‹ Innocent XIChapitre 36 sur 290 · ARRIVÉE DE DON JUAN À LA COUR · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE DON JUAN À LA COUR

Et, le 7 mars, il ajoutait: ou a écrit à Don Juan avec le titre habituel de Illmo Principe consanguineo nostro, mais on a prévenu l'ambassadeur que, s'il n'est pas satisfait, on prenne rengagement de lui écrire en allemand, langue qui admet bien des tempéraments, parce qu'en latin on ne peut donner le titre de sérénissime, qui est donné au roi, et que celui d'Altesse n'est jamais employé par l'empereur. « Ici on veut contenter Don Juan, mais on n'a pas approuvé le départ de la reine de Madrid ; on verra où elle ira se fixer. Harrach, ambassadeur impérial, a reçu l'ordre de ne pas quitter Madrid. On prépare les noces de la reine Eléonore, sœur de l'empereur et veuve du roi de Pologne; on attend que ce royaume paye les 200,000 florins qu'elle a en dot. »

Dans un avis de Madrid du 4, on lit « que la reine abandonna le palais pour aller à Haranguez avec sa suite ordinaire. Les dames pleuraient, et S. M. était affligée d'une mélancolie grave. Elle a été saluée par Médina Celi au nom du roi. Le cardinal de Tolède s'est rendu à Haranguez le jour suivant pour connaître les décisions de S. M., et ensuite à Tolède pour donner les dernières dispositions en vue du séjour de la reine, qui a décidé de s'y établir. Le roi rentrera au palais dimanche. L'ambassadeur d'Allemagne, comte d'Harrach, avait présenté une demande au roi pour que le départ de la reine soit suspendu, parce qu'elle avait la migraine; le roi lui avait fait dire de s'adresser à S. A., mais ensuite qu'il ne devait pas s'en occuper, parce que, comme fils et neveu, il savait très bien ce qu'il avait à faire. »

Le 5, Mellini transmet à Cybo une lettre du roi pour S. S. et il l'assure qu'à propos de la reine il a affiché publiquement dé l'indififérence, mais qu'en particulier il a employé ses bons offices entre S. M. et S. A. avec la reine, et qu'il a obtenu de bons résultats et des remercîments de tous les deux.

Le même jour, il répond à Cybo: que sa lettre est arrivée trop tard; la reine vient d'être chassée de la Cour par la vio-

lence, et il ne croit pas qu'elle puisse reprendre le gouvernement, parce que tout le monde dit que sa présence à la Cour ruinait la monarchie et que celle-ci gsigne à son éloignement. Et le nonce l'assure qu'il a travaillé, mais d'une manière privée, attendant les instructions de l'empereur; que, comme on a découvert, d'une façon imprévue, des intrigues de la reine avec quelques Grands contre Don Juan, le roi a pris la résolution d'éloigner la reine, et sous le prétexte de troubles possibles, on fait rester à Madrid 1500 chevaux et de beaucoup de gens armés qui ont accompagné Don Juan, d'autres se trouvant à huit lieues, à sa disposition; qu'on dit que ces mesures n'ont pas seulement en vue la garde de Don Juan, mais encore d'assurer l'exécution de ses ordres, car il veut faire des changements, surtout parmi les hautes charges de la Cour. Il entend punir ceux qui ont mal agi et empêcher tout désordre à l'avenir; pour ces raisons beaucoup de personnes vivent dans la crainte. « Dans cet état de choses, poursuit le nonce, il me paraît bon de m'abstenir de toute démarche, parce que S. A. pourrait eu concevoir des soupçons, ce qui serait défavorable aux intérêts de S. S... Il gouverne absolument, et toutes les affaires de la monarchie sont entre ses mains et au gré du roi, qui, à cause de sa grande jeunesse, montre peu de disposition à s'appliquer aux choses de l'Etat. S. M. s'en remet complètement à S. A. et lui montre de l'affection... Mais, comme le roi a fait voir qu'il est de nature peu ouverte et dissimulée, on se demande si ces marques d'affection envers Don Juan sont sincères ou dictées seulement par la nécessité; S. A., par conséquent, reste toujours dans le doute et veut être bien gardée. » Au cas de changements, ou s'il se présente quelque occasion propice, le nonce se réserve de mettre à profit les instructions de S. Em. En attendant, il compte se servir d'un ami sûr et de confiance auprès de la reine, pour lui faire savoir ce que désire S. S. Il a été, du reste, voir la

Page 1