B. ODESCALCHI EST PROMU CARDINAL
Jamais, peut-être, la médisance n'eut un aussi grand cours que sous le pontificat d'Innocent X. L'élévation au cardinalat du jeune prélat Odescalchi excita contre lui l'imagination des pamphlétaires de l'époque. On prétendit qu'il n'avait réussi qu'à force de cadeaux à vaincre l'hostilité de la belle-sœur du pape, la toute-puissante Olimpia Maldachini Pamphilj. Aucune preuve n'a été donnée, et l'on peut dire, au contraire, que Benedetto Odescalchi, tant comme cardinal que comme pontife, par le respect qu'inspira à tous son aversion pour les intrigues, n'offrit aucune prise à la calomnie. Ce furent plutôt ceux contre lesquels sévit sa justice, qui devinrent l'objet de mordantes satires durant son pontificat, parce qu'on les vit se plaindre des sages mesures du pape. Ils ne se privèrent pas, pour se venger, de répandre de fausses nouvelles sur son compte (1). On trouvera dans sa correspondance avec ses nonces le peu de fondement de bon nombre de ces inventions.
(1) Il paraît qu'à Milan en 1682 circulait un pamphlet de genre politique contre Innocent. « Ce pays, écrivait-il à son neveu le sénateur Anton Maria Erba, abonde en malignités et en médisances. Ne manquez donc pas d'envoyer le feuillet qui vous est tombé entre les mains, afin que je voie s'il concorde avec d'autres qui sont arrivés ici . . . » {Archives A. Aïbertoni).
NB. Le Sénat de l'Etat de Milan, possession de la Couronne d'Espagne^ était composé de 14 membres, outre le Président. Deux sénateurs résidaient pendant deux ans, l'un à Pavie et l'autre à Crémone, avec le titre de Podestat de ces villes. Le Sénat, selon l'institution de l'empereur Carles-Quint, avait la concession de « omnia proxime Imperj iura ». Les sénateurs étaient nommés par le gouvernement de Madrid, et l'autorité du Sénat était égale à celle du roi; il faisait les lois, les interprétait et jugeait les procès tant civils que pénals, et ses arrêts étaient sans appel
La légation de Ferrare étant vacante, et la population en proie à Ja disette, Innocent X y envoya le cardinal Odescalchi. Dans la bulle de nomination il est déjà désigné sous le titre de Pater Paupe7^um. Il ne démentit pas l'expression pontificale, car la population de Ferrare, dans sa reconnaissance pour l'administration du légat et pour les œuvres de bienfaisance qu'il organisa, lui confirma ce glorieux surnom, en faisant placer sur plusieurs édifices recons fruits par lui, ses armes cardinalices avec la légende: Benedidus Odescalchius P. P. Il déploya tant d'habileté pour faire venir du blé des Fouilles, que la population ferraraise considéra son activité comme miraculeuse.
Après trois ans de légation, le pape le nomma évêque de Novare, diocèse très important de la Lombardie alors au pouvoir des Espagnols, et où une réforme était nécessaire. Odescalchi laissa aussi dans cette ville des traces de son amour pour l'ordre et pour le bien du peuple, en y fondant, entre autres, un Mont-de-Piété et en appliquant les revenus épiscopaux à des œuvres d'utilité publique. Voulant éviter, sans doute, la répétition de cette sorte de plébiscite des Ferrarais qui avait alarmé sa modestie, il refusa de laisser mettre ses armes sur les maisons qu'il créa, estimant que l'œuvre seule méritait de rester. Le climat de cette province ne convenait pas à sa santé, et, en outre, quelques tiraillements avec le gouverneur espagnol du Milanais à propos des bénéfices à conférer l'amenèrent à renoncer à son évêché. Le pape lui donna pour successeur son frère Giovanni Battista, moine bénédictin, lequel continua à bénéficier de la vénération dont les habitants de Novare avaient entouré le cardinal.
Benedetto Odescalchi rentra à Rome et fit partie de différentes congrégations. Il y apporta ses qualités d'administrateur sévère et droit, un .grand esprit de charité envers les pauvres, un zèle ardent pour la prospérité de l'Eglise et pour la dignité du Saint-Siège.