DIFFICULTÉS DANS LES NÉGOCIATIONS
la Cour à Prague ruine ce pays et aussi la Hongrie. « L'archevêque de Strigonie m'a dit que, si l'empereur était resté, on eût pu désormais espérer la paix en Hongrie. Tous les ministres sont à Zuain, attendant l'arrivée de LL. MM.; il règne une grande confusion dans cette petite ville, encombrée de chars et les dépenses sont excessives... Il paraît qu'on a fait le voyage de Prague pour gagner Brandebourg à l'empire, afin de rendre possible Neubourg comme ministre... On en voit de belles en Allemagne! Avant de partir, j'attends que l'empereur s'achemine vers Prague et qu'il envoie les ordres pour m'héberger dans les villages où ne sont reçus que les personnages des environs ou de la Cour; et pendant ce temps je reste au milieu de mille dangers de peste, de famine et peut-être aussi de révolution, car la garnison, n'étant pas payée, vit misérablement, et il peut arriver que le désespoir la porte à quelque excès. L'impératrice Eleonore m'a dit que, dans la crainte que le palais puisse être saccagé, elle veut emporter tous ses effets; il n'est pas improbable que cela arrive, car le prix des vivres a triplé et l'on n'en trouve qu'avec peine »(1).
Le 4, Bonvisi informe Martel li que l'on n'a rien pu décider sur les propositions des Moscovites, parce que Radziwill même, laissait voir qu'il n'avait aucune confiance, étant persuadé que jamais les Moscovites n'aideraient les Polonais à vaincre, jaloux comme ils sont de leur agrandissement;
(1) Dans un avviso de la même date, de Vienne, on lit: « Après le départ de la Cour il n'y .. plus ici aucun ministre ni aucun noble, par conséquent, plus de matière aux avvisi, parce que tout le monde est pauvre. On compte soixante décès par jour, sans ceux des lazarets ; à la peste, s'ajoutent encore d'autres causes de grande mortalité, car il y a un an eurent lieu des inondations, et bien des personnes pauvres ont souffert de l'humidité dans les maisons qui furent envahies par les eaux. »
qu'à Vienne, d'autre part, ou n'a pas voulu se Jier avec les Moscovites seulement, quoique ceux-ci s'en soient fâchés, convaincus de pouvoir sutiQre même si les Polonais venaient à manquer. « Mais, conclut Bonvisi, je leur ai conseillé de s'unir à cette vaillante nation, en leur disant qu'ils pourraient envahir la Crimée et, de cette manière, être à l'abri des incursions des Turcs; et ils parurent contents, dans la pensée qu'au printemps tout pourra être arrangé ».
A la même date, de Paris, Lauri informe Cybo que le comte Morstein lui a confié que, durant les fêtes de Fontainebleau, le roi l'assura qu'il donnerait des secours à la Pologne au cas où elle entreprendrait la guerre et qu'ils seront considérables. Je me réserve d'en demander la confirmation à Pomponne, écrit-il, car le comte, grand-Trésorier^ me fit voir aussi des lettres de Radziwill de Vienne, où il se dit désolé parce que l'empereur ne veut rien faire, à moins que la France ne donne l'assurance de rester tranquille ».
Désormais on peut voir que le projet d'une ligue entre les trois puissances reste pour le moment en suspens; la peste qui désolait Vienne contribua beaucoup à mettre fin aux conférences, qui toutefois préparèrent le terrain en faisant se rapprocher des nations qui semblaient devoir, par leurs jalousies, rester éloignées l'une de l'autre.
C'est à Varsovie que l'on fut le plus désappointé. On semblait s'attendre à la stipulation de la ligue, quoique le duc de Radziwill ne fut pas porteur des pouvoirs. Voici le résumé d'une dépêche du 6 septembre, de Ms^r. Martelli à Cybo. Il constate d'abord que le roi en fut tellement affligé qu'il refusa de le recevoir en audience et lui envoya l'abbé Zaluski, un de ses secrétaires, lequel lui dit:
. . . che il re stava turbato, e non soddisfatto délie risposte con le quali era stato spedito il Sig. Duca Radzivil nelle Conferenze già terminate in Vienna perché solo se gl'eran date parole gène-