LE DÉPART DES MOSCOVITES
dant, le roi alla assister à la réunion des sénateurs. En rentrant chez moi, j'ai rencontré le vice-référendaire aulique, frère du Palatin de Cul m, ambassadeur près la Porte, qui me dit que son frère lui a écrit qu'il espérait d'être bientôt mis en liberté par le Sultan. Les envoyés Moscovites ont pris congé du roi qui se rend à Pilaskovitz. « J'ai pu savoir de la réunion des sénateurs, qu'ils partent avec l'assurance qu'on écrira aux ambassadeurs polonais qui se trouvent en Moscovie, que, s'ils ne réussissent pas à conclure avec le grand-duc, (ayant faculté soit de faire la paix, soit de prolonger la trêve ou l'union d'armes) ils aient à fixer pour décembre ou janvier la date de la réunion d'une conférence qui devrait se tenir dans une ville de la Courlande, voisine de la Litliuanie où se tiendra la Diète, après que celle-ci aura décidé sur la campagne contre les Turcs.
Le 25, Martelli ajoute, qu'il a été reçu par le roi dans sa villa, et que S. M. lui a dit qu'elle espérait que ses envoyés arriveront à conclure quelque chose en Moscovie. Le nonce écrit que le grand chancelier de Lithuanie l'a informé que le roi avait signé le décret de convocation des diètines pour le V décembre et de la Diète générale pour le 14. On espère, observe-t-il, qu'on pourra faire quelque chose, car, autrement, il faudra négocier à nouveau sur toutes les questions; qu'en outre, les ambassadeurs doivent confirmer les accords d'Androussovo (1), qui ne sont que la reconnaissance des traités existants, obligatoire à chaque mort de roi ou de grand duc, ce que le roi vient de faire par ses ambassadeurs en Moscovie, et que les Moscovites vont faire ici maintenant. »
Le 30, Cybo engage Martelli à s'employer pour que le roi ne ratifie pas la paix avec les Turcs.
(1) Par la trêve d'Androussovo (1667) la Pologne avait cédé à la Moscovie : Smolensk, la Sévérie, Tchernigof, la partie de l'Ukraine située sur la rive gauche du Dnieper etc.
Le r'' mai, Bonvisi envoie trois dépêches à Cybo. Dans la première, il l'informe que le résident impérial à Constantinople donne comme certaine la guerre en Hongrie pour l'an prochain, sans espoir d'éloigner la tempête par des négociateurs. « J'ai trouvé l'empereur, écrit-il, bien plus soucieux que je ne l'ai jamais vu, parce que d'un côté il prévoit les dures conditions des Français, qui connaissent déjà les intentions des Turcs, et que, de l'autre, il voit la guerre inévitable en Hongrie. Je lui ai conseillé la paix, afin de pouvoir résister en cette partie de l'empire; et même de la conclure s'il le faut avec un fort désavantage, afin de tourner toutes les armées du côté de la Hongrie et de prévenir les Turcs, en cherchant à occuper la Strigonie, pour avoir le Danube libre, et de pousser jusque vers Bude. La Cour est toute en désordre, conclut le nonce, et furieuse contre le Président de la Chambre, qui a fait des difficultés pour les dépenses en alléguant le manque de fonds, de manière qu'on n'a pas pu agir pendant que les Français étaient occupés en Flandre ». Dans la seconde, il lui écrit d'avoir communiqué à S. M. le contenu d'une lettre de Martelli touchant les bonnes dispositions du roi pour S. M. impériale, que l'empereur en a été content; en outre que la reine avait dit aussi au nonce que le roi voulait être un bon ami et un bon voisin, et que, quant à elle, bien que française, elle était reine de Pologne et voulait le bien et la tranquillité de son royaume ». Et, par la troisième, Bonvisi annonce: qu'il avait fait part à l'empereur des nouvelles arrivées de Constantinople, quoique de vieille date, afin de faire voir que les Turcs arment pour fondre sur la Hongrie; que si la paix est signée avec la Pologne, on la conclura avec les Moscovites; qu'il convenait, par conséquent, de s'arranger avec les Hongrois et de signer la paix générale. S. M. aurait répondu, qu'elle ne désespérait pas d'arriver à un arrangement avec les Hon-