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RAPPORTS ENTRE LE PAPE ET L'EMPEREUR

mais pour ce qui touche le pontificat d'Innocent on peut dire que cette phrase, à Rome, ne répondrait plus à la vérité. D'après la correspondance d'Innocent XI avec son nonce à Vienne et avec le cardinal Pio, protecteur de l'empire à Rome, on constate, en effet, que le pape ne cherchait nullement à apaiser l'empereur Léopold avec des grâces spirituelles, qui d'ailleurs ne l'auraient pas contenté. Non; il traitait avec lui comme avec un égal en fait de souveraineté, sans chercher à exploiter ses sentiments pieux et religieux; s'efforçant de le persuader par les raisons d'Etat/ et de convenance à l'égard de l'Eglise. Relativement au respect des droits du Siège Apostolique, il se montrait vis-à-vis de lui aussi énergique qu'envers les autres monarques. Malgré les efforts que faisait Innocent pour être impartial, envers toutes les Couronnes, pourtant on l'accusait de partialité pour la Maison d'Autriche et surtout envers l'empereur. C'était, du reste, une vieille accusation que l'on répétait souvent contre la Cour de Rome, avec l'idée préconçue que le pouvoir impérial exerçait toujours sur elle un grand prestige. Mais le principe des deux pouvoirs institués par la Providence, les clefs au pape, l'épée à l'empereur, qui domina le moyen âge, s'était bien affaibli.

Sous Urbain VIII, le Saint-Siège tendit les mains à la France — qui n'admettait pas la supériorité impériale sur toutes les Couronnes — pour affaiblir la Maison d'Autriche et aussi l'Empire. Mais à Rome on finit par s'apercevoir qu'on avait été trop loin et qu'en fin de compte c'étaient les princes hérétiques, ceux qui s'étaient séparés de Rome, qui gagneraient le plus à l'abaissement de l'Empire; Innocent X changea de route, surtout au Congrès de Munster, et fut peu satisfait de la paix de Westphalie.

Innocent XI voulut continuer dans cette nouvelle voie et établir l'équilibre en Europe entre les Puissances.

Résolu à s'opposer à l'envahissement des musulmans en Italie et en Europe^ il comprenait que l'Empire, par sa position et les dangers plus immédiats dont le menaçait rislam, devrait être le principal instrument de la réalisation de son programme. Il comprenait aussi qu'en aidant Tempereur à triompher des Turcs, et en lui rendant la Hongrie, il finirait par lui donner plus de prestige sur les princes hérétiques allemands. On n'a donc pas Je droit de l'accuser de partialité, car s'il veillait avec une vigilance paternelle sur l'Empire, ce n'était point pour satisfaire des intérêts temporels, mais pour remplir l'un de ses grands devoirs de Souverain-Pontife, de chef du monde catholique et de défenseur de la Chrétienté.

Dans sa correspondance avec la Cour impériale on trouve l'affection d'un père, mais aussi celle d'un juge sévère, protestant avec énergie contre toute violation des lois de l'Eglise, auxquelles tout catholique, sans exception, devait obéissance.

Les grâces spirituelles ne furent pas nombreuses sous ce Pontificat; le pape, en particulier, pendant la première période, n'en accorda que sur les demandes parfois réitérées de l'empereur et des princesses de la Maison impériale (1). Innocent savait d'ailleurs les refuser lorsque la Cour lui demandait des choses inadmissibles.

(1) Le 15 janvier 1676, Bonvisi informe Cybo d'avoir répondu à l' empereur qui lui demande, pour la seconde fois, d'obtenir la concession à l'empire de la messe de St. Joseph, que tout dépendait de la Congrégation des Rites, laquelle, peut-être, ne trouve pas convenable qu'on la dise ailleurs, si même on la célèbre en d'autres diocèses. Et le 18 février 1678, Cybo lui annonce que la Congrégation concède qu'on puisse dire dans tout l'empire l'office du mariage de Saint Joseph, pour plaire à l'empereur et à l'impératrice Eléonore qui en avait fait la demande. Le 15 janvier 1679, Bonvisi recommande à Cybo la demande de l'empereur pour promouvoir la cause de béatification du P. Dominique, car-

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