LES DEMANDES DE LA FRANCE À TURIN
jour, le nonce lui avait écrit qu'un courrier était arrivé à d'Estrées, et reparti de suite; que l'on tient la chose secrète; mais qu'on suppose que, eii outre du passa^^e, la France a obtenu une localité pour en faire un dépôt militaire. On a refusé Verceil et Verrua, et accordé seulement Asti, qui est une espèce de ruine mal fortifiée, la duchesse ne voulant pas donner une forteresse. « Du reste, il est ditJScile qu'il vienne beaucoup de soldats, car les vivres manquent. » Le 1^^ décembre, le nonce écrit qu'on a l'espoir que, en dehors de l'envoi de troupes à Asti et Yerceil, la duchesse n'ait pas fait d'autres concessions, et que d'Estrées parte prochainement (1). Son Eminence aurait voulu visiter les frontières du côté de Milan^ mais on le lui a déconseillé pour éviter de donner des soupçons à l'Espagne. Et, le 8, il ajoute qu'un chevalier de Malte, ami du bailli de Caderono (sic)^ chez lequel loge d'Estrées, lui a dit que le cardinal aurait entièrement gagné la duchesse, mais que tout devait rester secret. «Ici personne ne sait rien, poursuit le nonce, mais on assure que la régente veut demeurer neutre et que, du reste, on ne peut pas savoir grand' chose, après la mort du marquis de San Tomaso. Cette Cour est composée de Français et d'Italiens, et toutes les conversations ne reposent que sur les aspirations du parti auquel appartient celui qui parle. » Le 22, il aiïirme que l'ambassadeur de France l'a assuré que, en dehors du passage des troupes, d'Estrées n'a rien obtenu. Et ce n'est que le 9 mars 1678 que le nonce écrit à Cybo que Saint-Maurice suggère à la duchesse, comme règle de bon gouvernement, d'augmenter ses troupes; car 4500 hommes ne suffisent même pas pour défendre une
(1) D'après un avvlso de Turin du 7 il paraît, que la Cour dépensait 20 doublons par jour, pour l'entretien du cardinal d'Estrées. La duchesse, à son passage en avril, lui avait déjà fait cadeau de son portrait encadré de diamants, évalué 2000 doublons.
seule place, et les Espagnols en ont 12,000 dans l'Etat de Milan; mais le grand chancelier et le président Turchi s'y opposent, en considération de la grande misère du pays.
Le 15 février 1679, Mgr Muzio informe Cybo que Villars, nommé ambassadeur de France à Madrid, ne quittera Turin qu'à l'arrivée de son successeur, l'abbé d'Estrades, car on ne veut pas laisser l'ambassade vacante, à cause des vues que la France a en Italie. Le marquis de Saint-Maurice croit qu'il s'agit de Casai.
Le 22, Cybo se plaint de n'avoir pas de renseignements sur les renforts des troupes à Pignerol et à Toulon, ni sur le traité de Casai ; quoique le nonce « doive en savoir quelque chose». Mais Lauri, de Paris, l'informe le 24, que beaucoup de troupes se dirigent sur Pignerol ; on parle de 16,000 hommes et qu'il doit en arriver 30,000; déjà M. d'Erbigny est parti comme intendant et de même M. de Yauban, ingénieur. De Lyon ont été expédiés 200,000 doublons, et d'autres sommes suivront. D'Estrées est parti pour Turin; on assure qu'il y a accord avec cette Cour, qui aurait cédé par la crainte. Ici on croit à la guerre, mais on ignore contre qui. Il y en a qui prétendent que c'est la Savoie qui veut attaquer Gênes avec des troupes du roi, d'autres, au contraire, disent que c'est pour le compte du très-chrétien; que l'on avait déjà imprimé un manifeste exposant les prétentions de cette Couronne sur Gênes, mais qu'il fut contremandé. Enfin, certains croient que cette concentration de troupes vise le Montferrat, afin d'empêcher qu'à la mort-du duc de Mantoué l'impératrice Eléonore n'en hérite. Mais, le 5 mars, Cybo écrit à Mellini que les préparatifs d'avancement continuent à Pignerol et ceux de concentration de la flotte à Toulon, et que l'on craint quelque invasion des Français en Italie; que l'ambassadeur de France, interrogé à ce sujet dans l'audience, a répondu évasivement par des généralités.