit-il, quoique York ait promis de me le faire savoir par mon ami; mais celui-ci étant sur le point de partir et pour les autres motifs connus par V. Em., je ne lui ai pas écrit; de ce côté je suis donc sans nouvelles».
Le même jour Cybo recommande à Bevilacqua de ne pas faire de démarches pour le traité entre la France et l'Espagne; mais de ne pas oublier d'en faire de très pressantes en faveur des indemnités des églises et des catholiques qui vivent en pays hérétiques et spécialement qu'on ne restreigne pas les libertés des églises d'Osnabruck et de Hedelsheim, comme le fait craindre la Suède pour avoir en quelque manière une satisfaction.
Et, à la même date, le cardinal écrit à Bonvisi:
« C'est à tort, qu'on suspecte, à la Cour, que à Rome on n'est pas disposé à tenir en considération S. M., comme Y. S. Illme l'a souvent écrit en rapportant les nouvelles fantastiques qui y circulent (1). Bien au contraire, nous cher-
(1) Et le 27, Bonvisi lui répondait: « Il arrive souvent que les
médiateurs se rendent suspects aux parties; et on craint que la
^repotenza française ne réussisse à faire des distinctions préjudi-