INTRIGUES CONTRE DON JUAN 8U
parce que le roi, deux heures après miuuit, mit son costume de campagne, et les chevaux se trouvaient prêts comme l'avait ordonné au connétable, son majordome, duquel il avait eu la promesse d'une assistance aveugle; et il voulait se rendre à Tolède avec le duc de Médina Celi. Mais S. A. en fut immédiatement avertie et empêcha le départ. Elle punit le connétable de s'être rendu au désir du roi, et le duc de Médina Celi pour y avoir acquiescé, quoique celui-ci Ten eût averti; elle les laissa hors du carrosse lorsque le roi se rendit au Pardo, et bien qu'ils fussent en costume de promenade. Enfin, Don Juan est très mélancolique, voyant combien peu il peut se fier au roi, et surtout parce que ceux qui ont reçu de lui des bienfaits se montrent ses adversaires. On publie plusieurs pasquinades, et il y a force réunions de Grands; ils sont mécontents de ne pas avoir de récompenses et une participation au gouvernement... En cet état de choses il est impossible de faire des pronostics; je cherche, conclut le nonce, à être en bons termes avec tout le monde; le cardinal d'Aragon semble plus favorable à Don Juan qu'à la reine, et, par conséquent, je dois être plus circonspect, et j'ai même dû me justifier d'avoir envoyé quelquefois mon gentilhomme chez elle. »
Le 13 mai, Mellini lui répond que, dans l'audience du jour même, il a répété au cardinal d'Aragon ce qu'avait écrit S. Em. par lettre chiffrée. L'archevêque répondit qu'il était toujours dévoué à S. S. et prêt à baiser la terre foulée par les pieds de S. B. ; que toutefois il était bien désolé de lire que N. S. doute beaucoup de lui, tandis qu'il fait tout son possible pour maintenir la paix dans le royaume. Le nonce lui ayant répondu qu'on devait considérer les phrases de S. B. comme dictées par sa grande affection envers la monarchie, le cardinal répliqua qu'il était reconnaissant de tout cela, mais qu'il craignait que S. S. ne doutât de lui (et Mellini dut dire qu'on lui éci'ivait ainsi afin qu'il redou-
blât d'activité), et il déconseilla au nonce d'en parler à Don Juan, même s'il avait des instructions pour le faire (1).
Le 15, Cybo écrit à Meîlini sa satisfaction d'apprendre les grands mérites du P. Francisco Monteson, des Mineurs Observants, les ^^râces spéciales que Dieu lui accorde et le crédit dont il jouit à la Cour, particulièrement auprès de Don Juan. « S. S. est très contente que V. S. se sert, pour les affaires de son ministère, d'un relic^-ieux aussi pieux et aussi exemplaire...»
Le même jour, Cybo l'informe que, des diiïérentes conversations qu'il a eues avec l'ambassadeur d'Espagne, il en déduit que cette Cour n'est pas pleinement satisfaite parce que K S. insiste pour la conclusion de la paix, alors que l'Espagne a perdu tant de places, et qu'il montre, de cette manière, avoir peu d'égards pour les intérêts de la couronne. « V. S., continuant ses bons offices, doit dire que S. S. désire la concorde entre les couronnes, afin de pouvoir rétablir la paix et la tranquillité universelle et ensuite faire la ligue contre les Turcs, mais que N. S. entend que cette paix puisse se conclure à des conditions raisonnables et justes; et que rien ne lui est plus à cœur que le progrès et le bien de cette monarchie. »
Le 27, Mellini annonce à Cybo qu'il a accepté l'hospitalité offerte par l'archevêque de Tolède afin de faire acte d'hommage envers la reine, qui lui fit dire qu'elle désirait le voir. 11 espère ainsi se rendre compte s'il y a quelque fondement dans les bruits d'une prochaine rentrée de la reine au Palais et de sa réconciliation avec Don Juan. Le
(1) Dans un avis de Madrid du 13 mai on lit : qu'une réconciliation entre la reine et S. A. est difficile, parceque Don Juan est méfiant et les Grands ne sont pas contents de lui. On croit que les exilés vont être rappelés...