‹ Innocent XIChapitre 134 sur 430 · INQUIETUDES A VENISE · texte numérisé non relu

INQUIETUDES A VENISE

Le 31, Lauri écrit que, tandis que cessent les craintes d'une guerre en Allemagne, les soupçons continuent pour l'Italie et surtout à l'égard de Gênes ; que toutefois on veut faire croire que l'armée française est prête à entrer dans une ou plusieurs places du Piémont, d'accord avec la duchesse de Savoie et on explique ainsi le va et vient continuel des courriers entre Paris et Turin. Et, le 12 septembre, Jacobelli informe que l'ambassadeur impérial et celui d'Espagne sont allés au Collège faire instance pourque Venise veuille s'unir à la ligue pour la défense de l'Italie. Dans la réponse on a dit que la République a toujours coopéré à la tranquillité et à la liberté de l'Italie. Il y a des sénateurs qui refusaient le mot coopérer, considérant qu'il pouvait impliquer une obligation, mais la phrase est passée entièrement.

Le II octobre, Airoldi mande que le résident de Savoie, par lettre ostensible de la Duchesse, a participé au gouverneur la conclusion de la ligue défensive entre la France et la Savoie pour les places de Casai, Pignerol et les états du duc ; S. Exe. appela le résident de Venise (i) pour l'avertir ; on dit que les Français sont arrivés près d'Asti (2).

sujets de V. Em. ». Le 23 septembre, il répond qu'il ne sait plus rien du prince, tandis que le gouverneur est averti qu'à Turin on en parle et que cette duchesse a envoyé quatre compagnies à Masserano.

(i) Le 24, Jacobelli informe que dans la semaine, par ordre public, on a appelé en ville plusieurs sénateurs afin de tenir le Pregadi au sujet de la ligue entre la France et la Savoie. Le marquis Parella vient d'arriver sous le nom de Calisto Cavalieri ; il veut négocier avec les ambassadeurs de l'empire, de l'Espagne et la République pour délivrer le duc de l'esclavage dont le menace la France ; mais trouvant tout le monde absent il est parti pour Ferrare et reviendra plus tard.

(2) Le 28, Airoldi mande que la duchesse a envoyé 700 soldats à Andorno, fief de Parella, pour le punir. Et, le 31, Jacobelli annonce que le marquis a parlé dans le Frioul avec l'ambassadeur impérial et avec le Provéditeur Morosini,qui a été général à Candie; déjà il avait commencé à négocier avec Délia Torre autrefois par l'entremise du P. Ercolani, camaldulc, qui de Vienne était venu à Venise. On a appris que le Doge dans ses salles, s'est plaint avec des Savi et des sénateurs sur le sort de l'Italie et du peu d'application du gouvernement à se délivrer de l'esclavage qui la menace ; il montra la nécessité d'une ligue avec les princes et avec le pape surtout. Et enfin, le 19 novembre, il écrit que Parella n'est plus revenu et on dit qu'il

Le 28, il écrit que le gouverneur a fait des démarches auprès du duc de Mantoue pour qu'il ne prenne pas d'autres accords avec la France au préjudice de l'Italie ; S. A. a répondu que lui aussi tient en considération le bien public et qu'il pourrait s'y opposer s'il avait un préside à Mantoue. Cette réponse ambiguë laisse perplexe car le duc paraît disposé à toutes les volontés de la France.

Le 7 décembre, Lauri écrit qu'un ami du comte Anguissola, envoyé de Parme, lui a confié qu'ayant reçu une visite de Melani et demandé s'il venait pour la restitution de Castro, il lui répondit que non et seulement pour les félicitations au sujet de la naissance du duc de Bourgogne ; mais que Melani l'ayant assuré que s'il parlait de cette affaire à la Cour il serait bien accueilli, Anguissola répliqua de ne pas vouloir dépasser ses instructions, bien que Croissy lui ait dit que si le duc voulait remettre cette affaire en discussion il aurait la protection du roi (i).

négocie par lettres avec Délia Torre ; on ignore s'il a parlé à quelqu'un, mais il paraît qu'il a demandé des choses difficiles, voulant assaillir Pignerol. Nicolô Micheli est rentré d'un voyage à Turin, Modènc, Parme et Florence ; on croit qu'il n'a pas voyagé pour son plaisir, d'autant plus qu'il est parti deux jours après le discours du Doge. Et, le 3 décembre, il ajoute qu'on a envoyé en voyage aussi Grimani, Savio de terre-ferme» pour surveiller les préparatifs et les milices à Mantoue, Casai et Milan.

.(i) Et, le 14, il informe que sous peu doit arriver l'envoyé d'Espagne pour les félicitations au sujet de la naissance du fîls du Dauphin; on dit que le titre de Bourgogne qu'on donne au nouveau-né sonne mal aux oreilles des Espagnols, car il leur rappelle la perte de la Franche-Comté. Mais le roi leur prépare une surprise plus amèrc : on fait passer dans les mains des ministres étrangers une feuille qui contiendrait, à ce que l'on prétend, le résumé des articles de la ligue conclue entre la France et la Savoie. « Je crois, écritil, que c'est un document factice surtout aux endroits où l'on parle d'une ligue offensive ainsi que d'autres articles contre Gènes et Milan... » II vient de paraître une critique du livre le « Calvinisme » de Mayembourg, « mais je n'ose pas la transmettre à V. Em. parce que depuis quelque temps ceux qui introduisent de semblables livres dans le royaume, sont punis avec beaucoup de rigueur, et on ne trouve plus qui veuille se charger de les transmettre ; du reste, ayant été publié en Hollande et en Flandre V. Em. pourra le recevoir d'autre part. »

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