OUVERTURE DE LA DIÈTE DE GRODNO
les pouvoirs d'agir. Mais pour rendre plus fructueux le travail de la Diète, il fallait aplanir les discordes entre les Grands du royaume, qui trop souvent, pour la satisfaction de se combattre réciproquement, oubliaient les véritables intérêts du pays. Et c'est à la pacification entre ces maisons que va tendre l'action du pape, soit directement, soit par ses nonces et par l'aide aussi du clergé national trèsobéissant aux ordres du Saint-Siège.
Durant les quelques mois que la Diète resta ouverte, la rareté des dépêches du Secrétaire d'Etat au nonce de Varsovie laisse croire que le Saint-Siège se borne à un rôle d'expectative, n'intervenant que dans les moments les plus graves, laissant à Mgr Martelli une certaine liberté d'action; et le nonce ne paraît pas avoir démérité de la confiance que le pape avait en lui.
Le 25 décembre 1678, de Grodno, où la Diète était convoquée, il écrit à Cybo: que la Diète a été ouverte, qu'il a dit au roi qu'il espérait qu'elle déciderait de faire la guerre aux Turcs, car il en est grand besoin ; mais qu'il ne put continuer son discours parce que le roi lui coupa la parole en disant, à son tour, que si la République ne déclarait pas la guerre, ce serait le Turc qui, l'été prochain, prendrait les armes. Le nonce parla ensuite des discordes des Grands, à quoi S. M. répondit qu'elle ferait son possible pour les apaiser; et que, pour sa part, elle oubliait tout. « Le roi me demanda ensuite, écrit le nonce, de quelle humeur j'avais trouvé les sénateurs; tous reconnaissent, aije-dit, le danger que court le royaume, aussi ai-je cherché, à les persuader d'armer... Jeudi, j'ai eu une atteinte de goutte (1), conclut Martelli, mais j'espère me remettre bien vite... Le marquis d'àrquin, père de la reine, est venu me
(1) Mgr Martelli dut, l'année suivante, quitter la nonciature à cause de sa santé.
voir. » Le r"* janvier 1679, il ajoute que la goutte le gêne moins; que la reine aussi va mieux, mais qu'il lui déplait beaucoup de voir les grandes dissensions, à la Diète, entre les Lubomirski, et que même les délégués des Diétines ont fait instance au roi pour qu'il ait à s'interposer.
Le 7, Cybo lui répond : « Le roi a dit à Y. S. Illme qu'il y avait peu à espérer de la Diète générale; déjà je l'avais prévu dans mes lettres. Mais V. S. a bien fait de répéter à S. M. ce qu'à plusieurs reprises on lui a écrit; et le roi peut très-bien trouver une issue à tant d'embarras; il en a le pouvoir. On ne peut pas penser à une union avant que l'empereur n'ait conclu la paix avec la France^ mais V. S. ne doit pas en abandonner le projet, et si les diligences humaines ne suffisent pas pour atteindre ce but, il faudra attendre et implorer la mission divine et son assistance, afin qu'elle daigne faire jouir la Pologne du miracle perpétuel d'être sauvée, malgré elle, aux moments les plus graves et alors qu'il en est le plus besoin, tel le danger présent dé divisions intérieures, qui lui enlèveraient les forces pour combattre l'ennemi du dehors. »
Le 8, Martelli informe Cybo que le grand-chancelier du royaume lui avait envoyé un jésuite, son confesseur, pour se plaindre de ce que S. Exe. avait transmis au cardinal Yidoni(l) une lettre adressée au pape, le priant d'user de son autorité contre son frère, le chevalier Lubomirski, abbé de Tinecense, parce qu'il avait donné aux Hongrois révoltés asile dans son abbaye et coopéré aux enrôlements; tandis que le général avait fait inutilement son possible pour l'en empêcher. Il lui répondit qu'il l'ignorait complètement, et^ en effet, le confesseur ajouta que Vidoni n'avait pas remis la
(1) Le cardinal Vidoni était le protecteur de la Pologne à Pome.