‹ Innocent XIChapitre 196 sur 290 · PLAINTES DE LA REINE CONTRE LE MARQUIS DE BÉTHUNE · texte numérisé non relu

PLAINTES DE LA REINE CONTRE LE MARQUIS DE BÉTHUNE

Le 9, Cybo annonce à Bonvisi que S. S. a fait prier le roi d'Espagne d'aider S. M. impériale dans Ja guerre en Hongrie contre les Turcs, aussitôt que la paix sera signée à Nimègue. Dans une autre dépêche du même jour il ajoute: que le pape^ est heureux d'apprendre que le roi de Pologne refuse la ratification de la paix. « Qu'il s'unisse donc à César, a dit S. S. »

Le 10, Martelli accuse réception à Cybo des brefs aux évêques pour les exhorter à refuser la ratification ; il s'excuse de ne pas envoyer le catalogue des sénateurs, parce que le grand Trésorier le lui aura déjà remis et il espère que les quatre chanceliers n'auront pas été oubliés; le nonce ajoute qu'il faudrait le temps et l'occasion de parler à tous afin de préparer la noblesse dans les Diétines. Tout le monde, écrit-il, voudrait la rentrée de la Cour à Varsovie car l'expédition des affaires reste suspendue; nombreux sont ceux qui disent que la Diète se dissoudra, parce que Grodno est un petit pays et qu'il sera impossible d'y loger tout le monde; que les affaires à Dantzig vont très mal et qu'on est sur le point d'une rupture avec l'électeur de Brandebourg; et qu'enfin ici, à Lemberg, on est très inquiet au sujet des Turcs à la suite des nouvelles de Valachie, d'autant plus que la résistance est impossible car on manque de soldats. A propos de Dantzig, il paraît que l'électeur est décidé à mettre en liberté le prédicateur Stranchio. Et, le même jour, il informe que la reine, lui parlant des récents secours aux Hongrois, lui dit: « Le roi et moi, nous avons plusieurs fois parlé au marquis de Béthuue pour qu^il cesse les enrôlements; il nous le promet, mais nous savons qu'il fait tout l'opposé; il n'y a d'autre moyen que de le congédier, mais cela équivaudrait à une rupture avec la France. S. M. m'a dit tout cela en présence de l'évêque de Premysilia et du Palatin de Russie... J'ai répondu que N. S. ne voudrait pas que l'on s'attirât l'inimitié d'un roi puissant et si estimé, mais qu'on ne doit pas non plus se mettre eu mauvais termes avec

l'empereur, car la Pologne étant neutre, elle ne doit pas laisser partir des secours pour les révoltés, qui sont des hérétiques alliés des Turcs, dont ils augmentent la puissance. La reine me demanda ensuite si je savais que Bossio continue ses rapports secrets avec l'ambassadeur pour enrôler des gens; j'ai répondu que je chercherais à y remédier. Le roi s'étant plaint aussi de Bossio, j'ai cru bon de faire en sorte que ce religieux quittât aussitôt la Pologne sans bruit et sans faire crier le marquis. Et avec le conseil de Bonesarra, son compagnon, on a résolu qu'il me demanderait la permission de rentrer en Italie, disant à tous, qu'ayant fini sa mission il veut revoir ses parents avant qu'ils meurent; il m'a dit en secret que la reine le persécute, parce que, l'an dernier, d'ordre de l'ambassadeur, il a contribué à faire partir en cachette une demoiselle attachée à l'ambassadrice et qui renseignait la reine sur tout ce qu'on faisait chez lui. Je lui ai donné le congé et un passeport de l'ambassadeur césarien. J'espère que Mgr Cesi, secrétaire de la Propagande, conclut le nonce, ne me reprochera pas l'initiative que j'ai prise. Bossio a très bien fait de partir. Il s'est trompé en croyant qu'en servant l'ambassadeur il serait d'utilité au collège de Léopole. » Et, le même jour, il ajoute qu'il a averti S. M. que de Vienne sont arrivées des lettres annonçant, qu'après la défaite du petit contingent des Cosaques, nombre de ceux-ci ont passé la frontière de manière que les révoltés hongrois, qui étaient réduits à 5000, sont 12,000 à présent et qu'ils ont pu donner l'assaut à Cassovie ellemême; que le roi lui répondit, qu'il ne fallait pas croire que de la Pologne fussent partis autant de soldats; mais que, dernièrement, trente ou quarante hommes des gardes de la frontière du Palatin de Russie avaient déserté, gagnés par l'argent; qu'il en avait parlé et S. M. a conclu, qu'il fallait espérer que tout cela finirait dans quelques semaines par la conclusion de la paix entre l'empire et la France,

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