LE CARDINAL D'ESTRÉES
nier bref on ne s'en réfère pas à ce que le nonce pourra dire de vive voix, c'est qu'on sait que l'archevêque ne veut pas avoir de rapports avec la nonciature (1); et il dit au nonce de le lui faire parvenir de la manière qu'il jugera plus convenable, l'avertissant que, dans le bref, S. S. s'exprime •en termes paternels, mais fermes, vu le peu d'attentions du prélat, qui n'a pas daigué écrire à S. S.; et qu'on a voulu plutôt admonester que prier à propos de l'affaire de la Régale. »
L'ambassadeur de France à Rome était le duc d'Estrées, frère du cardinal. Celui-ci joua sous le pontificat d'Innocent un rôle qu'on ne sait vraiment pas comment qualifier; il lie paraît pas, du reste, qu'entre les deux frères il y eût un portait accord, et Son Eminence (2) retourna en France peu après l'élection du pape.
(1) Le '27 novembre 1679, Lauri informe Cybo que, parmi les questions en litige entre Varese et l'archevêque de Paris, il y eut, dès les premiers jours, celle qui concernait le salut dans les cérémonies des Chapelles. Le nonce et les ambassadeurs se placent du côté de l'évangile, et, du côté de l'épître, les membres du clergé; or, quand l'archevêque célébrait, après le salut à Tautel, il se tournait d'abord vers les évêques et ensuite vers les ambassadeurs. Ceux-ci n'acceptèrent pas ce mode de cérémonial et, sur la proposition du nonce, décidèrent d'entrer à leurs places seulement après que l'archevêque serait monté à l'autel, et de se retirer avant qu'il en descendit. Et l'internonce ajoute que, toutefois, l'autre jour, profitant de l'absence des ambassadeurs et du nonce, ils obtinrent que le comte de Morstein, ambassadeur extraordinaire de Pologne et l'abbé Verua, secrétaire de Savoie, allassent à l'église. Et, Lauri conclut qu'« il vaut mieux que le nonce n'assiste jamais aux Chapelles».
(2) Le cardinal d'Estrées avait été nommé Protecteur du Portugal; Mgr Darazzo, nonce à Lisbonne, le 26 octobre 1676,
Le 2 décembre 1676, V^arese informe Cyl)0 qu'à Paris on parle d'un nouvel ambassadeur à Rome et que les deux d'Estrées ont demandé au roi de rentrer en France; mais, ]e 30, il ajoute que c'est le cardinal seul qui a demandé au roi un congé de trois mois (1); et que l'on dit qu'il vient à Paris pour obtenir la place de son frère. Il quitta Rome porteur d'un bref pour le roi, en date du P^ février, dans lequel le pape engageait S. M. à conclure la paix et faisait réloge du cardinal. Celui-ci, allant à Paris, passa par Turin^ où était régente la duchesse, princesse de Nemours, sœur de la femme du régent du Portugal, alliée du cardinal — par la fameuse Gabrielle d'Estrées —, qu'elle finit par appeler son oncle. Voici ce qu'écrit, sur cette visite, Mgr Muzio, nonce en Savoie, au cardinal Cybo:
Parti giovedi il S.^^ Cardinal d'Etre, dopo essersi qui trattenûto trè giorni, e mezzo, ne' quali ogni sera si porto incognito a M. Régente, con cui si abboccô ciascheduna volta per lo spatio di tre hore. Sopra tali longhi colloquij, sono stati non pochi i discorsi, che si sono fatti. La voce perô più comune, porta che egli passasse ufficii, affinchè Madama concedesse a' Francesi iscritti
écrivait à Cybo: que pour bien servir le cardinal d'Estrées qui désirait être nommé Protecteur du Portugal, il en avait parlé au P. de Villers, confesseur de la reine; que l'on se montra favorable, et, que si tel était le désir de N. S. on le nommerait. « Je n'ai rien repondu quoique V. Em m'en ait parlé, d'autant plus que, il y a quelques semaines, on avait présenté le cardinal de Norfolk. » Et^ le 20 décembre, il annonce que d'Estrées, le 7, a été nommé Protecteur. « Le P. de Villers est venu me dire que la reine avait fait cette nomination, sachant ainsi faire plaisir à V. Em. » La reine du Portugal, de même que sa sœur la duchesse de Savoie, appelait d'Estrées son oncle.
(1) L'absence du cardinal, de Rome, dura bien plus longtemps,. car il n'y retourna qu'au commencement de 1681.
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due mila huomini délie sue truppe, i quali haveva ricnsato di dare aU'ambasciatore. Che le si offerisse modestamente, di venire ad assisterle nella regenza. Che procurasse di persuaderla à richiamare il Marchese di Pianezza, e finalmente che à lei esibisse gli aiuti délia Francia, se voleva proseguire le pretensioni de' confini contre i Genovesi, essendo di già spirato il compromesso fatto dall'una, e l'altra parte nella Ruota di Ferrara ; assicurandola, che altri principi Italiani si sarebbono seco uniti.
A queste proposte, si dice, che M. Régente habbia sempre dato risposte dolci ma négative : E che parimenti dicesse all'E. S., chessendo egli siio parente dovea approvare, che ella sfuggisse ogni imbarazzo, del quale, per gli accidenti contrarij, che potrebbono succedere havesse à render conto al S.^ Duca suo figliuolo^ quando fosse divenuto maggiore ; et all'hora trovarsi in moite angustie, mentre per la tenuità délia sua dote, senza l'amor del figlio, non si potrebbe mantenere nel grado, in cui è constituita. Si crede perô, che il S.^ Cardinale non havesse veruna commissione dalla Francia di passar tali ufficii ; ma che habbia ciô fatto per dimostrare al Rè, che non lascia veruna congiuntura di procurare gli vantaggi délia di lui corona. Torino 10 Marzo 1677.
IjG 24 mars 1677, Varese informe Cybo que le cardinal d'Estrées vient d'arriver et a fait demander au roi s'il peut aller le rejoindre au camp. On lui a répondu affirmativement et qu'en attendant il pouvait voir la reine. « Il est venu deux fois me faire visite, écrit le nonce, mais incognito; et l'archevêque de Paris a été chez lui, mais sans rochet. » Et, le 26, il ajoute « On dit que d'Estrées parle avec grande vénération du pape et se montre satisfait des grâces que S. S. lui accorde » (1).
(1) L'abbé Siri, renseignant son maître sur la conversation qu'il avait eut avec le cardinal écrivait, le 30 août 1677, que S. Em. lui avait dit: « que le pape ne pensait qu'à la croisade et que, connaissant son faible^, il cherchait à l'influencer en lui représentant le roi très chrétien comme le souverain le plus à même de
Durant son absence de Eome, travailla-t-il en faveur du Saint-Siège, ainsi que l'espérait Innocent, qui engageait toujours le nonce à s'adresser à S. Em. comme intermédiaire auprès du roi? Les lettres de Yarese ne révèlent pas grand chose à ce sujet, mais, par contre, l'abbé Siri qui était un ami du cardinal, en parle souvent dans sa correspondance avec le duc de Parme, et en termes tels que, si Innocent les eût connus, il aurait dû se convaincre que ce prince de l'Eglise n'était pas un ami dévoué. Le cardinal, ne pouvant parvenir à être nommé ambassadeur à Rome, sembla plutôt- travailler à se rendre le roi favorable, par ses négociations en Savoie et ailleurs.
Le 18 juin, Varese annonce à Cybo que les d'Estrées ne sont pas d'accord, et que le cardinal est mal vu à cause de la lettre que certains évêques voulaient adresser collectivement à Rome. Et, le même jour, il ajoute:
Qualcheduno mi dice clie il ritorno del sig. Cardinal d'Etre particolarmente col carattere d'ambasciatore in luogo del sig. Duca sno fratello, non si tenga hora per cosi vicino, anzi ne pure per tanto certo corne si credeva qualche mese fà. La cagione di ciô vien attribuita, non tanto alla discordia che in questo particolare si dice esser fra fratelli, atteso che il sig. Daca faccia adesso istanza di esser confermato nella carica, quanto ail' opinione che mostra il Re che il sig. Cardinale inchini à favorire alcnni che sono tenuti in sospetto di Giansenismo contro i quali Sua Maestà
racheter le Saint-Sépulcre des mains des Turcs » et que « le cardinal dit aussi, que le pape est entre les mains de Casoni ; et qu'il retournera à Rome comme ambassadeur, à la rentrée à Paris du roi ». Le 24 septembre, il ajoute que d'Estrées, avant de partir, a été chez le cardinal Bon si et l'archevêque de Paris « et qu'il leur promit de faire tomber le voile de yeux du pape au sujet des jansénistes » (Voir aussi les lettres de Siri dans le chapitre du Quartier), Arch. Napoli, Carte Farn., fasc. 198.
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è molto irritata. particolarmente per FafFare délia Lettera, che volevano scrivere a Nostro Signore in conformita de gli altri avvisi che riverentemente hô partecipato a V. Em.^^ non trascurerô io di communicare all'E. Vcstra ogni altra notizia, che mi riuscisse di penetrare toccante il particolare suddetto di cotesta ambasciata, seconde gli ordini che tengo da V. Em. medesima » (1).
Le 19 juillet, Yarese écrit que le cardinal voudrait rester seul à Eome; mais il ajoute, le 28 août, qu'il sera nommé seulement co-protecteur de la France.
Et, le 25-, il ajoute:
Il ritorno in Roma del Sig.^ Cardinal d'Etre credono alcuni che si differisca, si perché S. E. prima di partire desidera di esser provednto di qualche rendita Ecclesiastica, si ancora per le piemnrose istanze f.itte dal Duca di Parma, che terminando la sua ambasciata il signor Duca d'Etre, gli si lasci iibero il Palazzo Farnese (2). Ma iermattina da ottima parte venni avvisato, che sia stata data in consiglio una scrittura, colla quale si era preteso di mostrare che non compliva al Rè il tener nella Corte di Roma per Ambasciatore un Cardinale, e mi fù soggiunto, che taie Scrittura era piaciuta al Consiglio, e che Sua Maestà
fl) Siri informe le duc de Parme, le 4 juin, que, dès la rentrée de^ M. de Pomponne avec la Cour, il est allé lui parler au sujet du palais Farnèse à Pome, pour le redemander au roi, car le palais avait été concédé par S. A. pour' complaire au duc d'Estrées ; il fit voir qu'on en désirait la restitution afin d'en empêcher la ruine complète; que le palais, durant les 15 années que les trois ambassadeurs y ont logé, a été endommagé pour plusieurs dizaines de milliers d'écus ; qu'en outre des ravages du temps, il y avait ceux, plus irréparables, dont avaient souffert les peintures et les sculptures. La réponse du ministre fut qu'on n'avait encore rien décidé au sujet du rappel du duc d'Estrées, et qu'en tout cas il en référerait à S. M.
(2) Voir le chapitre du Quartier.
si mostrava ora inclinata à non mandarlo più con tal carattere, ma che fosse talvolta per dargli la comprotettione délia Corona, nel qnale esso viene creduto^ che il siguor Cardinale non cosi presto sia per risolversi à far tal viaggio. Ogni altra notizia che sopra ciô mi succédera di penetrare la communicherô prontamente a Vostra Eminenza.
A cette époque Victor- Amédée II était duc de Savoie, mais^ à cause de son bas âge, sous la tutelle de sa mère, la duchesse Marie de Nemours.
Par sa situation à la frontière d'Italie, ce duclié ne pouvait se soustraire à la vigilance particulière du pape, qui craignait de le voir trop uni à la France, d'autant plus que des troupes françaises tenaient garnison à Pignerol et à Verceil. Mais Louis XIV ne perdait pas son temps; pendant qu'à Nimègue il négociait pour la paix, il se préparait à une action en Italie, en mettant à profit ses troupes qui occupaient les deux villes piémontaises. Le cardinal d'Estrées avait déjà fait les premières ouvertures à Turin lors de son passage; en voici la suite.
Le 28 avril 1677 (1), le nonce à Turin écrit à Cybo: l'ambassadeur de Savoie à Paris, qui avait toujours conseillé à la duchesse de résister aux demandes de la France et de rester
(1) Le nonce écrit aussi le même jour, qu'il paraît que la distribution des nouvelles charges fait désirer au gouverneur du duc de renoncer à la sienne, parce que la duchesse voudrait la confier au marquis Morozzo, personne de grande habileté. La régente n'est pas contente de l'attitude de son fils ; de temps en temps, il parle de son désir d'être libre et de gouverner à sa manière après la régence de la duchesse. Elle a des inquiétudes et cherche à se faire des amis moyennant des promotions dans l'Ordre à la fête de S. Altesse. Cela donne lieu à des commentaires, parce que cela ne se fit pas durant la régence de la duchesse Christine.