DON JUAN AU GOUVERNEMENT
porte... On a eu connaissance des lettres écrites par l'empereur à l'ambassadeur, mais elles n'ont produit aucun etïet, car ici on croit n'avoir pas besoin de l'empereur; des méfiances et des soupçons existent des deux côtés, bien que l'on se montre très disposé pour Don Juan, mais on ne sait pas si c'est à cause de sa propre force, ou si Ton feint d'être tel. Le décret à son égard que le roi vient d'envoyer au Conseil d'Etat est très commenté; il demande que l'on décide au sujet du traitement dû à S. à., et de même l'autre décret au Conseil d'Italie pour voir s'il y a des précédents. Et cela afin que Don Juan puisse sortir avec un attelage à six chevaux comme le roi (1) tandis que d'autres voudraient qu'il fut traité comme Infant d'Espagne, ce à quoi les Grands ne sont guère favorables. »
Le 2 avril, Mellini n'adresse pas moins de cinq dépêches au Secrétaire d'Etat. Dans la première, il se plaint qu'on ne puisse pas compter sur la clémence de Don Juan ; et que lorsque la Cour est à Aragon, comme actuellement, ou ordonne beaucoup de relégations... Dans la seconde, il lui répond qu'ayant parlé à S. A. de la nécessité de la concorde et de la paix générale, selon la dépêche chiffrée du 2 mars, S. A. avait répondu qu'elle désirait la paix et qu'elle ferait son possible pour la conclure; que, pour ce qui touche à l'intérieur, tout paraissait tianquille, la reine ellemême se montrait satisfaite; que l'empereur avait écrit au roi pour le remercier; et que l'on espérait pouvoir se défendre des Turcs, mais qu'il fallait s'unir tous pour secourir l'Espagne épuisée... Dans la troisième, il atfîrme qu'il est impossible de pénétrer le secret de la question des fiançailles du roi ; que pourtant tout laisse prévoir qu'il y aura rup-
(1) Avvlso de Madrid du 29: « Le roi s'habillera à la Ciamberga, ce qui veut dire à la française. Il s'est déjà fait couper les cheveux pour porter la perruque. »
ture. Et dans la quatrième, le nonce l'informe qu'il a fait faire les commissions de N. S. auprès de la reine par le comte d^Harrach; et que S. M. a décidé d'aller à Tolède pour ne pas donner d'ennuis au roi. Enfin, dans la cinquième, Mellini se justifie au sujet de la circulaire envoyée à tous les nonces pour leur recommander le secret et de n'écrire à personne de la curie, excepté au cardinal de la Congrégation de l'immunité ecclésiastique pour éclaircir des nouvelles erronées; et il ajoute, toutefois, qu'il lui est arrivé qu'on a su quelques parties d'une Note qu'il avait reçue; mais qui l'avait vue?
Le 3, Cybo écrit à Mellini qu'on voit avec peine que les dissentiments continuent à la Cour d'Espagne, et il l'engage à chercher de maintenir des bons rapports avec Don Juan, l'assurant que S. S. a confiance en son succès pour l'avantage de la monarchie à cause de sa grande valeur et de sa piété... Il lui ordonne aussi de se rendre chez le cardinal d'Aragon « pour le persuader de conseiller à Don Juan la modération et l'oubli des offenses, qu'il obligera ainsi par la clémence tout le monde à lui prêter cette obéissance et ce respect que l'on obtient difficilement par la crainte et par la force. »
Mellini à Cybo, le 14 avril. «Le comte d'Harrach est venu me faire part de la satisfaction et des remercîments de la reine pour ce que l'on a fait pour elle. S. Exe. lui confia que la reine est décidée à garder le silence sur tout et à attendre le retour de S. M. d'Aragon, désirant toutefois voir le roi à Tolède ou à Haranguez; que les deux ambassadeurs en avaient déjà parlé à Don Juan, mais que le cardinal d'Aragon s'y refusa, car, si la mère approchait une fois le roi, elle ne s'en détacherait plus, et ce serait un malheur pour la monarchie. Le duc vit dans l'inquiétude et la méfiance, parce que chaque jour il s'aperçoit que le roi voudrait voir sa mère; l'autre soir il fut dans une grande agitation