‹ Innocent XIChapitre 119 sur 430 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

La France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie.

Les nations de l'orient de l'Europe se préparaient à se défendre contre les Turcs ; en même temps, celles de l'occident étaient inquiètes à cause de l'attitude belliqueuse de Louis XIV.

L'œuvre du congrès de Nimègue semblait n'avoir donné à l'Europe qu'une paix apparente, car l'application des traités provoqua d'autres contestations de la part de la France vis-àvis de l'Espagne et de l'empire allemand ; et le très-chrétien, fort de son armée, les trancha par la force. Devant les envahissements de la France, l'Allemagne, l'Espagne et les Etats Unis de la Hollande et même l'Italie vivaient dans l'inquiétude ; on tenta de former des ligues contre Louis XIV, mais il parvint à les dénouer.

A l'Espagne le roi demandait l'accomplissement de son obligation de lui céder le château et la ville de Dinant, autrement le catholique devait lui donner Charlemont ; ensuite l'Espagne se refusant de céder Alost, la France occupa le Luxembourg. On tint une conférence à Courtray, mais sans résultat en faveur de l'Espagne.

En Allemagne, en outre de la cession de la haute et basse Alsace, Louis XIV prétendit encore aux hommages des princes qui tenaient dix villes dites impériales, mais ensuite, par l'institution des chambres à Metz et à Brissac, il exigea la com-

plète soumission des mêmes villes. La Diète de Ratisbonne protesta en faveur des princes allemands, mais Louis XIV n'y répondit qu'au bout de trois mois et après l'occupation d'Argentina (Strasbourg).

Les princes italiens n'étaient pas sans crainte, non pas tout pour eux-mêmes, directement, que pour l'Espagne possédant Milan et les deux Siciles ; la France pouvait en prendre occasion pour troubler la paix en Italie. Louis XIV s'assura le passage en Italie par son alliance avec la duchesse de Savoie et par l'acquisition de Casai.

Tous, mais surtout l'Espagne menacée en Flandre, chez elle et en Italie, recouraient au pape.

Le 15 janvier 1680, Lauri, auditeur de la nonciature à Paris, informe Cybo que l'évêque d'Aconia, représentant du duc de Mantoue, a eu une longue conférence avec Colbert, lequel a pris la place du marquis de Pomponne, ministre d'Etat, en l'absence du frère Colbert, marquis de Croissy ; on ne doute pas que la Cour veuille absolument à avoir Casai ; on soupçonne aussi que le roi pense acheter au duc les droits qu'il prétend avoir du duc de Savoie ; mais sur cela on est incertain (i). Et, le 2 février, il écrit que tout le monde voit que Colbert traite avec douceur l'abbé Verrua, ambassadeur de Savoie. On l'attribue à ce que la Hollande refuse l'alliance avec la France, et que les catholiques suisses ont

(i) Le 29, il annonce, que c'est Mgr d'Aconia, qui en causant laissa échapper que lé roi veut aussi Crcme, en outre de Casai, mais, réellement, on ne sait pas si cela est la vérité ou un simple désir du prélat qui n'est pas fort habile dans les négociations. On répète toujours que le roi demande au Piémont le passage et les vivres pour les troupes, mais que l'ambassadeur s'y oppose suivant l'ordre de la régente ; celle-ci refuse aussi de faire une ligue avec la France, et par conséquent l'action militaire peut se retarder. Et, à la même date, il l'assure qu'il parlera du subside du pape à la Pologne, et que l'on note que du moment que ces secours sont donnés pour la guerre contre les Turcs, la Pologne ne peut pas les dépenser en Hongrie et, par conséquent, l'empereur est libre d'envoyer des troupes en Italie.

Page 1