‹ Innocent XIChapitre 189 sur 290 · LES DEMANDES DES MOSCOVITES 4(J · texte numérisé non relu

LES DEMANDES DES MOSCOVITES 4(J

crainte qu'après avoir conclu la paix avec les Turcs, ils attaquent ensuite le royaume. S. M. ajouta que, ayant demandé aux ambassadeurs si le grand duc consentirait à conclure une ligue avec la Pologne contre les Turcs, ils répondirent qu'on la ferait^ mais à la coildition qu'ils combattraient séparément les Tartares et que la Pologne de son côté tomberait sur les Turcs; on leur répliqua que cette condition serait acceptée si les Moscovites envahissent la Crimée, mais ils refusèrent prétextant que si quelqu'un attaquait les Tartares en Valacliie ce serait pour les empêcher de se joindre à l'armée turque. De tout cela, a conclu le roi, il résulte que les Moscovites cherchent à tromper comme par le passé... Les ambassadeurs demandèrent de voiries articles du traité avec les Turcs et, quoique les sénateurs y fussent contraires, le roi y consentit; le traité ne contient rien contre la Moscovie. A leur tour, les sénateurs demandèrent à connaître les instructions qu'avait l'Ablégat moscovite qui s'était rendu à Constantinople : mais les ambassadeurs s'y refusèrent en disant que l'Ablégat devait s'arrêter à Baba, parce que dans les lettres du grand duc, on ne donnait pas au Sultan le titre de César. Le roi répliqua de nouveau « que l'on ne pouvait faire fond sur les Moscovites, parce qu'ils sont de foi grecque. .. ». J'ai trouvé bien étrange, écrit le nonce, la conduite des Moscovites qui engagés dans une guerre désastreuse avec les Turcs, et après avoir envoyé ici des ambassadeurs, font à présent des propositions extraordinaires. J'ai fait observer au roi que, puisque des ambassadeurs vont peut-être arriver à Vienne, l'empereur pourrait mieux traiter et avec des personnes plus habiles... S. M. répondit que ni l'empereur ni d'autres princes ne peuvent traiter avec des gens aussi méfiants; il termina en disant qu'il tiendrait conseil et me dit ensuite que si l'alliance avec les Moscovites ne réussit pas, il faudra penser à s'unir avec les Turcs afin de ne pas avoir à lutter contre deux adversaires. J'ai

-exprimé mon horreur à cette idée, faisant observer qu'un tyran aussi puissant réduirait le royaume en esclavage; qu'on "devait tout risquer plutôt que de se livrer en proie aux barbares; et que toute l'Europe serait étonnée de cette résolution... Donc, me dit le roi: Vous croyez que N. S. estime les schismatiques meilleurs que les infidèles ; et que l'on peut s'unir aux Moscovites et non avec les Turcs ? J'ai répondu que j'avais l'ordre de N. S. de persuader au roi de s'allier aux premiers, mais que s'il voulait s'unir aux Turcs, je devais protester auprès de S. M. et de tous les Ordres du royaume; les schismatiques bien qu'en dehors de l'Eglise catholique sont cependant chrétiens; et en outre il était permis d'espérer que, une fois la Moscovie unie par une alliance avec la Pologne, elle reviendrait à la véritable orthodoxie; l'union des Moscovites aux Polonais pourrait les conduire à la communion avec Rome... Le roi me remercia de lui avoir exprimé la volonté du pape; toutefois il me fit remarquer que la Pologne s'était alliée aux Tartares musulmans. A ce propos j'ai répondu que S. M. plus que moi devait connaître les malheurs résultés de cette alliance: incendies, dévastations, et le grand nombre d'esclaves qu'ils ont fait, bien qu'ils se battissent sous les drapeaux de sa Couronne. S. M. avoua que tout cela était vrai et me raconta même des faits atroces qui eurent lieu. Elle ajouta qu'il lui répugnait de les appeler à son aide. J'ai conclu qu'on devait chercher à obtenir l'aide de César. Quant à la ratification de la paix, S. M- estime qu'on ne peut plus se dérober, du moment que les Moscovites ne veulent pas entendre parler de ligue avec eux; que c'était une paix forcée, mais que la parole ayant été donnée, on ne la signera pas avec serment, de façon à pouvoir la rompre quand on voudra. Le roi m'accompagna ensuite dans une autre pièce, où se trouvait la reine, et me quitta. S. M. me parla à son tour -de la nécessité de ratifier la paix avec les Turcs. En atten-

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