LE PREMIER BREF À LÉOPOLD I
praedam habituri. Non dubitamus quin Majestas tua eamdein eiga publicam quietem gerat voluntatem, quam semper prae se tulit; adeo praeclare tamen de non minus religiosi et sapientis, quam constantis excelsique animi tui magnitudine sentimus, ut persuasum facile habeamus, te conditioni temporum obsecundantem, iis quoque propositionibus non duras aures praebiturum, quibus caeteroquin fortasse non acquiescere, et privatas tuas rationes publicae christianae rei saluti libenter posthabiturum, sicuti avita Austriacae domus pietate, et tua ipsius virtute, ac f'acili erga sanctam hanc Sedem, quae per nos Majestatem tuam enixe rogat obsecratque, observantia dignum est. Plura a Venerabili fratre Archiepiscopo Thessalonicensi super hoc gravissimo negotio accipiet Majestas tua, cui Apostolicam benedictionem amantissime impertimur.
Et Bonvisi répondait à Cybo, le 11 octobre, qu'en remettant ce bref à l'empereur il l'assura que l'affection de S. S. envers S. M. faisait espérer qu^elle faciliterait la conclusion de la paix; tant de san^ versé a coûté bien des larmes à S. S., qui est inconsolable devant d'aussi grands maux; que N. S. connaissait les bonnes dispositions de S. M. pour la paix, mais que pour la réunion du Congrès et la conclusion de la paix il fallait du temps, et encore beaucoup de sang si l'on ne suspendait pas les hostilités par une trêve. S. M. a répondu que sa joie est grande pour une aussi sainte élection, accueillie avec une allégresse universelle partons les princes qui connaissent, la vénération avec laquelle il a été élevé au Pontificat... Quant à la trêve proposée déjà par Clément X, il avait déclaré, dans sa réponse à Mgr. Bevilacqua, qu'elle était impossible, car elle devait être discutée avec les coalisés... « Le baron Hocher m'a répété la même chose — écrit le nonce — ajoutant que, si la guerre continue, les Impériaux pourraient triompher; car les Suédois sont défaits, Philipsbourg prise, et on pourra passer en Lorraine et en France ». Et le 17, Innocent envoie encore un bref
à l'empereur pour le remercier de la lettre de félicitations que S. M. lui avait communiquée par le cardinal Pio. Et dans ce bref il semble lui faire prévoir ce qu'il ne cessera de lui demander durant tout son Pontificat. On y lit, en effet: Cmn enim christianae reipublicae tranquillitas votorum nostrorum siimma sit^ et le pape se réjouit de voir que S. M. s'efforce de toute manière de maintenir cette tranquillité.
L'élection et le couronnement de Léopold se firent à Francfort au milieu d'intrigues et de protestations des ambassadeurs de France. De la Hongrie, dont il devait être roi, le nouvel empereur ne possédait en réalité que quelques provinces. Une partie de la Hongrie était sous la domination turque et un pacha gouvernait Bude.
La victoire de Saint Gothard (P^ août 1664) gagnée par Montecuccoli, général autrichien, avait éloigné les armées turques du voisinage de Tienne, et amené la conclusion d'un armistice de vingt ans, sans faire aucune concession aux hongrois mécontents. Les protestants y avaient perdu leurs églises et la levée des impôts devenait illégale parce que la Diète n'avait plus été convoquée.
En 1671, une véritable conspiration fut découverte en Hongrie; elle tendait à abolir entièrement l'autorité de l'empereur et à partager les provinces entre les magnats sous le protectorat des Turcs. Les comtes Yesselin, Serini, Frangipani, Tattembach, le palatin de Hongrie, étaient les chefs de la conspiration. A la suite de cette découverte, un régime de terreur et de guerre fut institué contre les réformés auxquels on enleva les charges, les églises et l'exercice du culte. Et aux révoltés hongrois manqua aussi l'appui deAbatïi, prince de Transylvanie qui en 1673 s'était fait catholique.
Voici une dépêche qu'envoie Bonvisi de Vienne à Cybo et qui éclaire mieux la situation :