ROME REFUSE TOUT INTERMÉDIAIRE
parlé ici mais sans résultat, peut-être parce que personne n'en a écrit au Sénat » (i).
Le 25, Jacobelli annonce que dimanche le gr. Conseil a élu Giov. Batt. Donati Bailo à Constantinople par deux voix de majorité sur le chev. Micheli ; cette nomination fait perdre dans le Sénat la meilleure voix en faveur de Rome, car Donati est un homme juste, hardi à promouvoir ce qui est utile à la République. Lundi a débarqué au lazaret le Bailo Morosini; en apprenant que la voix publique l'accusait, il a écrit pour avoir des juges (2), mais il n'a pas eu de réponse ; quelques -uns disent que l'on ne répond pas à ceux qui sont présents, mais d'autres disent que le Sénat a formulé trois chefs d'accusation contre lui : les partisans de Ciurani accusent Morosini du fait des esclaves, car c'est à sa direction que Ciurani, à son départ, laissa les navires ; que Morosini ayant débarqué à Candie pour remettre au pacha et en recevoir les hommages, deux canons de la part du gr. Vizir, il quitta sa galère, tandis que selon les ordres publics il ne devait en aucune façon quitter les navires en pays étranger ; et enfin d'avoir amené 84 esclaves à Corfou,au risque de provoquer les plaintes de la Porte. «On me dit qu'ordre a été donné à Corfou de garder les esclaves pour les expédier à Naples. Les Inquisiteurs d'Etat s'occupent d'un grand procès contre des juges de la Qîiarentia, à propos d'une fraude sur les sels au détriment du public et cela d'après une dénonciation mise dans la boîte^des Inquisiteurs; Cavalli, secrétaire du Pregadi serait compromis, pour avoir soustrait des registres de Constantinople, et que l'on a retrouvés ensuite ».
(i) Le 25, Cybo lui répond :
Oltre quello che V. S. ha significato a cotesto ambasciatore Cesareo, potrà diiii chc Sua Santità ha soprabbondato con la Republica in atti di benignità, corne è noto, montre i Sig" Veneti si sono mostrati sempre più renitenti in far gli atti di pura e manifesta giustitia.E che quando era tempo, che finalmente sodisfacesse alla S. Sede, hanno data mano all'apertura di nuova strada per levare il commercio allô stato di Ferrara contro le espresse capitolationi antiche.
(2) Donati aussi a été destitué de ses fonctions ; voir la fin de ce chapitre.
Le 13 juillet, il informe que Foscarini, ambassadeur vénitien à Paris, ayant transmis au Sénat la copie des trois brefs du pape au très-chrétien, on les a lus aux Pregadi et qu'ils furent approuvés par les principaux sénateurs, surtout le troisième pour les expressions d'estime envers le roi et du zèle de N. S. pour l'humanité. « On m'a rapporté que Michèle Foscarini aurait dit que, voyant le pape peu disposé à pourvoir aux églises dans la crainte qu'on n'en donne pas la possession aux élus et, voyant que les deux évêques attendent, on pourrait lui donner l'assurance qu'il n'y aurait pas cette difficulté pour Brescia et Vicence si on choisissait des candidats de l'ordre patricien, car le Sénat serait content d'avoir une occasion de sortir de la situation actuelle ».
Le 27, il mande que l'ambassadeur a écrit de Paris que d'Est rées retarde son départ ; on croit que son envoi à Rome n'a d'autre but que de gagner du temps, le roi ne voulant en rien modifier ses résolutions (i). Le 31 août, il informe que le comte Délia Torre, parlant de la situation, lui a dit : « que le cardinal d'Estrées se rendant à Rome, aurait négocié l'accord avec Venise, mais qu'il eut été plus opportun que l'empereur en fut l'intermédiaire comme aussi du Saint Siège, j'ai répondu
(i) Mais, le 11 septembre, Airoldi écrit de Milan : On dit que le cardinal se rend à Venise pour arranger un accord avec Rome, mais le résident vénitien laisse voir que sa médiation ne sera pas agréée par la République qui préférerait que S. S, lui fasse des ouvertures afin de ne pas donner lieu à une méditation. A Paris et à Turin on met aussi en doute le voyage du cardinal, parce qu'aucun évêque, après la mort de Mgr de Pamiers, n'ayant fait d'opposition au roi on prévoit que toute difficulté avec Rome tombera d'elle-même. On dit aussi que le très-chrétien n'est pas satisfait de l'abbé d'Estrades, le trouvant trop soumis à la duchesse de Savoie, et que le due semble touiours plus s'éloigner de sa mère qui tâche de cacher son amertume. On prétend que l'abbé Maurel travaille à définir le traité pour Casai, mais sans résultat ; et que les quatre ministres députés par le duc de Mantoue pour cette affaire auraient dit que, au cas de non réussite, ils enrôleraient 3000 suisses pour les mettre en garnison à Casai moyennant les subsides des princes voisins. Le duc paraît guéri de sa chute, mais il a mauvaise mine à cause de sa vie déréglée.