VIENNE REFUSE LA CESSION DE FRIBOURG
Le 8, autre dépêche de Bonvisi à Bevilacqua où il dit: « Voyant que, désormais, les ambassadeurs impériaux et ceux de France se traitent avec amabilité (candore)^ et ont beaucoup d'égards envers V. S. 111. me, on ne peut plus douter de la paix; à moins que la Suède ne la trouble en refusant d'en reconnaître la nécessité ainsi que l'ont fait les Espagnols » (1).
Le 9, il écrit à Cybo que la Cour de Vienne n'avait pas approuvé que l'on eût choisi Fribourg pour la cession, et que les plénipotentiaires se trouvaient dans l'embarras, « mais le roi de France fit déclarer qu'il ne se considère plus obligé à l'alternative de la cession de Philippsbourg ou de Fribourg; il paraît même qu'il regrette avoir fait cette proposition ». Mais le 27, il annonce à Lauri «aujourd'hui il y a eu une réunion entre les Français et les Impériaux à l'Hôtel-deville; mais, bien qu'invité, je n'y ai pas assisté, parce qu'on discutait sur la paix de Munster».
Le 30, Bevilacqua informe Cybo que tout en ayant obéi aux instructions reçues, il assista à la conférence des Impériaux et des Français, pour dissiper les soupçons, auxquels son absence aurait pu donner lieu; mais il trouva que les négociations pourraient mieux marcher. Jenkinsest de nature trop circonspecte; car il a fait simplement connaître les demandes qu'on lui a dit de formuler, mais en des cas semblables le rôle du médiateur ne doit pas se borner à celui de rapporteur; il faut qu'il parle et qu'il propose lui-même. La présence des Suédois, de ceux de Brandebourg et du Danemark a embarrassé tout le monde et a mécontenté les Césa-
(1) Le 10, Cybo écrit à Bonvisi qu'il espère avoir attiré l'attention de S. M. sur les démarches faites par le plénipotentiaire Colbert en faveur de la religion catho]iq:ie, lorsque l'Angleterre voulait lui persuader de céder Osnabrûk à Brunsvick.
b88 LA MÉDIATION' DU PAPE AU CONGRÈS
riens; j'en ai pris occasion pour faire comprendre aux coalisés combien il serait de leur intérêt de rester unis avec l'empereur. Dès que les Français, ponrsuit Bevilacqua, parient selon les ordres venus de Paris il y a à crainde pour la paix: d'abord ils n'accordent aux Impériaux aucun article général ; ensuite, ils se montrent inflexibles touchant la Lorraine, et le roi renoncerait seulement à la nomination de révêque de Toul, droit dont il jouit en vertu d'un bref de Clément IX; en troisième lieu, ils persistent à vouloir la liberté de venir en aide à la Suède et, connaissant l'état prér<ent de l'Allemagne, ils veulent l'obliger à la restitution envers cette Couronne, tout en refusant d'évacuer les places occupées au-dessus du Khin ; et enfin ils insistent pour garder Bouillon jusqu'à la décision des arbitres. Les Impériaux répondent qu'ils sont prêts à condescendre à toutes les choses raisonnables, mais qu'on leur pose des conditions trop dures. Les Français savent bien ques les princes allemands et surtout les hérétiques veulent la paix à tout prix et ils espèrent que ceux-ci forceront la main à l'empereur, c^est pourquoi ils se montrent irréductibles dans les articles proposés et ne veulent pas admettre ceux des Impériaux.
Du l®"" janvier au 30 mai 1679.
Le 6, Bevilacqua (1) mande à Cybo qu'il ne prévoit paa que les conférences auront un résultat satisfaisant, car Jenkins ne fait que répéter ce qu'on lui a dit sans faire aucune
(1) Et le 10, il l'informe que la persécution est toujours plus vive à Londres contre les catholiques; et l'opposition du Parlement contre l'autorité roj^ale; et que non-seulement on a voulu le rappel des troupes anglaises qui se trouvent en Flandre, mais encore pour empêcher qu'elles puissent servir à la défense du roi on les fait embarquer, et on les désarme sur mer, de manière que quand elles^arrivent en Angleterre ce ne sont plus des soldats.
j:nquête sur la cour et l'armée à vienne 389
pression. Déjà les Français et les Impériaux s'en plaignent; et ils gagneraient à traiter entre eux, à présent surtout, qu'on connaît toutes les ditïicultés... Il paraît que les affaires en Angleterre tournent à la guerre civile; elle avait promis aux Espagnols de laisser des troupes en Flandre, mais à présent elle les rappelle toutes; on dit que le roi est peu content de la conduite du Parlement; mais c'est trop tard^ conclut le nonce. Le 8, Bonvisi informe Cybo que Bevilacqua lui a demandé d'envoyer de suite un courrier à Nimègue parce que des dilticoltés ont surgi à propos de la Lorraine, du secours aux Suédois et aussi parce que les Impériaux sont peu disposés à céder Fribourg. «Je presserai le départ de ce courrier, écrit-il, sans entrer dans aucun détail selon les ordres de V. Em. ». Et il ajoute qu'on craint quelque cas de peste dans la Leopolstadt (1), la nouvelle ville au-delà du Danube; mais les médecins allemands assurent qu'il n'en est rieu. Le comte de Zizindorf, très recommandé par le P. Emerik, a été nommé maréchal de la Cour: il fera une enquête sur l'armée et une autre, diton, sur la Cour; mais dans sa clémence naturelle, l'empereur laissera les choses comme elles sont». Le 13, Bevilacqua informe Lauri que les ambassadeurs de France ont accordé jusqu'à la fin du mois pour poursuivre les négociations.
Le 19, Cybo répond à Bonvisi, « qu'il reconnaît les graves ditïicultés qui se présentent entre l'empereur et la France, soit au sujet de la Lorraine, que du secours à donner aux Suédois et surtout à cause de la résistance de la part de
(1) Le 15, Bonvisi annonce à Cybo qu'il s'agit bien de la peste, mais qu'il ne se produit pas encore de départs ; toutefois on a interdit à toute personne venant des faubourgs d'entrer dans le palais; cela sera bien difficile à obtenir, car le commerce est considérable.
Vienne pour la cession de Fribourg; mais V. S. Ill.me doit faire le possible pour la paix ».
Le 22, Bonvisi avait déjà annoncé à Cybo d'avoir for« tement engagé l'empereur à conclure avec la Pologne et la Moscovie une triple alliance contre le Turc « S. M. s'y montra favorable, écrivait-il, mais elle attend que la paix soit conclue avec la France; et à cela j'ai répondu, qu'en attendant, son ambassadeur à Varsovie doit travailler en vue de l'union de la Pologne avec les Moscovites; S. M., toutefois, doute que cette union puisse se faire, parce qu'il n'y a qu'une trêve entre la Pologne et la Moscovie, et qu'une alliance répugne aux Polonais, qui ont peu de confiance dans la fermeté, la constance des Moscovites...».
. Le 21, Cybo mande à Bevilacqua: « il convient que V. S. se tienne loin de la médiation pour un traité contre lequel, s'il se conclut, elle doit protester; et le moyen ne manquera pas de contribuer à l'accommodement. On ne doutait pas ici que le Brandebourg finirait par se joindre plutôt aux catholiques qu'à la Suède, mais en se déclarant lui-même, il pourra encourager l'empereur à en obtenir l'application pratique; et Brandebourg y trouvera son intérêt car il lui convient de restituer aux catholiques pour les contenter et aussi parce qu'il a moins à craindre du voisinage de ceux-ci que de la nation suédoise, qui, si elle rentre en Allemagne, pourra faire surgir de nouveau les anciennes questions ». Et, le 27, Bevilacqua écrit à Cybo: «Jamais la paix n'a été aussi incertaine qu'aujourd'hui, les Impériaux ont reçu, ditil, des ordres plus restreints et ils ne savent pas comment retirer les propositions faites aux Français; toutefois les princes de l'empire veulent conclure la paix, pour se soustraire à la ruine du moment et sans se soucier de l'avenir, et ils ont déclaré que, si la paix n'est pas signée dans le mois, ils concluront tous des traités avec la France, Keu bourgcompris». Et, le 28, Cybo le félicite de ce qu'il a obtenu
LA PAIX EST SIGNÉE ENTRE L'eMPIRE ET LA FRANCE 391
que le roi rès-chrétien ait consenti à observer jusqu'au 15 les conditions dictées pour la paix ; car il est à espérer qu'ainsi, et moyennant son activité et son autorité, on pourra vite conclure ]a paix et avant l'échéance du terme».
Le 5 février, Bonvisi rend compte à Cybo d'une conversation qu'il a eue avec le prince Schwarzenberg. « Il me fit observer que les exigences des Français augmentent chaque jour, et que peut-être, on sera contraint de faire la guerre; que l'empereur est très mortifié et aurait déclaré que si cependant l'on signe la paix, il ne fera pas chanter de Te Deum. Et le prince aurait conclu: sous peu nous saurons si la paix est faite».
Schwarzenberg ne se trompait pas, car le même jour, la paix était signée à Nimègue entre la France et l'empereur.
Et Bonvisi écrivait à Bevilacqua:
Il gran passo che havevano fatto i SS.*' Impérial! nell'articolo che riguarda la Svezia hà fatto e tuttavia fà credere che si sarà conclusa la pace prima che spirasse il mese passato, perché havendo concesso in sustanza tutto quello, che dimandavano i Francesi, non pare possibile che voglino perdere cosi gran vantaggio, intorbitandolo con nuove pretenzioni, e se lo faranno sarà sentito quà con grandissime gusto, perché erano sommamente afflitti, che si fosse promesso tanto, con si grave pregiudizio dell'Imperatore e dell'Imperio, onde se per colpa de Francesi sarà scorso il tempo prefisso senza conclusione, quà lo ptimerarino di molto vantaggio loro, perché la pretenzione del rifacimento délie spese, oltre la totale restituzione delli Sverzesi, metterà il cervello à partito à quel collegati che vacillavano, e la pretenzione di fortiiicare i posti già occupati, farà aprire gl'occhi non solo all'Elettore di Colonia, et al Duca di Neuburgo, ma à tutti gl'altri prencipi adiacenti al basso Eeno, perché con questi posti, e con quelli che volessero ritenere per il rifacimento délie spese, si ridurrebbero tutti schiavi ; Oltre che mi dicono questi ministri, che oltre la
predette pretenzioni hanno quella di non convenire di una strada particolare per attaccare i collegati nel loro paese, ma vogliono Tintera libertà délie marcie, in modo che potrebbero dilatarsi in qualsivoglia parte dell'Imperio con danno de' prencipi più lontani, si chè sperano si habbia da risvegliare tutto F Imperio, anche in riguardo délia compassione al Duca di Lorena, per lo smembramento del vescovato di Liegi con la ritenzione di Buglione. Ad ogni modo sono tanto fissi in credere che i Francesi habbiano fatti questi nuovi tentativi, havendo veduto che i plenipotenziarij Cesarei li correvano dietro, ma chè poi l'ultimo giorno del mese accetteranno l'offerte^ che sono per loro tanto vantaggiose, e perô persuadendosi che il corriere délia pace arrivi mercordî, à giovedi, hà il Marchese di Grana sospesa la sua partenza per Francofort, per risparmiare l'incommodo del viaggio in caso che la pace fosse conclusa, ma se scappa questo punto, si accresceranno sempre più le difficultà, con la pretenzione délia demolizione di Filipsburgo, e poi con la ritenzione délia Brisgovia; sichè bisognerà tornare al cimento dell'armi, e tutto il présente progetto anderà per terra, con gusto di molti, che stimavano precipitosa l'ofFerta fatta dà i plenipotenziarij Cesarei.
Godo che sia arrivato costà il preposito di Osnabruck per assistere à gl'interessi di quel vescovato, et io spero che non solo non corre alcun pericolo, ma chè più tosto meglioreranno le cose délia Keligione se continuera la guerra per il bisogno che haveranno gl'eretici d'interessarci i cattolici. Frà poco sentiremo la decisione di questo grand'affare, perché se il corriero non arriva verso giovedi, sarà segno che tutto sia sconcluso. Et io confermando à V. S. 111."^^ il mio solito ossequio, le bacio riverentemente le mani. Vienna 5 febraro 1679.
P. S. Hieri arrivé un corriero di costà con let^ere, per quaiito mi dicono, de 28 ma questa mattina non hô potuto veder alcun ministro autorevole, che mi accerti del contenuto di esse, e se bene l'uni versale crede, che habbia portato l'imminente sottoscrizione délia pace, altri mi hanno detto che i Francesi concedevano nuovo tempo per digerire le condizioni proposte onde se bene le lettere che aspetto di V. S. 111.™^, non saranno che de 24, tuttavia mi accenneranno qualcosa di più preclso, e domani saprô
l'annonce de la paix à vienne 393
tutto dà i ministri. Mi dispiacerebbe i^^erô se fosse vero che gli Sverzesi insiiperbiti del forte appoggio de Francesi domandino ampliazione di privilegij per gl'eretici délie provincie ereditarie, et hô stimato bene darne questo cenno à V. S. Ill.i^^ acciô che con la sua diligenza possa divertire il maie, se pur ci fosse, venendomi dato Tawiso da persona che entra nella conferenza, ma chè aile volte sbaglia negl'avvisi (1).
(1) Et le 16, il lui adressait cette autre :
Il gentilhuomo spedito dà i SS." Plenipotenziarij Cesarei per portare l'avviso délia pace conolusa arrivô lunedi aile 5 doppo mezzo giorno, et à mè non mandô se Eon hiersera la benignissima di V. S. 111.™* delli 6, e da essa vedo che era stata obligata à protestare, acciô chè si preservino le ragioni délia S. Sede, e di di tutte le chiese dal pregiudizio, che li porta la confermazione délia lagrimevole pace di Munster; e mentre V. S. 111."^% che sa la mente di N. S.'*^, hà stimato di non dover ricevere. ne fare complimenti in voce, né in scritto, seguiterô con l'istessa forma e solo dire qualche cosa à S. M. in audienza privata in nome suo e mio, per nostra giustificazione, acciô chè nen pigliasse in mala parte che noi ci asteniamo dalle pubbliche congratulazioni. Certo è, che se li Spagnoli, e gl'Olandesi non si separavano, e che si fosse fatta la pace unitamente, ô se i cattolici délia Germania havessero mo^^trato maggior zelo verso la religione, si sarebbero assai raegliorate le condizioni délia pace di Vesfalia, e credo che nel cuore suo il Re di Francia desideras'se di haver pretesto di darci la mano. ma vedendo che dependeva dal suo arbitrio la restituzione delli Svetesi, non hà potuto trascurarla, per mostrarsi stabile nel sostenere il suo coUegato. Rimanemo dunque con l'antiche perdite, senza nemeno poter rimediare à i gravami chè i cattolici hanno ricevuto dall'anno 1648 in quà, perché non sarà poco, che rimperatore si defenda ne i proprij paesi, rimanendo con tutti i principi délia Germania poco bene aftetti verso di lui, si chè poca è l'allegria, che si vede nella Corte, e con tutto ciô o^n'uno accorda che il Trattato si deva rattificare. Fin hora non sô le particolarità dell'aggiustamento, ma spero che V. S. 111.'^* me le mandera, ô chè quà si pubblicheranno, et intanto bàcio à V. S. 111.™^ riverentemente le mani ecc.
Le 6, Bevilacqua informe Cybo « que ses conseils avaient été entendus parles Impériaux car, mercredi soir, ils avaient fini par rompre les nég-ociations à propos de Bouillon, ayant déclaré que, plutôt que de laisser déchirer le patrimoine de l'Eglise, ils sacrifieraient l'empire; mais qu'ensuite lui étant parvenu le courrier de S. Em., il en donna avis aux collègues et aux députés de l'évêque de Liège; mais il trouva de glace ceux qui auraient dû être de flamme. A présent que lapaixest conclue, il est inutile d'en parler. Du reste, écrit-il, cette paix fut imposée par les Français en vainqueurs, et il est certain que les Impériaux ont dû céder sur tous les points sans être plaints, car c'est leur lenteur qui leur a fait subir ce dur traitement. Beaucoup croient que le traité ne sera pas ratifié, mais le grand nombre veut la paix ». Le même jour, il ^écrit à Lauri : « jeudi on a arrêté les bases du traité entre la France et l'empire, et, hier, de celui avec la Suède; ce soir, à 9 heures, on a signé le premier, remettant au lendemain la signature du second; les médiateurs anglais n'ont pas pris part à la signature parce qu'ils n'ont pas été d'accord avec les impériaux sur la place qu'ils prétendaient avoir avant les autres; mais que, toutefois, c'est dans leur chambre, à l'hôtel de Ville, que la réunion a eu lieu. Je n'ai pas assisté à ce grand succès^ ajoute-t-il, afin de ne pas approuver la paix de Munster ».
Le 17, Bevilacqua mande, que les Césariens craignent que Vienne ne ratifiera pas le traité; car hier est arrivé un courrier leur donnant des ordres bien différents; les plénipotentiaires se sont réunis et ont rédigé un long rapport bien détaillé; les Français ont aussi des doutes à l'endroit de Paris, parce qu'ils se sont contentés, pour la Lorraine, d'accepter les conditions qui regardent le prince, tandis que le roi aurait voulu que les ambassadeurs déclarassent ne plus vouloir assister le duc. « Et, écrit-il, j'ai eu de la peine