LA FRANCE ET LA SAVOIE
neutre, l'exhorte, à présent, à se déclarer pour la France; on fait toute sorte d'offres, et l'ambassadeur trouve que c'est le moment d'en profiter. On attribue ces menées aux cardinal d'Estrées, car il espère, de cette manière, ^a(j:ner de la considération en France; comme il n'y voit pas de place disponible, il tend à être l'inspirateur d'une guerre en Italie. Il y tient d'autaut plus que madame a dit, hier matin, à l'évêque de Verceil que S. Em. retournera à Rome comme ambassadeur. Ces intrigues troublent la tranquillité de S. A. qui désire la paix pour le bien de sa régence. Le 19 mai, il lui écrit encore:
L'ambasciatore di Francia in questa Corte fu lunedi all'udienza di Madama, dove stette due hore, et altrettanto si trattenne col Marchese di S. Tommaso. Si vociféra che usasse ogn'arte anche con servirsi délie parole minacciose per ridurre questa Corte à dare alla Francia parte délie sue truppe. Sopra tal negotio dicesi, che hiersera si discorresse nel Consiglio, e che da zelanti del bene di questo Stato fosse protestato, che ciô non dovevasi fare, mentre tal concessione portava insensibilmente la rottura con la Spagna, colla quale non vi è veruna occasione di romperla, e che il privarsi délie proprie soldatesche, et in consegaenza il restar senza armi era un abbandonarsi, ô à i Francesi se gli havessero voluto portare ail' allianza con loro, ô alla vendetta de Spagnuoli, se si fossero offesi di tal concessione.
Si crede che non gli si accordera la dimanda, la quale non place punto à Madama, conoscendo colla sua gran prudenza, che il buon proseguimento délia sua regenza, hà per base fondamentale la quiète.
Et, le 16 juin, il ajoute qu'on avait ébruité que la régente était gagnée à la cause de la France; mais qu'il n'y a rien de vrai. S. A. se montre rebelle à prendre des engagements, et peu bienveillante à l'égard de la France. Elle trouve aussi que ce duché est en bien mauvais état, en ce qui a trait tant aux particuliers qu'à l'intérêt public;
on manque d'argent, de soldats, et l'on ne sait comment se procurer l'un et les autres. Le marquis de San Tomaso est, lui aussi, contraire à la guerre. Et, le 30 juin, Muzio informe qu'il y a quelque chose de changé, car S. A. et le marquis ne parlent plus avec leur franchise habituelle; qu'en tout cas, on assure que rien n'est conclu, et qu'il n'y a aucune probabilité que cette campagne se fasse, parce que la France n'a pas assez de soldats pour former une armée au-delà des Alpes.
Le 17 août, le nonce rassure Cybo, et lui dit, qu'il ne néglige aucune occasion pour persuader la duchesse, au nom de N. S., de maintenir la tranquillité que chacun désire; que madame répond, que^ non seulement elle ne veut pas céder à la volonté de la Fiance, mais qu'elle voudrait même être assez forte pour s'y opposer, « estimant nécessaire de mettre un frein à l'expansion d'une aussi grande fortune», et que, malgré toutes les belles promesses, elle ne se lierait jamais à aucune puissance, à moins d'y être contrainte par la force. Et, le 27, il ajoute, qu'il y a eu conseil extraordinaire des ministres, parce que, à la frontière de la Savoie, les Français avaient démoli et brûlé la baraque de la douane. « On prétend, écrit- il, que cela a été fait pour intimider la duchesse à cause de ses refus. Je crois qu'on se contentera de faire des démarches à l'amiable auprès du roi très chrétien et que, si l'on n'obtient pas de résultats satisfaisants, on fera appel aux autres princes et à S. B. On dit que^ dans ce but, le marquis de Saint-Maurice sera envoyé à Paris. » A cela Cybo répond, le 2 septembre, qu'il faut veiller attentivement auprès de la duchesse à ce qu'il n'arrive pas de désaccord, à cause de ces incidents à la frontière de la Savoie. Et, le 22, Muzio fait savoir qu'il y a bien peu à espérer de la mission de Saint- Maurice car le roi, tout en lui donnant de bonnes paroles, a déclaré ignorer la chose, tandis que plusieurs assurent que tout a été fait
s. EM. D'ESTRÉES à TURIN 157
par son ordre. Le 13 octobre, il ajoute que l'on est de mauvaise humeur parce que, le 15 ou le 20, doit arriver le cardinal d'Estrées pour obtenir de la duchesse qu'elle joigne ses troupes à celles de la France qui se trouvent à Pignerol et à Yerceil, et en tel nombre, qu'elles sont supérieures aux forces des Piémontais. On fait la même demande pour Verrua et Asti, places frontières du côté de l'Etat de Milan. On dit qu'il y a^ en tout, de six à sept mille Français, mais on croit qu'ils sont moins nombreux et que l'on compte dans ce chiffre des recrues; on achète aussi des chevaux. Après tout, on suppose que la France fait tout cela pour tenir en échec Milan, afin que cet Etat n'envoie pas de secours à l'Espagne pour la guerre. »
Le 20 octobre, Muzio annonce, qu'on attend le cardinal d'Estrées, qui logera chez le bailli Cady (sic), et que'l'ambassadeur a déjà fait faire de nouvelles livi'ées. Et, le 27, il écrit:
Arrivô qui giovedi sera il Sig.'" Cardinale d'Estrées, e poco dopo andô privatamente à vedere Madama, colla quale, si dice che nel priico congresso non entrasse in negotio alcuno, se non che atteste à S. Alt.^ essere egli stato sempre ben veduto da S. MM Cristianissimo contre la fama sparsa da qnalche suo malevole in Italia, essendosi poi S. Em.^^ portata di nuovo da S. Alt.^ corre voce, che la insistesse per la dichiaratione à favore délia Francia hora che Parmi del Ke Cristianissimo havevano da per tutto havuto degli avantaggi, e che perô cessava il motivo addottogli da S. Ait.^ V inverno passato, quando egli fu quà di passaggio in Francia^ cioè che prima di dichiararsi voleva vedere l'esito délia campagna. Di più dicono che le asserisse, che il E,e di Francia quanto prima havrebbe conclusa la pace con gli Olandesi separatamente, e che gli Venetiani havevano intenzionato di dichiararsi ancora essi per la Francia quando fosse preceduta la dichiaratione di S. A. per approfittarsi unitamente sopra lo Stato di Milano. A tali istanze, si dice, haver risposto Madama, che havendo essa nécessita di caminar con il parère de consiglieri lasciatili dal fù Duca suo marito, questi sentiti non havevano ap-
provato, clie s' imbarazzasse lo Stato in guerre nel tempo délia minorità del figliuolo, ma che nondimeno gli havrebbe sentiti di nuovo. Dopo di che si tiene per fermo che il Sig.'" Cardinale habbia scritto in Francia per la posta ordinaria, senza voler spedir corriero per occultar maggiormente li suoi negotiati. Quello che sia per risolversi, resta ancora molto incerto, corne è incerta l'intentione di Madama, la quale sopra questo particolare non sente se non il parère del Marchese di S. Tomaso, del Gran Cancelliere e del Présidente Trucchi, senza chiamar D. Gabriel per essere in concetto di abborrire più degli al tri le novità, et egli per taie diffidenza molto si duole. Tutto ciô dà un gran sospetto, che sia per risolversi finalmente la guerra, se bene gli più savii non ne hanno formato un accertato giuditio. lo non manco d'indagarele necessarie notizie; e con le venture avvisarô quello che haverô potuto ritrarre d'avantaggio.
Mons/ Arcivescovo mi hà detto che quanto prima partira il SïgJ Conte Provana per il Congresso di Nimega, e che sarà mandato costi per résidente il Présidente Chiesa.
Le 3 novembre, le nonce informe que les négociations de d'Estrées avec la duchesse et les ministres continuent; on parle d'une guerre dans ces contrées, et cela rend le cardinal odieux à la population, qui ne veut pas la guerre; en tout cas, il paraît que d'Estrées n'a obtenu que le passage des Français, et à condition de tout payer. Toutefois, s'ils entrent en grand nombre, la Cour pourra avoir la main forcée, du moment que, par crainte, elle a déjà concédé le passage. L'ambassadeur de France laisse croire qu'il arrivera une grosse armée, et qu'à la suite de l'attitude de l'Angleterre, surtout, on diminuera les forces en Flandre; « mais, écrit le nonce, on n'y croit pas, car on a réuni bien peu de fourrages à Pignerol . . . J'ai prié la duchesse de ne rien faire contre la paix, et S. A. m'a répondu qu'elle la désirait beaucoup, mais qu'elle devait aussi conserver l'Etat à son fils. » Le 10, Cybo insiste auprès du nonce pour qu'il le renseigne bien sur ce que fait le cardinal. Et, le même