EXIL DE LA REINE-MÈRE A TOLÈDE
reine le jour de sou départ. Elle a été très contente des communications qu'il lui a faites. « Don Juan lui-même, conclut le nonce, m'a fait bon accueil et me considère comme de son parti... L'ambassadeur de César m'a dit qu'ayant toujours renseii^né l'empereur sur tout, S. M. lui a écrit de parler haut, de soutenir les droits de la reine en empêchant son départ de Madrid, mais que, si elle ne pouvait rester, elle ferait bien de venir en Allemagne, où elle serait traitée avec tous les honneurs possibles... C'est pourquoi le comte d'Harrach, qui devait quitter Madrid pour se rendre à Nimègue, vient d'être nommé ambassadeur extraordinaire, afin de traiter l'affaire de la reine et pour que le comte de Transon, le nouvel ambassadeur ordinaire et qui se trouve ici incoornito, ne devienne pas odieux. Mais le gouvernement ne veut pas que la reine aille en Allemagne. »
A tout cela répondait Cybo, Rome le 6 mars 1677:
Crede fermamente Nostro Signore, che il Si«>nor Cardinale d'Aragona abbondi di esquisita prudenza cosi ancora di perfettissima attenzione a tutto ciô che riguarda le convenienze délia Maestà délia Regina ne' presenti torbidi moti di codesta Corte, ben conoscendo l'E. S. quanto importi all'honor del Re e de' Ministri che la Regina Sua Madré nel cambiamento délie cose vegga e sperimenti verso se inalterabile tanto il filiale cuore del Re medesimo, quanto il rispetto comune délia Corte con tutte quelle dimostrazioni effettive che più possano autenticarlo, e ridondare in maggior soddisfazione délia Regina. Ponderando nondimeno S. Beatitudine quanto i sensi e le uniformi opère del Signor Cardinale vagliano a produrre un tal'effetto anche per l'autorità Sua presso tutti gli altri, desidera fuor di modo che S. Eminenza mostri d'havej- grandemente a cuore il decoro e il servizio délia Regina, ove sia compatibile con quello délia Corona, e la Sua più che mai afFettuosa corrispondenza col Re, di maniera che il zelo dell'Eminenza Sua ne assuma le premure più efficaci e ne palesi un particolare studio, cooperando attentamente a tal fine con tutti quegli atti che dal suo canto vi si potranno contribuire.
86 INNOCENT XI ET L'eSPAGNE
Perché il Signor Cardinale più facilmente s'induca a secondar in ciô i dettami del proprio avvedimento, vuole S. Beatitudine che V. S. Illûia glie ne intimi anche in nome di S. Beatitudine i più forti motivi, e fra questi senza dubbio è molto poderoso il doversi considerar nella persona délia Regina l'istesso Imperatore suo fratello si strettamente unito agi' interessi délia monarchia e si degno per se medesimo d'ogni più fine rispetto; e le bacio le mani»
Et, le lendemain, Cybo ajoute que l'éloignement de la reine et l'arrivée de Don Juan donnent un fondement de vérité au bruit de la rupture des fiançailles du roi avec l'archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur; cependant ce bruit peut avoir sa source dans les « potins » des gens du palais. « V. S. doit bien se garder d'en parler, afin de ne pas donner lieu à de mauvaises interprétations; mais, si elle s'aperçoit qu'on y pense sérieusement, elle doit se rendre chez le cardinal d'Aragon et, au nom de S. S., lui faire considérer qu'en ajoutant cette peine à celle dont a souffert l'empereur à cause de l'éloignement de sa sœur^ on pourrait le pousser à des résolutions désavantageuses pour cette monarchie... Y. S., conclut le cardinal Secrétaire d'Etat, doit chercher à faire suspendre cette rupture, et S. S. veut qu'elle n'en parle qu'au cardinal d'Aragon. »
Le 18, Mellini écrit à Cybo: que l'ambassadeur d'Allemagne lui a confié que l'empereur lui avait écrit que le nonce devait avoir reçu des instructions de S. S., parce qu'il les avait demandées pour venir en aide en tout à la reine. « Aussi ai-je cru devoir m'en tenir sur cela avec l'ambassadeur, à des termes généraux, et l'ai-je prié de garder le secret sur le tout, parce qu'il n'était expédient ni pour le service de S. B. ni pour celui de l'empereur que l'on connût les véritables sentiments en des moments si orageux. L'ambassadeur fut content et en parla à la reine, qui se montra satisfaite; seulement elle me fit prier de parler d'elle à Don Juan, ce que j'ai fait eu égard à l'estime que S. S. lui