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LA PESTE À VIENNE

le prétexte opportun de la peste... Toutefois la règle, continue le cardinal, est de soutenir à l'occasion vigoureusement les prérogatives du rang et du ministère, et ceci est la volonté de S. S. ».

Mais le 19, Bonvisi lui écrivait:

«J'ai déjà dit que les grandes prétentions du duc de Neubourg avaient fatigué l'empereur et que ses adversaires s'étaient élevés contre lui, mais ils l'ont fait d'une manière éclatante. Hocher, adversaire connu du baron Bertoldi, exchancelier du Tyrol, l'avait appelé ici et lui avait fait faire un procès. Il a été absous par le Conseil d'Etat. L'empereur Ta nommé ministre d'Etat et l'a mis en possession de cette haute dignité. On voit que cela a été fait pour mortifier Hocher, qui est partisan de Neubourg et aussi pour barrer le chemin à celui-ci et mettre Stadtmann, plénipotentiaire à Nimègue, à la place de Hocher s'il vient à mourir, car il n'y a pas de doute que Bertoldi est désiré par S. M. comme chancelier de cour. Toutefois S. M. aimant beaucoup Hocher, a voulu seulement lui donner une leçon, et Bertoldi partira pour le T3T0I, où il attendra les ordres de l'empereur».

Le même jour, autre dépêche de Bonvisi informant Cybo qu'en Bavière on brigue pour le mariage de la princesse de ce pays avec le Dauphin et pour que le jeune électeur épouse la seconde fille du duc d'Orléans ; de cette manière on empêcherait toute union de la maison de Bavière avec celle d'Autriche. Et le 3 décembre, le nonce écrit: Colbert passera par Prague afin de demander la main de l'archiduchesse fille de l'empereur pour le Dauphin et il conclut: «Bien du monde espère que la nouvelle est vraie et qu'on puisse faire le mariage ».

Parmi les incidents rapportés dans la correspondance entre la secrétairerie d'Etat et le nonce Bonvisi durant cette période, il y a à signaler ceci: que, ayant transmis à Rome

les plaintes du chancelier Hocher à propos d'un bruit de promotion au cardinalat, Oybo lui répondit le 6 août 1678: « Sur la plainte du grand chancelier de ce qu'il ne fût pas question d'un allemand dans le bruit qui courait d'une prochaine promotion au cardinalat d'un prélat français et d'un prélat espagnol, il eût suffi que Y. S. répondît par un sourire et non pas dire de ne rien savoir et même de n'y pouvoir croire. N. S. en matière de promotion agit de son autorité pleine et indépendante ; que S. S. d'ailleurs, aime et estime au plus haut degré S. M. et que cela apparaîtra toujours plus d'après les effets et selon l'opportunité. Du reste, lorsqu'on exprime à Y. S. des plaintes aussi frivoles elle peut se dispenser d'en rendre compte h Rome. »

A ce propos, le 17 septembre, Cybo ajoute: «Le cardinal Pio a présenté à S. S. une lettre de l'empereur qui en termes chaleureux recommande l'archevêque de Strigonie pour la prochaine promotion, exagérant les mérites du prélat envers la maison d'Autriche et même envers la religion catholique. S. S. a reçu avec sa bénignité habituelle la lettre, mais pour ce qui touchait particulièrement à la promotion, elle a parlé en termes si généraux qu'EUe n'a donné au cardinal aucune occasion d'espérer. On en informe Y. S. non pour qu'elle croie devoir en parler, car elle ne doit pas même s'occuper de cette affaire, mais seulement pour sa gouverne en tout ce. qui touche la question. »

Pourtant, le 11 mars 1679 le cardinal Cybo écrit à Bonvisi: « On a rapporté à Rome que l'archevêque de Strigonie aurait disposé de la somme de 800,000 écus pour des œuvres pieuses, hôpitaux, etc. selon Propaganda fide. Y. S. doit s'en informer, féliciter le prélat et lui remettre le bref par lequel on répond à la lettre qui le recommandait » (1).

(1) C'est seulement en 1686 que le comte Léopold de Kollonitsch, archevêque de Strigonie, fut élevé à la pourpre.

La monarchie espagnole se trouvait dans la plus triste des situations, en train de perdre les Flandres^ envahies par la France, et en butte aux intrigues et aux ambitions des partis coalisés contre le gouvernement de la reine-régente, Marianne, sœur de l'empereur Léopold, qui, maladive et capricieuse se laissait dominer par les conseils de Tienne (1). Après la mort du roi Philippe lY, elle avait investi de tout pouvoir, durant la minorité de son fils, le roi Charles II, le P. Nithard, jésuite autrichien, son confesseur, qui devint aussi inquisiteur général du royaume.

Don Juan d'Autriche, frère naturel du roi, mais légitimé, malgré son peu de succès dans les guerres avec le Portugal avait tenté en 1665 une révolution de palais. 11 enleva le pouvoir a Nithard, qui quitta le royaume et viut se fixer a Rome, où il devint cardinal et ambassadeur d'Espagne ; toutefois le triomphe de don Juan fut de peu de durée; à son tour il dut se retirer à Saragosse avec le titre de vicaire des royaumes de la couronne d'Aragon.

(1) Parmi les accusations que les espagnols portaient contre la reine Marianne, il y avait aussi celle de l'envoi à Vienne d'objets des palais espagnols : or il faut tenir compte qu'en 1669 le palais impérial fut incendié. Les deux impératrices se sauvèrent à grand' peine; le feu n'épargna que la partie la plus ancienne du palais, séparée par un pont des nouvelles constructions.

78 INNOCENT XI ET L'eSPAGNE

A la fin de 1676, Je roi Charles II ayant atteint sa majorité, don Juan, appelé par les ambitieux qui avaient chassé Fernando Valenzuela, marquis de Yilla Sierra, rentra à Madrid accueilli ainsi par le roi et la reine mère; il obtint d'être placé à la tête du gouvernement, mais il ne fit pas preuve de beaucoup d'habileté, et il mourut en 1679, à la veille de sa disgrâce.

C'est surtout dans la correspondance du pape avec la couronne d'Espagne que ressort la bonté véritablement paternelle d'Innocent, plein d'inquiétudes, voyant que la monarchie marchait à l'abîme. Et pourtant, pendant cette première période de son pontificat, aucune autre couronne ne lui donna, peut-être, autant d'amertumes, ainsi qu'il a été démontré autre part, au sujet des immunités ecclésiastiques et du respect des droits de l'Eglise, qui étaient tellement à cœur au pape. Ces immunités et ces droits ne furent nulle part autant maltraités que dans les possessions espagnoles d'Italie et en Espagne même, où l'on ne voulait pas reconnaître la Bulle de Grégoire qui sanctionnait ces immunités. Et l'abus du quartier de Rome fut porté à son comble par le marquis de Carpio, ambassadeur d'Espagne, qui sembla prendre à tâche de justifier devant le monde entier la nécessité de son abolition.

D'après la correspondance du pape avec son nonce, résumée dans ce chapitre et regardant les aff'aires intérieures de la monarchie où les droits du Saint-Siège n'étaient pas en question, on ne peut reprocher à la Cour de Rome d'avoir cherché, en cette période, à s'ingérer dans les affaires de ce gouvernement en proie aux luttes des partis.

Le pape ne fait entendre que des conseils de modération à tout le monde, recommande de n'avoir à cœur que les intérêts de la monarchie et de l'Espagne, de ne pas user de rigueur envers les adversaires, mais au contraire

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