LES FRANÇAIS ENVAHISSENT LA FLANDRE
la France (i) ; mais ici les choses sont en bien mauvais état, les forteresses surtout ; toute l'armée se réduit à 15,000 hommes et avec ce nombre on ne peut pas s'opposer et faire la guerre ». Et, le 9 août, il confirme que le prince a été obligé de retirer ses troupes devant les français, gardant seulement la ville de Luxembourg ; à présent les français demandent 500 écus par jour pour les fourrages nécessaires à l'entretien de la cavalerie, à partir du jour qu'ils avaient fixé à la retraite des Espagnols des localités contractées ; et craignant que les paysans transportent les blés dans les villes murées, ils ont défendu sous peine de coups de bâton de couper le blé.
A la même date, Jacobelli expédie à Cybo deux lettres ; dans la première, il écrit ; « le Procureur Grimani, nommé de nouveau assistant du S^ Office en l'absence du patriarche, me parla déplorant qu'on ne réussisse pas à un arrangement entre Venise et Rome ; j'ai dit que c'était la faute de la Répu-
(i) Et, le 2 août, il ajoute que les prévisions se sont réalisées; les Français ont envahi les pays espagnols et le duc de Parme avec l'armée s'est retiré des terres et des villages prétendus dans le Luxembourg; toute cette province, excepté 17 villages et la capitale, sont au pouvoir des Français. La ville de Luxembourg est une place importante par sa forteresse et la localité, mais étant mal armée, sans vivres et ne pouvant pas en recevoir on craint qu'elle ne doive capituler à la fin de l'année. Peut-être que les Espagnols, avec bien des difficultés, pourraient en empêcher la perte ; ce qui est très-grave, c'est la retraite du duc, car la province lui avait promis d'entretenir à ses frais 4000 soldats et 500 chevaux. L'on saisit le prétexte que le roi d'Espagne avait ordonné de défendre le pays, et on le fait pour solliciter les alliés : mais l'Angleterre et la Hollande, dans la situation des choses, veulent maintenir la tranquillité à quelque prix que ce soit, jusqu'à ce que l'Espagne se trouve en situation de réagir avec l'aide des coalisés pour sa défense. On dit aussi qu'à Madrid quelque ministre espagnol a dit que son pays n'est pas en état tout seul de garder la Flandre ; et que si elle n'est pas secourue par les coalisés, qui devraient dans leur propres intérêts la défendre, elle est obligée de faire des cessions pour prendre sa compensation autre part. Cette idée est confirmée par le départ précipité du prince d'Orange pour Londres et parce que, de Madrid, il ne vient plus d'argent au prince de Parme 'qui en a tant besoin, tandis qu'on le lui avait promis en remettant l'arrivée toujours au courrier prochain.
blique car S. B. a déjà fait des concessions. Grimani en est convenu, ajoutant que même les plus sérieux des Savi déploraient toujours les délibérations du Sénat, qui est aveugle et ae comprend pas ce qui est juste ; il cita la conduite vis-à-vis de Radzivill qu'on garda ici très longtemps et que les Turcs en avaient profité pour conclure la paix avec les Moscovites. Il fit allusion à la crainte de troubles en Italie, et quel malheur, dit-il, c'est pour la chrétienté que le manque d'amitié entre le pape et la République ! qu'il n'y a que des picoteries, des pointilleries sophistiques ; la majorité du Sénat ne va pas à fond dans les affaires et, par ignorance, se laisse conduire à ce qui n'est pas opportun montrant peu de prudence ; que N. S. peut-être, comme un bon père envers un fils récalcitrant, pourrait déclarer à qui va la pension sur les revenus de l'église de Spalatro, se valant de la faculté de la réserve, sans avoir été obligé par personne ; on détruirait ainsi toute pointillerie pour laquelle 2 millions d'âmes sont sans pasteurs, car pour Crema on trouvera des accommodements après en avoir fini avec Spalatro. Grimani m'a ensuite envoyé le P. Inquisiteur pour me recommander le secret et de ne pas le nommer ». Et, par la seconde, il l'informe : que dans la nuit est arrivé un courrier de Naples pour avertir qu'à Zante il est arrivé un incident entre le Provéditeur de la forteresse et le commandant des vaisseaux français ; celui-ci prétendait avoir le premier le salut, tandis que le Provéditeur soutient le contraire et que la forteresse n'a qu'à répondre avec 9 tirs s'il s'agit d'anglais, et 7 avec les français. Le commandant se plaint aussi qu'on l'a fait attendre une heure avant d'êtr.e reçu en audience et que les rafraîchissements ont été bien mesquins, ajoutant que c'est une chance que l'habitation du Provéditeur ne fût pas en bas, car il l'aurait fait bombarder. On a envoyé des courriers aux ambassadeurs et le Sénat a écrit à Foscarini à Paris (i).
(i) Le 6 septembre, il écrit : aujourd'hui on lira la réponse ''touchant le salut qu'on a fait distribuer à Paris ; les forteresses de Zante, Corfou, Céphalonie et Souda doivent être saluées les premières, tandis que celles de