CONDITIONS DU PAPE POUR L'ACCORD
lui a dit que l'on travaille toujours davantage pour que, dans le prochain Pregadi, on décide de donner la possession de leurs sièges aux deux évêques préconisés par le pape, sans y mettre de condition. En outre de l'ambassadeur impérial, son collègue d'Espagne en parla également au chev. Giustiniani, lui faisant comprendre qu'il était de l'intérêt de la République comme aussi de toute l'Italie d'en finir avec de semblables minuties. Le chevalier rapporta ce discours en public et produisit beaucoup d'effet. « On médit, écrit-il, que Délia Torre se sert du comte Marsili, venu de Rome et ami de plusieurs sénateurs. Il vient d'arriver une lettre d'Ottoboni disant que S. S. a décidé d'accorder la provision aux sièges vacants, et qu'elle attend seulement qu'on accorde la possession aux élus. Cette lettre a réveillé le désir chez les Savi de s'occuper de l'affaire, mais comme on a fait sortir de la réunion les papalini on ne s'est plus trouvé en nombre suffisant et la discussion fut renvoyée à un autre jour. L'ambassadeur me remit des avis de Mantoue, que je transmets à V. Em. » Et, le 2, il 'assure de n'avoir jamais dit à l'ambassadeur que S. S. accorderait la provision après que Cosmi et Zoilo seraient installés dans leurs églises ; « en effet, aussitôt reçu le chiffre de V. Em. je me suis rendu chez le comte délia Torre pour lui dire de ne pas aller trop loin. S. Exe. me répondit qu'il en avait parlé d'après ce que lui avait dit une personne venue de Rome et d'autres d'ici, et qu'il savait que S. S. suspendait toute décision jusqu'à l'acceptation des deux évêques et que je devais rassurer V. Em., parcequ'il n'agissait qu'avec circonspection et en vue de l'avantage de N. S. J'ai appris qu'en public il y a des lettres de l'ambassadeur de Venise à Vienne, où au nom de l'empereur et de l'impératrice Eléonore S. Ex. recommande l'arrangement avec le pape. On m'a dit aussi que Zoilo, par ordre public, est en train de préparer la présentation de ses bulles parce qu'on veut commencer par lui ;
provision des autres églises, l'empereur la donnerait. On verrait alors l'intérêt que S. S. porte à la République ; mais on n'a répondu que par des remerciements »,
et j'ai appris que N. Micheli, ayant fait des recherches dans les archives de la Secrète, il lui est résulté des négociations de Sagredo avec Innocent X, que quatre évêques ont été préconisés par Ottoboni et un par S. S. même ». Et, le 15, il ajoute que de différents côtés on lui assure que dans quinze jours le P. Valiero fera la proposition ; on l'estime le plus habile, et comme Giustiniani- est devenu favorable et que Micheli manque d'appui, on espère que tout réussira. Toutefois, d'après des nouvelles de Rome de mal intentionnés, les Inquisiteurs seraient hésitants. On écrit qu'un cardinal important ayant exposé au pape le danger que les Français pourraient lui demander de relâcher Castro et encourager le duc de Modène dans ses prétentions sur Comacchio, et que par conséquent il serait bon de s'arranger avec Venise, N. S. aurait répondu à ce cardinal : « Que pouvons-nous faire du moment que l'union de tant de princes d'Allemagne n'a pu empêcher les acquisitions de la France ? Nous ne pouvons donc que nous en remettre à Dieu » (i). Le 22, il informe que jeudi il y a eu la première bataille : les Savi s'étaient entendus avec des conseillers, et dans le Pregadi du soir le Procureur Giov. Morosini et Pietro Valiero déclarèrent tenir de Rome un projet d'accommodement. « On a promis de m'en donner les détails, mais on ne l'a pas fait. N. Micheli se montra contraire à l'accommodement, voulant bien un accord mais dans d'autres conditions. Toutefois on proposera de charger les deux Savi de suivre les négociations ; le vote donna 106 voix favorables, 13 contraires et 30 non explicites. On croit que dans la semaine on accueillera les deux évêques. Le bruit court que Zeno sera avec Micheli, car il voudrait retourner comme ambassadeur à Rome pour y faire sa réception et ensuite s'en aller comme a fait Cornaro à Madrid ; mais on croit que ce sera Federico Cornaro qui y ira, ayant fait
(i) Le 22, Cybo lui répond : ''
Le notitie che s'inviano da Roma costà pcr fraporre ostacoli aU'aggiustamcnto, sono invention!, o almeno caricature. Sua Santità non ha parlato certamente nella forma che di qua è Stata rappresentata a cotcsti Signori
LE PROJET MARSILI DESAVOUÉ. 277
preuve d'une grande prudence en Espagne ». Le 29, il déclare que c'est le comte Marsili qui traite l'accord avec Rome ; il vint ici par commission du card. De Luca et les Savi lui ayant demandé de faire voir ses pouvoirs, il répondit qu'il n'avait que des lettres privées, qu'il ne pouvait faire voir parce qu'elles parlaient d'autres affaires non publiques, mais que sur sa tête il pouvait donner l'assurance que Rome accepterait ses propositions. Les Savi dans le Pregadi de samedi ont exposé ces réponses au Sénat, ajoutant que Marsili avait expédié un courrier extraordinaire à Rome pour avoir la ratification de tout ; et malgré l'opposition de Micheli et de Giustiniani on passa au vote sur l'expédition du courrier, qui fut approuvée avec seulement 7 voix contraires. Vu ce résultat, les deux opposants ont conseillé au Sénat de ne pas s'engager avec Rome, se réservant de parler sur le fond de la question. Le courrier est parti, mais n'est pas revenu à temps et tout a été remis à la semaine prochaine ; toutefois on m'a assuré, en secret, qu'il se trouve à Venise depuis hier, mais on le tient caché, les Savi espérant arranger l'affaire, car on dit que Rome n'a pas approuvé que l'on ait mis en avant la question de l'ambassadeur. Morosini est alité à cause de la goutte et on ignore qui le remplacera. On m'a dit aussi qu'Ottoboni a écrit que V. Em, a déclaré qu'il faut faire l'accord ; lai-même semble vouloir le conclure». (i) Et, le
circa il pensiero di procurar la qiiiete, e la sicurezza d'Italia, nelle quali la Santità Sua è più di ogni altro intcressata. E se cotcsti Signori vogliono credere aile ciarle, che vengon da Roma prenderanno di molti sbagli. Sto attcndendo l'avviso di quanto sarà succeduto intorno à possessi di Spalatro, e di Crema.
(i) Le 13, il écrit que les Savi voulaient faire un rapport sur l'incident, mais le Doge et les plus sages les en ont déconsei lés afin de ne pas préjuger la cause, car on pourrait supposer qu'ils ont agi ainsi pour tromper le Sénat. L'ambassadeur de France et l'Abbé Maurel sont bien contents du résultat. Et, le 20, il ajoute que malgré la désapprobation du Doge, on a lu le rapport des deux Savi ; et Micheli a de nouveau parlé contre, faisant observer que comme le card. De Luca a déclaré n'y avoir pris aucune part ni donné commission à Marsili, on pouvait donc croire que tout n'a été qu'une intrigue des intéressés en faveur de quelque candidat à un évêché... On voit que pour le moment il est impossible de reprendre l'affaire.
6 décembre, il ajoute que le rejet du projet Marsili a produit une grande impression, et il sera difficile de trouver autre chose. On lui reproche sa vanité, qui lui a fait avancer des choses sans fondement ; on me dit que les Inquisiteurs ont reçu des lettres des cardinaux vénitiens. Le Bailo de Constantinople écrit aussi que l'ambassadeur de France s'est arrangé avec le gr. Vizir en lui promettant une somme considérable à versera différentes époques.
Le 13, Cybo lui mande :
Sua Santità non farà altri passi se cotesti Signori non sono i primi a muoversi, come ogni ragione di giustitia, e di convenienza richiede. Non vi era dubbio, che l'accidente mal regolato délia speditione del corriero haverà peggiorato lo sta'.o del negotio, dando nuove armi in mano a chi procura di attraversare l'aggiustamento. Ma è certo che se costi si cominciasse a mostrare in fatti resipiscenza, Sua Santità non mancherebbe aile parti del suo offitio, e del paterno affetto, col quale non lascerà mai di mirar la Republica.
Le 3 janvier 1182, Cybo approuve Jacobelli de tâcher d'avoir le plus possible des nouvelles de la part du comte délia Torre. « C'est une chose bien grave que, tout en comprenant le prochain et sérieux danger que court l'Italie pour sa liberté, on ne cherche pas à être en bonne intelligence avec le pape et qu'on refuse de lui donner satisfaction pour des choses justes, et qu'on ne veuille pas réparer les offenses laites à l'Immunité ecclésiastique et à l'autorité pontificale. »
Le 10, Jacobelli écrit que, d'après ce que l'on entend dire, « il paraît que les nouveaux Savi sont d'avis de reprendre les négociations et que Donato Rubini écrive à Ottoboni pour qu'il demande à V. Em. ce que l'on pourrait faire pour arriver à un accord. Le comte délia Torre a dit aussi que manque seulement le négociateur, caria majorité du Sénat désire l'accord ; et il déclare d'en avoir écrit au card. Pio ». (i)
(i) Le 17 janvier, Jacobelli annonçait qu'Ottoboni avail écrit que del Carpio voulant rentrer en Espagne, N. S. avait fait savoir à Madrid qu'à son successeur à l'ambassade ou n'accorderait plus les franchises. « Ici, écrit-il, les fauteurs de iVanchises du Quartier en prennent occasion pour