‹ Innocent XIChapitre 51 sur 290 · LE MARQUIS DE VILLARS REÇU À LA COUR · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE VILLARS REÇU À LA COUR

Le même jour, le nonce informe Cybo que l'ambassadeur de France, comptant sur le succès à propos de ses prétentions, et sachant que son roi va envoyer un représentant du duc d'Orléans pour la demande officielle de mariage (1), a décidé que sa réception ait lieu; qu'on s'attendait à une grande pompe, mais tout a été modeste... il n'y avait que douze laquais. « Il m'envoya de suite un avis, et j'y ai répondu par un gentilhomme, annonçant ma visite pour le lendemain... Ce que je fis et il me rendit la visite le même jour... Il m'assura que son roi avait une grande vénération pour le Saint-Siège et qu'entre nous régnerait une bonne amitié... Le marquis parla ensuite de la question du traitement; mais il se borna à dire qu'il avait demandé la main droite en public, et que, S. A. la lui refusant, il a voulu avoir la réponse par écrit; qu'il n'a rien envoyé ni écrit à Paris, car les ordres du roi étaient formels, mais que seulement il accorda du temps afin que Don Juan pût écrire à Spinola. L'ambassadeur m'a dit aussi de vouloir la main des cardinaux; mais j'ai répondu qu'il avait tort, et que Portocarrero ne cédera pas; Yillars ajouta que c'était aussi l'ordre de son roi. »

Dans une troisième dépêche du même jour, Mellini déclare qu'il n'y a rien de positif, mais qu'il paraît que le

(1) Le 20 août, Cybo avait informé Mellini que l'ambassadeur lui a fait dire qu'il pensait à donner une fête le jour de Saint Roch, avec des courses de barques sur le Tibre, des feux d'artifice, après avoir fait célébrer d'abord une messe solennelle dans l'église de la Madone de Montserrat ; tout cela pour solenniser les noces de son roi avec la princesse d'Orléans ... Le pape fit répondre qu'il approuvait le service religieux, et que la fête devait se faire comme de coutume sur la Place d'Espagne, pour éviter aussi les dangers auxquels pouvaient donner lieu les fêtes sur le fleuve, et dans la crainte que des gens ne se noyassent ... « J'en informe V. S. afin qu'elle puisse donner des explications si on lui en parle. »

roi est décidé à voir la reine, « afin de lui demander sa bénédiction pour les fiançailles... D'autres croient que la reine viendra ici à la Cour ou dans le Palais du Retiro... et de ce que le roi désire la voir, on déduit qu'elle aura la main dans le gouvernement. Certains disent que tout cela aura lieu d'accord avec Don Juan; mais d'autres affirment que le duc se retire, et ses domestiques en parlent déjà...»

Le 31,Mellini fait savoir que son secrétaire s'est rendu à Tolède chez le cardinal archevêque pour l'informer du scandale qu'avait produit dans le Sacré Collège la concession faite par lui à Don Juan. Portocarrero se montra affligé pour le Saint-Siège, d'autant plus qu'il n'avait fait que suivre les précédents de ses anciens collègues... Le cardinal fit ensuite quatre réflexions en sa faveur: 1° que c'est lui qui a pris la décision de ne pas accorder le main aux Grands. . . 2» qu'il a obtenu du roi un décret ordonnant qu'on présente les armes au cardinal la première fois qu'il se rend à la Cour; 3° et, comme on ne l'avait pas fait la première fois, on lui présenta les armes la seconde fois...; 4^ le refus de paraître à la Cour tant que le roi n'aurait pas fait le décret — « Il y a aus^i le fait que S. M. appuie bien peu les prétendues préséances de Don Juan . . . parce qu'il le déteste. »

Le 15 septembre, Mellini écrit ignorer que le duc ait dit à l'ambassadeur de Venise que, si celui-ci lui avait accordé la main, en retour il aurait consenti à arranger l'affaire du Golfe. Et, le même jour, il informe Cybo que, si S. A. guérit et s'il retourne à sa place de Premier, il n'ira pas le voir, pour ne pas lui donner la main, à moins que les autres ambassadeurs n'y soient allés auparavant ... A ce sujet il doit informer S. Em. que Portocarrero s'excuse de n'avoir pas encore répondu au bref, à cause de ses grandes occupations. Et, le même jour, il écrit encore:

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