LA RELIGION DU ROI
de tous ; glorieux du titre de roi très chrétien et de fils aîné de l'Eglise, qu'il faisait valoir en toute occasion, il ne semblait pas comprendre en quoi consistait véritablement le christianisme. »
Il faut pourtant lui rendre cette justice, que son ignorance, incompatible avec une véritable instruction religieuse, ne doit pas lui être imputée comme un effet de sa volonté, mais plutôt comme le résultat de l'influence des, ecclésiastiques et des ministres ignorants ou passionnés qui l'entouraient et qui semblaient faire consister la religion à n'en point souffrir d'autre que celle du prince, Fexemptant même des devoirs les plus indispensables. Il appliqua ce qu'il avait appris, à se faire obéir jusque dans les choses de la conscience.
Nul n'ignore le mot de Louis XIV à Duquesne, général de ses armées navales: « Je suis fâché que ma religion ne me permette pas de rien faire pour vous ; » et la réponse de Duquesne: «La mienne, Sire, ne m'a jamais empêché de servir Votre Majesté le mieux qu'il m'a été possible. »
Le vainqueur de Ruyter appartenait au culte réformé, et le roi trouvait juste que sa religion ne lui permît pas de récompenser ses fidèles serviteurs.
A ce moment, en France, une partie du clergé était dirigée par des ecclésiastiques très hostiles à Rome et entichés des doctrines gallicanes. Mazarin déjà leur avait donné gain de cause en permettant en 1650, à l'assemblée générale du clergé, de protester contre l'atteinte que celui-ci prétendait avoir été portée à ses droits par le cardinal de Richelieu, lorsque ayant accusé quelques évêques d'avoir trempé dans la conspiration du duc de Montmorency en 1632, il avait demandé à Urbain VIII de désigner des commissaires pour les juger. Richelieu avait voulu se conformer au Concordat, qui reconnaissait au pape le droit de nommer des commissaires pour juger les évêques. Ma-
zarin voulut certainement combler cette espèce de lacune que présentait, selon lui, la politique de son prédécesseur. Espérait-il rendre le Saint-Siège tout à fait favorable aux idées qu'il enseignait à son royal élève pour gouverner, ou voulait-il se venger du peu d'estime qu'on avait à Eome pour lui? Il n'est pas facile de le dire, mais le résultat de son attitude fut désastreux au point de vue des rapports entre la Curie et la France. On connaît l'envoi du duc de Créqui à Rome et son installation, avec grand éclat, au palais Farnèse, propriété du duc de Parme, que le Saint-Siège considérait comme son vassal et en faveur duquel la France avait inséré un article spécial dans le traité des Pyrénées.
Louis XIV, ayant pris lui-même en mains le gouvernement, accentua, peut-être, encore cette tendance de ne voir dans le Saint-Siège qu'une puissance exclusivement destinée à travailler en faveur de sa Couronne, et un instrument asservi aux caprices de la France dans toutes les parties du monde. Cette idée était, d'ailleurs, bien naturelle chez lui, puisqu'il voyait une partie du clergé français, celle qui ambitionnait les faveurs royales, toute disposée à s'émanciper de Rome et à le servir. Il a pu dire, avec une pleine conviction, qu'il n'aimait pas à voir des nonces à Paris, car ce n'étaient que des espions.
A cette occasion, tout historien impartial doit faire la remarque que, tandis que le gouvernement français envoyait à Rome, comme ambassadeur, des personnages de caractère impérieux, animés d'un esprit de combativité, manquant souvent de prudence, et plutôt désireux de dicter la loi au Saint-Siège que de faire la part de ses droits; la Cour de Rome fut rarement heureuse dans le choix de ses représentants à Paris, qui, peut-être, se laissèrent subjuguer par le milieu où ils se trouvaient et ne parvinrent pas à remplir avec fidélité; ou, du moins, avec succès les instructions qu'ils avaient reçues.