CHAPITRE VIII
L'empire et la Pologne
Les rapports entre l'empereur et la Pologne s'étaient améliorés ; les insistances du pape auprès du roi Jean Sobieski avaient obtenu le résultat que la Pologne ne prêtât plus d'aide aux révoltés hongrois ; et l'influence française à Varsovie semblait diminuer. L'idée de former une ligue entre l'empereur et le roi et de la conjonction des armées moscovite et polonaise, était entrée dans la conviction de tout le monde ; seulement on n'était pas d'accord sur le caractère à donner à la ligue : à Vienne on la voulait défensive, tandis qu'à Varsovie on la voulait offensive. Malheureusement, les jalousies et les intrigues des Cours empêchaient des discussions sereines de la question. Si l'action constante du pape soutenue par celles des nonces Mgr Bonvisi à Vienne et Mgr Martelli à Varsovie — ce dernier pour cause de maladie fut remplacé par Mgr Pallavicino — durant cette année n'arriva pas à la solution désirée, elle eut pour effet, toutefois, de tenir vive l'idée de la ligue.
Le 3 janvier 1680, Mgr Martelli, de Varsovie transmet à Cybo (i) deux lettres; dans la première, il écrit : «Mgr Bonvisi,
(i) A la même date, Cybo écrit à l'abbé Lauri à Paris que, d'après ce que l'ambassadeur de Pologne lui a dit au sujet de la bonne disposition du
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de Vienne, m'informe qu'à la Cour impériale les choses ne sont pas mûres' pour une ligue offensive ; mais il avoue que César est toujours prêt pour la conclusion de la défensive, toutefois celle-ci, ajoute Martelli, rencontre ici des adversaires ; dans le gr. Conseil qui va se réunir il y aura des opposants. Ils disent que le duc de Radzivill, lorsqu'il se rendit à Vienne, n'était autorisé qu'à négocier l'offensive ; mais d'autres estiment que, s'agissant d'affaire d'une utilité évidente,le roi pourrait, avec le consentement des sénateurs résidents auprès de lui, promouvoir le traité qui serait conclu par le gr. Conseil. Le référendaire de Lithuanie est de retour de Moscou : on ne croit pas que la paix soit bien prochaine entre les Moscovites et les Turcs. Des lettres de lui disent que le grand duc serait décidé à la conjonction de son armée avec celle de la Pologne, pourvu que la République renonçât à vouloir un subside en argent, et que lui, ayant répondu que c'était au gr. Conseil à décider, on l'assura que de Moscou on aurait envoyé à Varsovie des plénipotentiaires pour obtenir qu'on renonce à cette demande. Par conséquent, déclare le nonce, si le gr. Conseil y consent, le traité pourra se conclure ; quoiqu'on dise que, si l'empereur n'entre pas dans la ligue, la République ne pourra pas seule se lier avec Moscou » (i). Et, dans la
très-chrétien à conseiller son roi à la guerre contre les Turcs, il peut trouver l'occasion d'en parler dans d'autres occasions ; mais que, cependant, il doit rester sur ses gardes, car cet ambassadeur est considéré comme un homme très habile et en grande confidence avec la Cour;il peut se faire qu'il veuille l'exciter à son tour à lui faire des confidences, soit pour des affaires de la Pologne soit même pour celles qui touchent la France. . Et, le même jour, il lui annonce le subside donné par N. S. à la Pologne, l'autorisant à en parler à Colbert et à Morsztyn car on avait dit qu'on se serait réglé sur l'exemple qu'aurait donné le pape.
(ijLey, Bonvisi informe Cybo qu'on tient, comme nécessaire, la ligue défensive avec la Pologne, ne sachant pas où ira finir la tempête et que l'offensive devient toujours plus impossible car les circonstances actuelles augmentent les jalousies. On craint: la ligue entre la France et l'Angleterre; la probabilité du mariage entre Mei'e de Blois avec lefiîsdu duc Ernest de Brunswick pour gagner cette Maison ; on regrette aussi le mariage du Dauphin avec la princesse de Bavière, car, bien que le prince Maximilien