‹ Innocent XIChapitre 228 sur 290 · LE PAPE DÉSAPPROUVE LE DÉPART DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE PAPE DÉSAPPROUVE LE DÉPART DE L'EMPEREUR

se rende pas en pèlerinage à la Madone de Zell, parce que les ambassades de la Moscovie et de la Pologne doivent arriver. « Je crois, écrit le Secrétaire d'Etat, que le moment est propice, parce que les Turcs voudraient prolonger la trêve conclue avec les Moscovites après la bataille du Saint-Gotliard, et il serait temps de voir bannies les jalousies entre les princes afin de dissiper toute espèce de soupçons entre eux. » Et, le 8, il se félicite avec lui des bonnes intentions de l'empereur pour la guerre, étant certain que si tous les trois sont unis, on pourra vaincre; il l'engage à donner l'assurance que S. B. ne laissera pas de faire tout ce que peut lui conseiller sa paternelle sollicitude.

Le 2, Bonvisi lui répond en chiffre, qu'il avait trouvé plus convenable de ne pas s'engager touchant les secours de S. S., croyant qu'il était plus prudent de les laisser espérer et s'accorder d'abord avec les Moscovites et les Polonais; mais comme N. S. a déjà parlé au cardinal Pio de dîmes et à la suite des ordres reçus, il en a entretenu S. M. L'empereur a été bien reconnaissant de l'offre de l'argent en Bohême, mais sachant le peu d'activité des évêques, il a exprimé l'idée qu'on pourrait les obliger à anticiper dix années, eu compensation des dîmes offertes par N. S. « Je n'aurais pas de ditSculté, continue le nonce, à donner ce qui reste de l'argent des commendes de Hollande, en défalquant ce que l'on a dépensé pour le rachat de la commende de Wratislaw. D'après les comptes que j'ai voulu voir, je pense que la somme se chiffre à 306,000 florins, que si l'ordre de Malte faisait de grandes ditïicultés, on pourrait obtenir que S. M. Ces. payât l'intérêt annuel de 4 o/o, le répartissant entre deux ou trois paroisses riches de son droit de patronage. De cette manière on obtiendrait un nouveau subside des biens ecclésiastiques et on constituerait une nouvelle commende. On pourrait aussi penser aux dîmes des pays héréditaires où se trouvent des évêques et des abbés riches, qui, quoique leurs biens soient assu-

jettis à la convocation de leurs Etats, doivent soutenir plus de charges que le clergé italien. Toutefois, je n'en parlerai à l'empereur qu'après avoir reçu les ordres de S. S. » Il me semble aussi qu'il faut tenir compte des craintes des princes italiens, parce que les projets des Français ne sont pas encore abandonnés. Et, si N. S. pouvait obtenir du roi trèschrétien la promesse de ne pas les inquiéter, ils pourraient acheter leur tranquillité à l'aide de quelque concours, car, la guerre ne se faisant point moyennant la promesse du roi de France, les princes ne s'inquiéteraient pas à cause de toutes ces jalousies réciproques. L'Espagne aussi devrait donner son concours, car elle réussirait à défendre Milan bien plus facilement qu'avec la guerre. Et le même jour, en clair, il répète qu'il a entretenu S. M. à propos des dîmes et, selon les deux dernières dépêches de S. Em., il a dit à l'empereur que, ne pouvant l'aider autrement, on avait décidé de le faire au moyen des dîmes accordées à la Pologne, comme étant la nation qui a plus besoin d'argent; que selon ses ministres, on croit que 40,000 hommes sont nécessaires tout en ayant l'aide des Moscovites et des Polonais; que S. M., tout en congédiant bon nombre d'officiers, voudrait cependant maintenir ses soldats dans les pays de son patrimoine, qu'ayant besoin de fonds pour les entretenir S. S. lui aurait accordé l'argent de la Bohême, qui représente plus d'une année des dîmes des Etats espagnols d'Italie, et même celles-ci si la Pologne ne bouge pas; et que peut-être l'Espagne ferait quelque chose, car le nonce Mellini écrit que le bref envoyé par le pape y a fait bonne impression, et N. S. désire qu'on obtienne de tous les princes quelque chose. Mais après avoir exposé tout cela à S. M. j'ai fait observer, écrit le nonce, que l'entretien des soldats dans les pays patrimoniaux serait plutôt un désastre pour ceux-ci, tandis que, si on les envoyait à la guerre, ils travailleraient mieux et vivraient aux frais du Turc. L'archevêque de Strigonie tient

CYBO APPROUVE LES PRÉVISIONS DE BONVISI 555

déjà pour 100,000 thalers de blé, et S. M. ne serait pas inquiétée par la France, parce que S. S. en a parlé à l'ambassadeur, qui s'est montré très bien disposé... L'empereur me répondit: que l'aide des deux puissances compenserait le manque de 20,000 hommes; mais quelle confiance, dit-il, peut-on avoir en leur persévérance? Ainsi, les Espagnols qu'ont-ils fait sous un roi autrichien? bien moins que les Hollandais affranchis de l'esclavage delà France... Même, parmi les princes de l'Allemagne, il y en a qui n'ont pas été constants dans la ligue quoique leur propre intérêt fût de se tenir unis contre les Suédois ... et par conséquent, conclut S. M., il faut bien réfléchir. « Tout est incertain, ajoute le nonce, il faut du temps et, en attendant, savoir ce que vont dire les Moscovites. Le vice-chancelier est malade, et je n'aime pas parler avec d'autres... »

Le 8, Cybo, accusant à Bonvisi réception de ses lettres, loue son langage avec l'empereur touchant la nécessité de la guerre; il lui répète que S. S. ne cesse pas ses démarches auprès du roi de France pour en obtenir qu'il ne donue pas d'ennuis. Il recommande au nonce de prendre soin de ne pas donner aux ministres, qui ont une opinion contraire, l'occasion de se plaindre (1). Et, le lendemain, il lui transmet copie d'une lettre arrivée de Constantinople, où on lit: « Nous avons ici trois nouveaux ministres, et tous les trois s'occupent du même sujet. L'internonce de

(1) Le 30, Bonvisi lui répond, que S. Em. ne doit pas croire que ce sont ses remontrances qui excitent la méfiance des ministres, car toute leur indécision vient de ce qu'ils ne sont pas sûrs que les Français resteront tranquilles, et aussi du manque de fonds, que si le Congrès a pris fin le 17 par la signature du dernier traité, les ambassadeurs impériaux sont d'avis qu'il y a plus à craindre après cette paix que durant la guerre, à cause des projets que nourrissent les Français.

l'empereur négocie en vue de ratifier, de nouveau, la paix qui doit expirer prochainement; le résident de Pologne travaille à maintenir la nouvelle, qui a été conclue avec un si grand désavantage, et le Moscovite demande aussi la paix. Bien que l'envoyé césarien se trouve ici depuis sept mois, le grand Yizir, très rusé, ne lui a pas encore permis d'entamer les négociations, car il attend d'en finir avec le Moscovite. Cette paix se conclura, il n'y a pas à en douter, mais les prétentions des Turcs vis-à-vis de l'empire seront très élevées... Les ambassadeurs de Raguse sont toujours prisonniers et leurs affaires en sont au même point. Pour tous ces faits je dis à la chrétienté: 0 misera rerum fades. Depuis la prise de Candie, de Kaminiza et Cochin, on ne saurait dire combien est changée la Turquie, surtout maintenant, sous le gouvernement des ministres actuels. »

Le 9, Bonvisi écrit deux dépêches à Cybo. Dans la première il lui annonce que l'opposition à la guerre paraît diminuer ; mais que par suite du manque d'argent on licenciait des soldats et qu'il y a eu une mutinerie dans deux régiments parce qu'ils ne touchaient pas leur solde. Je tâche de démontrer, poursuit le nonce, que ce sera bien pire s'ils sont attaqués par les Turcs étant sans soldats, sans argent et sans amis ainsi qu'il en sera si les Moscovites et les Polonais partent sans rien conclure; que les prétentions pour les titres du duc de Radziwill sont des obstacles; je tâche de les dissiper, mais il tarde à venir et dépense plus dans la vanité de ses pompes qu'il ne reçoit d'aide des princes. Toutefois il ne faut pas perdre courage, mais insister auprès du roi de France... Et, dans la seconde, il assure qu'on fera aux Moscovites la demande de la liberté du culte pour les catholiques, ainsi que l'ont obtenue les hérétiques. « Je n'en ai pas parlé à l'empereur, parce qu'il est en train de boire de l'eau acidulée, mais Chiniseg m'a promis de le rendre favorable. »

l'arrivée du duc de radziwill 557

Le 15^ Cybo envoie aussi deux dépêches. D'abord il mande à Bonvisi : bien que suivant le rapport de Mayerber, on ne puisse guère compter sur l'union des Moscovites avec Rome, pour Jes amener à abandonner le schisme, toutefois, il l'engsige à être aimable avec eux. Et, ensuite, il participe à Martelli que le nouveau duc de Bavière et son oncle maintiennent les offres faites par le duc décédé. Et, à la même date, il manifeste son approbation qu'on ajourne les négociations entre la Moscovie et Rome à l'année prochaine, lorsqu'on traitera de la paix perpétuelle entre la Pologne et la Moscovie.

Le 16, Bonvisi se plaint à Cybo du retard de Radziwill à arriver; il espère avoir amené les Moscovites à le traiter à la troisième personne, (1) lui refusant toutefois le titre d'Altesse auquel le duc prétend de la part de son entourage. Et, dans un post-scriptum, il annonce que Radziwill vient d'arriver et demande à le voir.

Le 22, Cybo répond à Bonvisi, au sujet des secours: que si la guerre s'engage, S. S. ne donnera pas seulement l'argent de la Bohême et celui de Malte, mais s'efforcera encore de trouver d'autres aides et de contribuer avec ses propres ressources malgré la pauvreté du Trésor, mais qu'il faut du courage et de la résolution de la part de l'empereur. Et, à la même date, il l'engage à conseiller à S. M. d'entreprendre la guerre, en lui démontrant que l'entreprise est facile, fructueuse et nécessaire. « Que Y. S. 111. me dissipe les craintes qu'éprouve l'empereur d'être ensuite abandonné par les Polonais et les Moscovites, comme il lui est arrivé avec les Hollandais et les autres coalisés dans la dernière guerre d'Al-

(1) Le 19, Martelli informait Cybo que le roi a écrit au duc de Radziwill de se conformer au traitement qu'ont à Vienne les autres ambassadeurs.

lemagne, car alors il défendait la Hollande, toujours ad- Tersaire de l'empire et de la maison d'Autriche, contre un prince dont les victoires avaient été des acquisitions pour la religion, tandis que maintenant il s'agit de défendre son propre bien, la Hongrie, puis l'Allemagne et l'Italie des griffes du Turc et enfin de soustraire au joug des barbares, la foi et toute la chrétienté. Dans la récente guerre, on flottait entre la crainte et l'espoir touchant la perte de quelque place; dans la future, on court le danger de tout perdre .. . Celle-ci est la plus grande affaire que puisse avoir le pape entre les mains; S. S., n'a qu'un seul but: l'honneur de Dieu et la conservation de la foi... Et pour cela K S. ne cesse de penser jour et nuit sur la manière de la mener à bonne fin, et Y. S. 111. me, conclut le Secrétaire d'Etat, ne peut avoir un meilleur champ pour exercer son influence qu'en cherchant à décider S. M. » Mais dans une troisième dépêche (chiffrée), du même jour, Cybo ajoute: «Dans la lettre en clair où il est- question de rompre la paix avec le Turc, il y a cette observation: que le fait de la ligue de l'Allemagne pour la défense de la Hollande n'a pas été propice, parce qu'elle a été un empêchement aux progrès de la religion catholique, car, si on avait laissé agir les armées françaises, elles se seraient rétablies en Hollande et peutêtre même en Angleterre... Dans la crainte que cette pure vérité en ces simples termes puisse sonner désagréablement aux oreilles de S. M. Ces., Y. S. Hl.me aura soin de les atténuer, ces termes, en disant par exemple : bien que l'intention de l'empereur ait été de préserver l'empire de la servitude des Français qui, par l'acquisition de la Hollande, se dressaient l'échelle pour subjuguer l'Allemagne et que tout cela ait été conforme aux lois d'une bonne politique, toutefois le progrès de la religion en a souffert. Ceci, Y. S. 111. me peut le dire à l'empereur, afin qu'il se garde à l'avenir de ces alliances qui crient vengeance devant Dieu^ et que, par

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