‹ Innocent XIChapitre 159 sur 290 · LES FRANÇAIS VEULE^T FRIBOURG · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS VEULE^T FRIBOURG

Le 6, Bonvisi informe Cybo de l'arrivée d'une autre lettre de Bevilacqua faisant connaître les demandes des Français et des Impériaux, et qu'il est à espérer que les Français se borneront là, afin de ne pas s'attirer la haine de toute l'Allemagne. Mgr l'évêque de Gurch, premier plénipotentiaire impérial, a trop tardé à accepter l'alternative; et s'il l'avait acceptée au moment où les Français l'ont présentée, la paix serait déjà conclue. Mais il est trop dur, continue le nonce, de restituer Philippsbourg ; cela obligerait l'empereur à tout accorder aux Hongrois, car, soit que l'on continue la guerre, soit que l'on conclue la paix avec la restitution de la forteresse, on ne pourra faire aucun effort pour dompter les révoltés hongrois, ayant d'un côté les Français et de l'autre les Turcs. On devra faire le possible pour amadouer les Hongrois en permettant l'exercice religieux du protestantisme et en concédant les églises... Du reste il est faux qu'on demande l'expulsion des jésuites.

Le 8, Bevilacqua écrit à Varese: que les Français, pour faciliter la paix, ont réduit leurs prétentions sur laBrisgovie, au comté de Fribourg; et que les Impériaux de même pour contribuer à la paix, ont déclaré aux médiateurs que l'empire ayant obtenu Philippsbourg, laissera à la France Fribourg avec ses dépendances, consistant en trois villages qui assurent la communication de cette place avec Brissac. Le ministre du duc de Lorraine suit les Impériaux; mais il reste quelque difficulté au sujet du territoire de Fribourg et sur la façon dont la France pourra assister les Suédois (1).

(1) Le 9. Bonvisi informait Cybo. qu'il venait d'écrire à Hocher: « il paraît que le Brandebourg, par l'intermédiaire des Hollandais traite un accommodement avec les Suédois, et que si cela est vrai la paix avec l'empereur devient de plus en plus difficile ». Il paraît, ajoute Bonvisi, que la France voudrait aider les héré-

Le 12, Cybo mande à Bevilacqua: « N. S. est convaincu que V. S. 111. me s'applique d'une manière intelligente et active à la conclusion de la paix; qu'il plaise à la bonté divine de la concéder, afin que la tranquillité soit rendue à tant de populations affligées: et le pape encourage Y. S. à continuer d'user d'activité et de faire diligence autant qu'elle pourra afin d'obtenir un si grand bien et S. S. bénit son œuvre ».

Le 16, Bonvisi informe Cybo que la paix se faisant, un des articles portera la mise en liberté de Piirstenberg, de cette manière je m'abstiendrai de toute instance, à moins qu'on ne fasse qu'une trêve, et alors je formulerai l'instance dans les termes indiqués par Y. Em., mais je ne sais pas si l'on doit parler de l'Angleterre; toutefois comme, S. S. a été la première à demander la liberté du prince, peut-être voudront-ils donner satisfaction au roi D'Angleterre avec des mots, et à S. S. avec des mots et des faits. Et, le 20, il lui annonce avoir écrit à Bevilacqua qu'il ne croyait pas qu'on fût disposé à céder Fribourg au lieu de Pliilippsbourg, et le même jour, l'informe qu'il paraît que la paix se fera bientôt; mais qu'il y a une grande division entre les ministres qui finissent par s'en remettre aux plénipotentiaires de Nimègue. Et, en même temps il répond à Bevilacqua: «Y. S. 111. me m'a écrit que les difficultés pour la paix se réduisent à trois: ce qui touche à Fribourg, au chemin de

tiques contre l'empire et Neubourg; Fribourg est important, parce qu'il commande à trois électeurs,

Le 13, il lui annonce que les Impériaux auraient repris des places aux révoltés en Hongrie, et qu'il a saisi cette occasion pour dire à S. M. qu'il était prudent d'user de clémence, que l'empereur lui répondit que telle était son intention et que;, seule, la question religieuse le retenait un peu, car il veut que la religion soit rétablie dans l'Etat comme elle se trouvait auparavant.

l'empereup se sépare de l'espagne et de la hollande 381

commuDication et à la faculté que prétendent se réserver les Français de pouvoir secourir les Suédois et leurs alliés par terre et par mer. Pour ce qui touche les deux premiers points, c'est bien, mais, pour le troisième, si par hypothèse il est convenable que la France puisse aider ses alliés, d'autre part, il est juste aussi que l'empereur veuille secourir les siens. On pourrait accepter les seuls secours par mer, Que Y. S. agisse avec sa prudence habituelle».

Le 26, Bevilacqua expose à Cybo l'éventualité probable, que l'on suivra les normes de Munster, en séparant les intérêts de l'empereur de ceux de l'Espagne et que l'on conclura des traités entre la France, l'Espagne, la Hollande et le duc de Lorraine; dans ce cas, le nonce prie S. Em. de lui indiquer comment il devra se conduire et s'il pourra être médiateur dans ces traités. Bevilacqua informe, ensuite, que le projet de paix se maintient toujours dans les mêmes conditions, c'est-à-dire de laisser aux Français Cambray, Aire, Saint Omer et Yalenciennes, en Flandre; que la France céderait la Franche-Comté et le reste des Pays-Bas à l'Espagne; que Maëstricht serait restituée à la Hollande et la Lorraine à son duc, en laissant une voie de communication entre le duché et le Luxembourg aftn de pouvoir se secourir mutuellement. Et il ajoute que, dans le mémoire que les coalisés lui ont passé pour eu donner communication aux Français, les Etats de la Hollande sont portés comme alliés du duc de Lorraine; «je n'ai pas cru, écrit-il, que le nonce apostolique dut faire mention de tout cela dans la médiation; et les Impériaux ayant fait des observations à propos de mon scrupule, j'ai déclaré que si les Hollandais refusaient de traiter avec le nonce, parce que séparés de l'Eglise, le Saint-Siège devait d'autant plus s'abstenir de s'en mêler^ surtout que les ligues des catholiques avec les hérétiques étaient contraires à l'ancienne discipline ; et les Impériaux finirent par accepter ma manière de voir et à consentir qiie^

sans spécifier l'empereur et le roi, je désignasse les coalisés du duc sous l'appellation collective des puissances belligé r an tes » (1).

Le 27 Bonvisi écrit à Cybo; «qu'il a rappelé à l'empereur comment Y. Em., depuis un an, s'est occupée de Liège et de Spire, sièges qui avaient toujours des ennuis de la part -de Philippsbourg; et que S. M. lui répondit qu'il fera son possible pour Liège, mais qu'il se trouvait seul, abandonné de tout le monde, et que pour Spire aussi, il voudrait faire quelque chose. Je crois comprendre, ajoute le nonce, qu'on restituera Philippsbourg, car on y est aussi poussé par les princes qui veulent la paix, à l'exception du Brandebourg; qu'en ce qui touche Dinant, on dit que c'est plutôt aux Espagnols de donner Charlemont, et que, pour Bouillon, il faudrait recourir à la paix de Yervins et nommer une commission pour décider la question ».

Et, dans une autre dépêche du même jour, il informe Bevilacqua, que des ordres viennent de partir pour la conclusion de la paix, qui pourra être définie si la France ne présente pas de nouvelles conditions, mais qu'il peut se faire qu'elle en émette, pour profiter de la désunion de la ligue. * En eflfet, écrit-il, la situation est telle que si l'empereur reste uni aux coalisés du Nord, les autres princes d'Allemagne s'irritent; s'il s'en sépare, ces derniers n'y gagneront pas, et l'empereur perdra les coalisés, qui feront des traités particuliers avec la France contre lui. Les ministres comprennent bien que la tactique de la France est d'irriter tous les princes de l'empire contre l'empereur s'il

(1) Le même jour, Cybo approuve la manière dont Bevilacqua protesta au sujet de Munster; et il trouve qu'il n'est plus nécessaire de j)rotester contre le traité de paix entre la France et la Hollande, du moment qu'on n'y découvre rien de pire.

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