‹ Innocent XIChapitre 258 sur 290 · MELLINI CHERCHE À PERSUADER LES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

MELLINI CHERCHE À PERSUADER LES ESPAGNOLS

ainsi, il commencera bien son ministère en ce moment surtout à cause de son attitude peu bienveillante envers la reine, laquelle peut irriter l'empereur et l'induire à se retirer de la guerre qu'il a entreprise pour secourir l'Espagne, et don Juan peut comprendre quel serait le sort de la monarchie dans cette éventualité. «S'il vient à discourir de la ligue d'Italie, V. S. doit l'arrêter en disant que ce n'est pas l'heure de parler de cette affaire, à présent surtout que N. S. doit être médiateur. »

Le 4, Mellini annonce à Cybo que don Pietro d'Aragon vint lui dire que le roi avait résolu que l'ambassadeur de Venise, résident ici, répondit lui-même à S. M., parce qu'il était nécessaire de négocier plusieurs affaires vénitiennes avec ces ministres, mais que N. S. aurait lieu d'en rester satisfait, attendu que le roi n'a d'autres désirs que de plaire à S. B. et de se conformer à ses saintes intentions. Trouvant, ajoute le nonce, cette réponse bien artificieuse et pensant qu'on veut discuter sur la ligue, il alla chez don Gerolamo d'Eguja et le pria de vouloir lui dire, en ami, ce que pensait vraiment le roi, et que don Gerolamo lui a répondu en toute confiance que le roi était disposé à renoncer à tout, pourvu qu'on conclût la ligue^ et qu'on donnât à l'ambassadeur à Venise des instructions pour tout pardonner, mais de disposer les choses pour la ligue. « J'ai répliqué, continue le nonce que, si la grâce n'était pas accordée d'une manière absolue et sans condition de ligue, elle ne serait pas agréée par N. S. ; et qu'au contraire il serait désolé, voyant qu'on voudrait allumer une nouvelle guerre en Italie, alors que S. S. fait son possible pour mettre un terme à celles qui ont lieu maintenant. A cela, don Gerolamo m'a dit que de Venise et de Naples étaient arrivées des nouvelles d'armements de la part des Turcs, et qu'on avait écrit que S. M. concourrait avec les Vénitiens par des troupes et une flotte, à la défense de la chrétienté contre les Turcs, si le pape

636 l'impartialité d'innocent

était le chef de la ligue promue par lui-même. J'ai répondu qu'il ue me semblait pas que les Turcs eussent une grande envie de faire la guerre, alors que tous les princes étaient encore armés. J'ai fort bien compris, écrit-il, tout de suite que cette ligue ne devait pas être contre les Turcs, mais contre les Français, et j'en ai eu la conviction plus tard, à propos de la question de la suspension d'armes, car l'ayant demandé à don Juan, il me répondit qu'il croyait que la situation n'était pas aussi mauvaise qu'elle paraissait, mais qu'elle peut s'améliorer par de nouveaux faits d'armes, tandis que, avec la trêve, la ruine de la monarchie serait certaine, parce que, dans ce dernier cas, les coalisés de l'empire se disperseraient et alors la conclusion d'une bonne paix deviendrait plus difficile, et que, au contraire, si la ligue continuait on pourrait espérer. Pierre d'A^ragon m'a assuré toutefois qu'on dirait tout cela à S. S. à Rome. » L'ambassadeur vénitien s'étant rendu chez S. A. pour la remercier d'avoir puni les insulteurs de ses cochers, le duc a été très aimable avec lui et lui participa avoir renoncé à toute satisfaction sur la prière de S. S., et espérer que S. M. recevrait quelque bonne compensation de la part de la république. « De la relation que me fit l'ambassadeur, continue le nonce, j'ai conclu que le duc n'a pas soufflé mot de la ligue; toutefois S. Exe. m'a dit que son collègue impérial avait reçu l'ordre de Vienne, de faire des démarches auprès du roi pour l'induire à accepter le projet de N. S. en pardonnant tout aux Vénitiens. Je sais, conclut le nonce, que le gouverneur de Flandre demande la trêve, parce qu'autrement on risque de perdre entièrement ces provinces, tandis que le ministres d'ici craignent qu'après la Flandre l'Espagne ne finisse par perdre l'Italie. »

Le même jour, Cybo répète à Mellini que la ligue en Italie n'est pas un sujet dont on puisse discuter en ce moment; le Trésor est dépourvu de toute ressource, et le Saint-Siège

Page 1