LE PAPE PROPOSE L'OUBLI À L'ESPAGNE
tent à propos du Golfe. L'expédient proposé par S. S. est que le roi se contente de se laisser conseiller par la paternelle bienveillance du pape, qui affectionne tendrement S. M. et cherche le bonheur de son royaume, sacrifiant au zèle infini de S. S. pour la tranquillité publique et le bien de l'Eglise, les amertumes reçues à propos du Golfe, de manière que N. S. puisse les considérer pardonnées et oubliées, comme si elles n'avaient jamais eu lieu. Et que cet oubli non seulement est digne de la générosité chrétienne de S. M., mais est aussi le seul moyen pour enlever l'obstacle à la médiation vénitienne, tandis qu'il ne paraît pas qu'on puisse arriver à un arrangement par des satisfactions. « J'engage donc V. S. 111. me, conclut le cardinal, à veiller sur l'impression que peut faire sur le roi la lettre du cardinal, et si elle la trouve favorable, elle en parlera au nom de S. S., laissant voir combien S. M. gagnerait dans l'affection de S. B. au commencement de son Pontificat, mais si V. S. ne voit pas une véritable disposition dans le roi à faire cette renonciation, elle doit n'en parler à personne et la tenir absolument secrète » (1).
Le 12 décembre, Cybo écrit encore à Mellini, que les nonces de Venise et de Vienne affirment que les ambassadeurs du roi catholique ont remis à S. 8. l'arrangement du Golfe. « N. S. a pris occasion de cela pour en parler à Nithard et, plus précisément, sur le tempérament écrit à V. S., c'est-à-dire : que S. M. se complaise de laisser généreusement au zèle paternel de S. S. toute satisfaction que l'Espagne
(1) Le 25 décembre, Mellini lui accuse réception de cette dépêche et ajoute que, d'après les nouvelles qu'il a apprises, il ne croit pas pouvoir arriver à un bon résultat, parce que tous les ministres sont mal disposés à l'égard de la république et méfiants envers elle ; et, ne voulant pas de Venise comme médiatrice, il& n'aiment pas qu'on parie d'arrangement.
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pourrait prétendre de la république vénitienne ; ne voulant pas entamer sur cette affaire une discussion qui ne pourrait que devenir longue et ditficile, tandis que passe le temps opportun à la médiation pour la paix, car la république ne peut y concourir avant que ce différend ne soit arrangé; Nithard écrira à Madrid, conclut le secrétaire d'Etat, et Y. S. doit chercher à l'appuyer. »
Le 19, Airoldi mande à Cybo que le Provéditeur I esaro lui a parlé de la rémission au pape de la part de l'Autriche pour toute décision; et lui ayant répondu que N. S. désirerait beaucoup voir finie cette question, Pesaro répliqua que les Espagnols feront toujours des difficultés, et le mieux serait que tout le monde s'en remette au pape et que N. 8., sans entrer dans le fond de la question, donne l'absolution à tous. Mais comment l'obtenir, ajoute le nonce, car l'ambassadeur d'Espagne répète toujours qu'il faut modifier le règlement du passage du Golfe, que les Autrichiens ont depuis longtemps, comme le démontrent les articles du traité de Gorice, qu'on voudrait à présent considéré comme périmé? Et, le 26, Airoldi écrit que l'ambassadeur d'Espagne lui montra une lettre de Nithard où il est dit que N. S. trouve plus digne que les deux parties remettent toute solution en lui comme Pasteur et, qu'à la suite du désir de S. S., il en a écrit au roi; et le cardinal conclut que le pape est aussi d'opinion qu'il serait bien de proposer que Nani aille à Nimègue, car, restant à Venise, il pourrait nuire davantage.
Le même jour, Cybo ordonne à Airoldi de ne plus faire de démarches au sujet du Golfe; car il suffit qu'on connaisse le désir paternel de N. S. (1).
Le P^ janvier 1677, Mellini informe Cybo d'avoir eu connaissance des lettres de Nithard, des ambassadeurs, et
(1) Le 9 janvier 1677, Airoldi lui répondit qu'il ne fera plus de démarches, se bornant à entendre ce qu'on dira.
l'espagne demande une satisfaction 633
qu'on a résolu de répondre à tous dans le même sens, à savoir : qu'on accepterait la médiation de N. S., que S. M. s'en remettrait aux choses justes et conformes aux propositions convenables de S. B. ; que le traité serait si^né à Vienne ou à Venise ou bien encore à Rome, quoique on y craint l'influence de Nitliard, en qui on n'a pas une grande confiance. «Je cherche, écrit-il, à persuader les ministres, qui sont toujours contraires trouvant que l'offense de Venise a été bien grave, à s'en remettre entièrement à N. S. ; mais il ne paraît pas qu'ils veuillent consentir à accepter la décision de S. B. visant seulement à la médiation ; et voyant que je ne peux obtenir davantage je cesse d'en parler, bien qu'en confidence et sans engagements.» Et^ le 21, il ajoute que de ses nouvelles démarches il avait relevé bien peu de chose. « On témoigne beaucoup de reconnaissance à S. B., écrit-il, mais, au fond, ils se montrent bien durs; on veut absolument avoir des satisfactions et ne pas laisser passer l'affaire sans dédommagement; on ne veut pas surtout ratifier les droits des Vénitiens sur le Golfe; et les ministres doutent même que 8. S. puisse obtenir les satisfactions qu'elle désire; peut-être pourront-ils comprendre l'avantage d'avoir les Vénitiens comme médiateurs à Nimègue, mais ils n'ont pas grande confiance dans leur médiation, car ils regardent la république avec méfiance et la croient même nuisible à leurs intérêts. C'est pour cette raison aussi qu'on a retardé l'arrangement pour le Golfe, et c'est ainsi également que s'explique le retard qu'on met à satisfaire l'ambassadeur de Venise pour le mauvais traitement infligé à ses cochers, et dans la conviction persistante que le Congrès de Nimègue traînera tellement en longueur qu'il y aura assez de temps pour traiter la question du Golfe et la médiation pour la paix. » Et le nonce conclut, qu'il a déjà fait comprendre à l'ambassadeur impérial et à celui de Venise qu'un arrangement était ditficile. Et, le 5 février, il mande, que S. A. lui a dit qu'elle
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ne voyait pas la nécessité d'un arrangement avec Venise, afin de ne pas porter préjudice à la question du Golfe; mais que toutefois, « sur mes instances, écrit-il, je crois que don Juan finira par faire son possible en vue d^un accord avec Venise» car le duc lui avait dit que, pour réussir à conclure une bonne paix à Nimègue, il fallait faire une ligue entre les princes italiens et que celle-ci devait-être proposée par S. B. comme chef de tous; «mais avant d'achever la phrase, il me pria de ne rien écrire à V. Em., se réservant d'étudier la chose et de consulter S. M.; laissant échapper de ses lèvres que, pour cela, la paix était nécessaire avec les Vénitiens et qu'il faciliterait l'acceptation de la proposition du pape.» Mais, le 27, Cybo informe Airoldi que vient d'arriver la réponse de l'Espagne touchant le projet de S. S. de sacrifier au bien public et au respect envers elle les prétendues satisfactions pour les affaires du Golfe, et que le cardinal Nithard est venu lui dire que S. M. remet à S. S. seulement la décision touchant les satisfactions dans l'espoir que celles-ci seront en proportion du fait, ajoutant aussi que la Cour était contraire à Nani comme médiateur ; qu'ayant reçu les mêmes nouvelles de Melliui, N. S. décida de tout communiquer à l'ambassadeur vénitien. « Celui-ci, écrit Cybo, a reçu des lettres de Venise, et dans une audience particulière, après bien des observations il a dit à S. S. que les Espagnols, se prétendant offensés, demandent des satisfactions au cas où S. S. ne voudrait pas accepter d'être juge et arbitre, et que N. S. voulant rester impartial, comme médiateur, refuse. Barbaro se limitait à répéter ce qu'on disait à Venise, insinuant seulement les tempéraments qui pourraient faciliter l'arbitrage. »
Le 2 mars, Cybo répète à Mellini d'insister de nouveau auprès du roi et de don Juan, disant qu'il convient faire des sacrifices, parce que le Sénat pourrait aider dans la médiation. Et il l'engage à persuader don Juan qu'en agissant