LE SENAT NON ENCORE SATISFAIT
retarde l'union avec Rome (i) ; bien que la grande majorité des sénateurs 3^ soit favorable, on craint toutefois que la minorité puisse faire avorter toute bonne proposition. Les Savi n'osent pas encore présenter la solution de l'affaire Zoilo ; et cette situation montre l'imperfection du régime républicain en comparaison du régime absolu. Il invoque par conséquent la bonté de N. S. afin qu'il donne à tous la consolation de se voir réconciliés avec le Saint-Siège. «Le Savio Giustiniani, écrit-il, m'a fait savoir que le bref transmis par Ottoboni n'a pas eu l'effet espéré, car on a appris par' des lettres de Rome qu'il est identique à celai que doit porter Martinitz ; il en est qui le trouvent sec. Mais le Doge, qui désire beaucoup l'union pour le bien public, m'a fait dire, pour V. Em.,que toute la Consulta désire l'union avec Rome, afin d'arriver ensuite à celle contre les Turcs. Sa Sérénité est d'opinion qu'avant tout il faut reprendre la correspondance et, par conséquent, elle prie V. Em. de conseiller à N. S. les moyens termes pour atteindre ce but. On m'a assuré que durant la lecture du bref on a noté la différence d'opinion, car la plus grande partie est restée tête découverte ».
Le 10 juillet, Cybo lui répond : « N. S. a été pleinement persuadé des bonnes et révérencieuses intentions du Procureur Grimani ainsi que de celles des autres ; il a entendu aussi avec plaisir les expressions de filiale affection envers sa personne, mais il n'a pu s'expliquer que le Sénat ait dû tant se consulter touchant la licence du bref de V. S., car elle ne devait pas comparaître comme une nouvelle personnalité mais uniquement dans les fonctions à remplir durant l'absence de Mgr Airoldi. Pour ce qui a trait aux provisions des églises dans le
(i) Le 12, Cybo lui répond qu'à Rome on apprécie beaucoup le zèle et les excellentes intentions du Procureur Grimani et du Savio Giustiniani ; et on a appris avec plaisir le respect montré par la partie la plus saine du Sénateur envers le bref pontifical. S. S., à la première demande d'Ottoboni, a décidé d'écrire un autre bref pour l'assurer de la confiance que N. S. a dans V. S. en des moments aussi graves pour la chrétienté et, par conséquent, si ces messieurs désirent sincèrement une parfaite correspondance avec Rome, S. S. leur offre une nouvelle ouverture.
294 L^ KEPUBLIQUE DE VENISE.
consistoire, point qui n'a pas été pris en considération par Lando, on propose que les seuls à les faire soient les cardinaux vénitiens. N. S. ne comprend pas non plus que l'on puisse persister dans cette prétention, car, en l'accordant à la République, le Saint-Siège devrait l'accorder également aux Espagnols, à Milan ecc. Nani dans son histoire, à la page 369, ne cache pas que la proposition de nombreuses églises vacantes était laissée à la volonté d'Innocent X ».
Le même jour, Jacobelli écrit à Cybo que l'envoi de ses lettres a été très opportun et qu'elles ont effacé le mauvais effet produit par celles d'Ottoboni. « Me trouvant en effet chez le patriarche avec Lando, je leur ai annoncé le contenu des chiffres de V. Em. ; ils en furent contents et émirent l'avis d'en donner connaissance aux Savi, parce qu'Ottoboni, en écrivant que S. S. avait bien agréé la ducale et d'autres expressions de révérence, avait ajouté qu'il avait aussi demandé la nomination des évêques et du nonce ; que le pape aurait répondu avec bienveillance et d'une manière que l'on pouvait en espérer bientôt les effets. Toutefois, le Procureur Grimani, en entendant la lecture de la lettre du cardinal aurait dit : nous sommes volés, car on ne cite que de bonnes paroles. Mais, plus tard, lui ayant fait voirie texte de V. Em. il en fut satisfait et dit que l'on devait le rendre public par l'intermédiaire de son fils, qui est vSavio de terre-ferme à la Consulta. Après le saint office par l'abbé Belloni, j'ai tout fait savoir au Savio Giustiniani qui me conseilla d'en avertir le Doge. J'ai chargé de cette commission l'abbé Priuli, dont le père est conseiller du Doge. Par l'entremise de Nicolosije l'ai fait connaître aux Inquisiteurs et ainsi tout a été divulgué dans le Broglio et béni de tous. Toutefois, Zeno avec les opposants dit à tout le monde, qu'avant de recevoir le nonce, il est de la dignité de la République d'obtenir de Rome la rétractation du bref au cardinal Barbarigo et l'abolition du bando contre les familiers de Zeno, mais le Savio Giustiniani a répondu que jamais on n'a éclairci ce bref; que bien à raison le bando a été publié a Rome et qu'ici on a eu tort de ne pas le reconnaître, car à cause des deux individus qu'il a