LOUIS XIV ET GENES
paix ; on n'a pourtant que 10.000 chevaux, mais d'habitude la cavalerie n'est réunie qu'à la fin de l'hiver. L'armement naval est considérable surtout après l'accord avec Tripoli '; et l'on dit que tout est préparé contre Gênes dont on parle comme au temps de Casai (i).
Le 16 janvier 1682, il annonce qu'ayant dit à l'ambassadeur de Venise que le roi semble disposé à s'accorder avec le pape, peut-être pour quelque projet sur l'Italie, S. Exe. montra d'en faire grand cas... «J'ignore si la nouvelle est vraie, mais tout le monde dit que le roi veut un accommodement avec le pape, sachant que S. B. a refusé d'entrer en ligue contre lui... On assure qu'il existe une alliance entre Gênes et la Hollande pour faire entrer dans le port de Gênes et en vue de sa sûreté, huit ou dix vaisseaux hollandais, d'autant plus qu'on voit bien difficile que la France fasse des conquêtes en Flandre à cause des ligues pour en assurer la défense et aussi des armements de l'empereur ; par conséquent à Paris on pense plutôt à s'emparer de Gênes ».
Le ig, Jacobelli annonce que Foscarini écrit que les Français demandent au duc de Mantoue de mettre garnison aussi dans sa capitale même. Ce bruit vient de Gênes et ici on hâte les préparatifs de guerre (2) en enrôlant, pour le moment, les étrangers, réservant les indigènes pour plus tard ; on parle d'augmenter les droits sur le sel et le blé... Le duc de Mantoue résiste et ne veut pas se rendre à Paris ; il a envoyé le frère de Vialardi à Vienne pour se justifier (3). On dit que le
(i) Dans un avis de la fin de l'année on lit : que le pape a ordonné que les cardinaux de la dernière promotion visitassent incognito don Livio, n'ayant pas voulu qu'il fût visité en cérémonie.
(2) Le 19, il annonce qu'on attend la publication de deux décrets, dont un impose la taxe de 22 1/4 ^jo c'est-à-dire le huitième denier, des 8, un sur les biens qui ont été achetés depuis 30 ans.
(3) Le 20, Airoldi écrit : le chev. Cornaro, de passage à Milan, a dit au résident de Venise que le très-chrétien dispose de la volonté de la duchesse de Savoie car elle lui est dévouée et qu'on verra des nouveautés au départ du duc pour le Portugal ; il ajouta aussi que d'Estrades agit à Turin avec une autorité despotique.
Innocent XI — III. 22
roi très-chrétien, pour agir en Italie, aurait même tâché d'avoir à son service le marquis Porroni, mais celui-ci a répondu que, quoiqu'exilé de Milan, il ne voulait pas être rebelle à son pays. Et l'auditeur conclut que le Procureur Contarini, de retour de Paris, l'informa que le roi lui a dit qu'il désire et peut-être bientôt visiter ces pays. Probablement Foscarini sera confirmé dans sa charge d'ambassadeur, étant bien vu du roi et au courant des nouvelles (i). A la même date, il ajoute : que les Fieschi réclament les fiefs dont ils prétendent avoir été dépossédés par les Génois. Il mande un avis de Gênes du 9 février où on lit que 11 galères de France entrèrent dans ce port et en partirent après quelques jours, ayant reçu le salut ordinaire... En Provence arrivent bon nombre d'esclaves achetés par le consul de France pour les galères... A Turin on prépare le départ pour Lisbonne du service d'écurie avec les beaux carrosses qu'on a fabriqués exprès. Le 18 mars, il avertit que le 12 sont partis 90 chevaux et 22 mulets pour Lisbonne ; et on dit que l'escadre portugaise sera en juin à Villefranche (2). Le 16 février, il annonce que Saint Olon est parti pour Gênes comme envoyé. Et il transmet aussi à Cybo un sommaire des réclamations des Fieschi contre la République. Mais, le même jour, il déclare que le dossier n'est qu'un recueil d'écrits anciens par lesquels on prétend justifier, en faveur des demandeurs, la possession de biens, qu'on a fait dessiner sur une carte géographique. Le recueil a été publié, mais on en a retiré les exemplaires afin que les princes ou autres intéressés n'en eussent connaissance. Il tâchera d'en avoir un exemplaire pour y copier ce qui touche Borgo Val di Taro et la principauté de Masserano,
(i) Le 12 octobre 1680, Cybo lui avait écrit à ce sujet : « quoique les lettres de Foscarini contiennent de graves équivoques, il est utile de les connaître ».
(3) Le 7, Jâcobelli avoue que la nouvelle de la mort du roi de Pologne était fausse ; mais qu'on lui a dit aussi que le comte de Soissonssera appelé par les sujets du duc de Savoie, au cas que le duc aille en Portugal, se refusant d'obéir à la duchesse, qui à ce que l'on prétend aurait consenti de donner Asti à la France.