BONVISI NÉGOCIE AVEC LES MOSCOVITES
Dans une troisième dépêche du même jour, il ajoute que Radziwill a renvoyé une grande partie de sa famille en Pologne, parce qu'on a trouvé qu'il ne serait pas prudent d'aller en Italie avec tant de monde, à cause de la peste.
Le 20, il écrit à Cybo que les Moscovites lui ont restitué sa visite, qu'il leur a donné une réception et de petites images en disant qu'elles devaient représenter le pape. «Ils se sont plaints des césariens, qui ne concluent rien et semblent les bercer de promesses vagues. J'ai répondu^ écrit-il, qu'eux-mêmes ne pouvaient rien présenter de positif, car on ne sait pas ce qui a été décidé en Moscovie avec les Polonais, que pourtant il n'était pas ditiScile de s'arranger avec ces derniers, même si en outre des 15,000 hommes d'infanterie soldés et déjà offerts, il fallait y ajouter le subside de 100,000 ungheri par an, pour remédier à leur pénurie d'argent, le royaume ayant été dévasté par tant de guerres. Ils répondirent que, quant aux soldats on les donnerait et que l'on préférait en augmenter le nombre, plutôt que de donner de l'argent; car, si les Polonais en ont besoin en ce moment pour le bien de la patrie, ils ne pensent pas à modérer leur luxe et à faire moins de banquets ; par conséquent, s'ils ne veulent pas se corriger, il n'est pas convenable que les Moscovites leur fournissent de l'argent pour qu'ils le gaspillent. J'ai trouvé juste cette observation, continue le nonce, mais j'ai répliqué que les vices d'une nation ne se corrigent pas d'un instant à l'autre; que le principal et capital défaut de la République, c'est que les riches ne veulent pas contribuer largement à lui venir en aide, alors que des Pontifes ont fourni tant d'argent pour leur assurer la victoire de Cochin... J'ai ajouté que, pourtant, le souverain pontife continuerait, mais, comme il s'agissait d'un prince aussi riche que le czar, celui-ci pouvait être généreux envers un pays pauvre; que si le pape, éloigné de la Pologne, fait tant pour elle, pourquoi les Moscovites, qui sont
ses voisins et peuvent être, après elle, la proie des Tares n'en feraient-ils pas autant?... J'ai conseillé enfin d'attendre que l'on conclue quelque chose d'abord directement, car ici le moment n'est point propice à cause de la peste; et, qu'en attendant, en Pologne on réunirait le Grand Conseil. Ils parurent convaincus et me demandèrent ce que faisaient les Pères Piscopo et Bedicli depuis leur retour de Perse; j'ai répondu qu'ils étaient déjà partis pour Rome, où ils avaient à parler au sujet de neuf couvents dominicains, et qu'ils étaient porteurs de lettres du roi de Perse au pape et à l'empereur; mais qu'il s'agissait simplement de compliments. J'ai ajouté que, toutefois, ce souverain était disposé à combattre les Turcs, si les Cosaques entraient dans la ligue et que, peut-être, on renverrait Bedicli en Perse pour stimuler le roi à s'y unir, mais que, étant donné cette éventualité, il faudrait que les Moscovites assurassent le chemin aux Cosaques. lis m'ont répondu qu'ils étaient satisfaits, que tout serait sans doute accordé et qu'ils enverraient une mission en Perse... mais ils ne s'en vont pas contents d'ici. Et le nonce finit par constater que, dans une seule conversation, il a fait plus que tous les autres, et que les Moscovites ont encore plus de confiance dans le pape qu'en tout autre» (1).
(1) Et, le même jour, Bonvisi lui annonce qu'il y a tout espoir d'arriver à une union avec la Bavière, car l'électeur a déjà offert ses soldats réformés. Et, dans une autre dépêche du même jour, le nonce ajoute, que si l'on s'était servi de sa médiation auprès des Polonais et des Moscovites, tout serait déjà fini. Mais le prince Montecuccoli, qui dirige les conférences, est habituellement d'humeur sombre et, même s'il voulait se montrer plus ouvert, il ne le pourrait pas ; or, peut-être aurait-il dû le faire, et c'est aussi l'avis de l'empereur, qui connaît la familiarité qui régnait entre les Polonais et moi et que jiartagèrent ensuite les Moscovites . . . Toutefois, j'ai tant fait, que j^ai assuré la continuation des négo-