CONSEILS PACIFIQUES DU PAPE
de clémence et cîe justice. II demande le respect des droits du Siège Apostolique, dans la persuasion non seulement de remplir son propre devoir, mais pour amener les Espagnols à ne pas s'écarter de la justice, car celui qui respecte le droit des autres sait aussi employer la justice pour obtenir le respect de ses propres droits. Et son caractère mystique, sa pleine foi dans la justice divine lui donnaient la conviction que tout bon chrétien est aussi bon citoyen.
Le 24 septembre 1676, Cybo participe à Mgr. Mellini, qu'il a plu à la Providence divine de laisser élire pape, le 21 du mois, le cardinal Odescalchi; il envoie un bref pour le roi, dans lequel il recommande la conclusion de la paix. Et le 27, il lui écrit encore que la discorde qui règne en Espagne attriste profondément S. S. ; et N. S. s'est exprimé en ce sens avec le représentant de S. M. catholique, faisant voir les maux qui frappent le gouvernement. Il engage le nonce — sans prendre occasion de cela pour une conversation spéciale, mais si le discours tombait par hasard sur ce point — à chercher à en parler avec prudence; d'exposer combien est nécessaire la concorde entre les premiers ministres pour le bien de la couronne, que S. B. a tant à cœur. Il fait ressortir qu'il est impossible de conclure la paix avec les étrangers si on ne la fait d'abord chez soi.
Et le 14 novembre, il lui annonce: que N. S. a été bien content de la lettre de S. M. lui manifestant sa joie pour son exaltation à la Tiare... « Comme V. S. l'a fort bien écrit, S. S. ne laissera pas échapper l'occasion pour montrer son intérêt à l'égard de la maison royale...». Et le 28, il ajoute que le contentement de N. S. pour les démonstrations de joie de S. M., n'a pas été complet, parce que l'annonce lui en est parvenue en même temps que celle des difficultés pour l'armistice. « Toutefois S. S. fera le possible pour la paix générale et ensuite pour la guerre contre les Turcs ».
Le 12 décembre, Cybo (1) écrit à Mellini que, du moment que Yalenzuela marquis de Yillasiera, jouit et est en possession de toutes les prérogatives de premier ministre du roi, le pape approuve que le nonce le traite comme il convient; il le charge d'assurer le marquis de la bienveillance et de l'estime de S. B. et que le pape a grand plaisir que les affaires de la monarchie soient confiées à une personne de foi et de prudence, car S. S. n'a d'autre désir que la prospérité de l'Espagne... « Mais V. S. Illme ne manquera pas de presser l'exécution, poursuit le cardinal, des ordres qu'elle a reçus en vue d'obtenir les satisfactions nécessaires dans le royaume de Naples et la réparation des préjudices causés au Saint-Siège. »
Si le cardinal avait tardé quelques jours à faire partir cette dépêche il l'aurait annulée, car à son arrivée à Madrid, Valenzuela n'était plus en situation de recevoir les communications du nonce. En effet, le 26, Mellini informe Cybo qu'il a su que la reine voulait quitter le palais et se retirer ailleurs, dans la crainte qu'on n'usât de violence envers elle et qu'on l'en chassât par la force, mais que le comte Harrach l'avait détournée de cette résolution, lui conseillant d'attendre les ordres de l'empereur; que la reine n'a aucune espérance de pouvoir rien obtenir en sa faveur ; elle est abandonnée de tout le monde; que le cardinal d'Aragon sur lequel elle comptait, lui dit, après avoir été à l'audience du roi, qu'il n'y avait aucun remède; qu'elle devait partir parce qu'elle avait contre elle la noblesse et
(1) Cybo dès le 2 décembre avait écrit à Mellini en louant la piété de LL. MM. afin que s'étendit le culte de S. Augustin, créé protecteur de l'Espagne... Mais que s'agissant d'imposer un ordre du Saint-Siège à tout un peuple, S. S. a voulu en référer à Ja Congrégation des Rites...