LE PAPE PROMET UN NONCE A VENISE. 29I
belli continue : « Grimani m'a fait dire que l'on a suspendu la licence du bref jusqu'à ce que le nonce soit désigné ; car on ne trouve pas de traces que le Sénat ait licencié un bref de ce genre et que celui de l'Auditeur de Mgr Cesi ait été transmis après la mort du nonce ; il ne fut licencié qu'après la nomination du successeur. L'attitude du Sénat n'a au fond d'autre raison, écrit-il, que la crainte que la nonciature puisse rester sans titulaire, et d'autant plus que la République n'est pas éloignée de se liguer avec l'empire, si N. S/ s'en faisait le chef ainsi que le fit Pie V. Le Primicerio m'a parlé dans ce sens ; et le Doge m'a fait dire, par son confesseur, qu'il était nécessaire de dissiper même cette ombre que S. S. ne veuille pas nommer un nonce, ajoutant que N. S. pouvait bien faire cette grâce à tant de sénateurs, qui ne désirent autre que d'avoir l'occasion de licencier le bref, Ottoboni écrit seulement qu'il se réserve de faire savoir à S. S. ce dont le Sénat le chargera, avec l'espoir de recevoir de la clémence de N S. un nouveau témoignage de son affection envers la République ».
Et, le 22, il ajoute: « un envoyé du Savio Giustiniani est venu me dire qu'à la Consulta on trouve deux points de contestation avec Rome ; celui du Quartier, qui est commun aux autres princes et l'autre, particulier à la République, consistant dans le retard mis à la reconnaissance de Zoilo. Quant au Quartier, la République, tout en approuvant S. S. de ne pas le vouloir, ne voudrait pas être traitée différemment que les autres, et on désirerait attendre l'arrivée à Rome de quelque nouvel ambassadeur ; quant aux églises, Giustiniani déclare avec d'autres sénateurs qu'il n'y a aucun motif de soutenir le point de la préconisation, parce qu'au moment où fut soulevée cette question on ne connaissait pas encore l'acte concernant l'évêque de Crema, d'où on conclut qu'on donnera la possession de ce siège à Zoilo, comme si le pape même en avait fait la proposition. Monseigneur sera transféré à un autre diocèse. Mais r<m ne doit pas en parler, afin de ne pas donner occasion à l'opposition, et Giustiniani m'a fait dire que, pour que les 5^?:;^', accordent à Zoilo l'église de Crema, il serait d'avis que S. S. envoyât un bref à la République l'engageant à s'unir contre»
les Turcs ; par la même occasion le pape pourrait aussi exprimer sa satisfaction pour la Galeotta, y ajoutant quelques phrases d'estime ainsi que l'a rapporté Ottoboni en public. Le Sénat répondra au bref avec des remercîments, suppliera l'envoi du nonce, licenciera mon bref, accordera Crema à Zoilo et on me permettra d'exercer mes fonctions » (i).
Le 29, Jacobelli déclare qu'après en avoir reç^ l'ordre il ne parla plus de son bref, se bornant à rapporter ce qu'il apprenait. On n'a pas encore lu au Sénat le bref expédié par Ottoboni ; à cause de la fête de l'Ascension on n'a pas tenu le Pregadi ; mais les Savi en ont été contents et préparent la réponse de simple agrément sans autre conclusion, voulant réfléchir touchant la ligue contre les Turcs et attendre les nouvelles de Vienne ; bien que l'on désire l'union on veut aussi savoir ce qui a été conclu avec les Moscovites. L'ambassadeur de Venise auprès de l'empereur a écrit que le duc de Lorraine veut rester sur la défensive. Foscarini, de son côté, a mandé de Paris qu'à la Cour on dit que la ligue est sur le point de se dissoudre ; que les Polonais s'arrangent avec les Turcs et que toute la guerre sera dirigée contre l'empereur ; et il ajoute que Duquesne partira avec quatre vaissaux pour Constantinople, sous le prétexte d'y prendre l'ambassadeur, mais qu'en réalité il portera plusieurs bourses au gr. Vizir. A ce sujet, la Consulta, ici, désapprouve que le Bailo ait payé tant d'argent, Mais, le 5 juin, il écrit: que le Procureur Grimani lui a fait annoncer qu'à sa grande douleur il voit que l'on
(i) Le 29, Cybo lui répond que la République pour l'abandon du prétendu Quartier, ne doit pas attendre l'exemple d'aucun ambassadeur. Elle a déjà celui du duc de Radziwill, beau-frère de son roi, qui, il y a deux mois, laissa passer tout le monde devant son palais. Le bref que désire la République a été écrit en termes d'affection paternelle, l'excitant à secourir bien vite l'empereur contre l'invasion de la Hongrie par les Turcs. Le comte Martinitz, envoyé césarien, en portera un autre pour le Sénat. P. S. « V. S. ne doit plus parler du bref qui le concerne, ainsi qu'on le lui a déjà écrit trois fois ».