L'ESPAGNE EXIGE UNE SATISFACTION CONVENABLE
faire part à la république qu'on avait élu N. S. arbitre, h condition qu'il se fasse donner une satisfaction conveuable; qu'on avait fait la même réclamation à l'ambassadeur de Venise à Madrid et que, par conséquent, il ne pouvait admettre qu'on ait pu parler autrement ; et que le duc observa ensuite qu'il ne comprenait pas comment S. S. avait tellement à cœur de faire grâce aux Vénitiens plutôt qu'à S. M., étant donné surtout que le roi en était plus digne que ceux-ci, s'agissant aussi d'un acte de justice qu'on doit au roi pour l'affront qu'il a reçu; que les Vénitiens donnent toujours lieu à des plaintes pour le libre passage accordé aux armées françaises et à d'autres, qui se rendent à Messine avec des vivres et des soldats. « Toutefois, continue le nonce, j'ai cherché de serrer le duc par mes répliques, lui ayant démontré: que S. S. penchait pour l'abandon de toute satisfaction, pjrinci paiement pour une grâce envers le roi, afin de le délivrer d'une affaire qui lui occasionnait des inquiétudes et des dépenses, avec bien peu de résultats s'il eût voulu en tirer vengeance; qu'il s'agissait de pouvoir rendre la république capable d'être médiatrice, dont l'action pourrait profiter à S. M. d'autant plus qu'à présent le roi d'Angleterre se montre très ami de la France, comme on l'a vu pour Charleroy; et qu'ayant été accusé pour cela d'impartialité on eut pu avoir en lui un fort adversaire.» Don Juan sembla se convaincre par ce discours et vint à conclure qu'il voulait bien proposer à S. M. que l'abandon fût total et clair, publiquement sans aucune réserve, mais qu'il ne croyait pas pouvoir persuader S. M. que si l'on avait l'assurance de N. S. qu'après avoir entre ses mains la précédente libre rémission et avant de se servir de celle-ci, de faire donner quelque satisfaction convenable, et que S. B. pourrait agréer; que la république donnerait cette satisfaction', seulement à titre volontaire et pour correspondre aux façons généreuses de S. M. à son égard. Le duc, en
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disant tout cela, assura que ce serait la plus grande concession que S. M. et le Conseil d'Etat pourraient faire pour la solution de cette affaire; et qu'en tout cas il ne faisait cette proposition que de son propre chef. Le nonce conclut qu'il engagea le duc à obtenir d'abord la première partie de sa proposition, afin que S. S. pût traiter ensuite la seconde ; et il promit de s'en occuper tout de suite. Le nonce ajoute aussi que conformément à la lettre chiffrée du 22, il a cru bien faire de prendre les devants sur ce que l'ambassadeur a écrit des instances du pape et, qu'en en ayant fait allusion au duc, celui-ci lui répondit qu'il ne comprenait pas ce qu'avait pu dire l'ambassadeur, car on lui avait écrit qu'on ne voulait pas parler de satisfaction sans obtenir une ligue.
Le 7 août, Cybo lui répond que la ligue avec Venise est impossible, parce que cette répul)lique vit avec circonspection afin de ne pas donner de prétexte aux Turcs, car ils tomberaient sur elle; qu'il espère que S. M. et don Juan abandonneront cette idée, étant donné que Venise refuse la ligue. « En attendant, ajoute-t-il, les Vénitiens disent avoir été informés, comme d'une chose certaine, que la résolution des différends a été remise à N. S., et l'ambassadeur écrit au Sénat sa surprise de voir que S. S. ne la résout pas; mais ce n'est point la vérité, car cette mission n'a été confiée au pape qu'avec la condition de la ligue en Italie et de donner une satisfaction équivalente à la prétendue offense. S. 8. craint toutefois que les ministres ne tiennent un langage différent, selon qu'ils parlent à V. S. ou à l'ambassadeur vénitien, et (\yb() engage le nonce à faire bien attention. » Et, le 22, il ajoute que les Vénitiens continuant à dire qu'ils ont appris de l'Espagne que l'affaire du Golfe est remise au pape, S. S. vient d'en parler à del Carpio, lui demandant ce qu'il en savait. Mais l'ambassadeur lui répondit que,*depuis trois mois, il n'avait rien reçu à ce sujet. N. S. l'a engagé