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DISCUSSION SUR LA LIGUE

de la conjonction des armées avec les Moscovites, concluant que du moment que César refuse l'offensive on devait faire la défensive. Le Conseil garde un strict secret ; mais l'opposition à la ligue doit être forte, d'après les discours que tiennent les membres en particulier. La reine aussi m'a dit que le roi voudrait la défensive, mais que presque tous les autres lui sont contraires ».

Le même jour, il ajoute que S. M. l'a informé que le gr. Trésorier (i) lui avait écrit de Paris que le très-chrétien déconseillait la guerre aux Turcs ; que les français en Pologne s'opposaient à la ligue avec l'empereur ; et enfin le roi avait répondu à son gr. Trésorier qu'il avait demandé au roi de

la défensive, est le prélude de la seconde et, dans les circonstances actuelles, chacun voit que pour le bien commun la conclusion des deux est bien nécessaire ; V. S. ne doit rien négliger pour obtenir le résultat ».

(i) Le 28, Bonvisi transmet à Cybo les copies de ses lettres à Martelli pour pousser à conclure la défensive et vaincre l'opposition, du moment que le roi est sincère ; ainsi que la copie d'une lettre reçue du comte de Morsztyn de Paris touchant les intentions du roi de France et celle que peut avoir le roi de Pologne. « Et comme les ministres impériaux croient que le roi Jean n'est pas bien décidé à avoir leur amitié, j'ai tâché de dissiper les méfiances et j'espère avoir réussi à les persuader d'avoir confiance dans le roi. Si on retarde la ligue défensive, comme on en a retardé le traité, l'empereur se raffermirait dans l'idée qu'on a proposé i'offensive parce qu'on savait que celle-ci n'aurait pas été acceptée à Vienne, et pour cela on n'a plus de confiance dans les ministres polonais. V. Em. verra aussi que, d'après le Trésorier, il n'est plus question de la surêté de l'empire, que toutefois à Varsovie on semble disposé à agir avec vigueur si l'empereur et les moscovites se déclarent favorables à l'union, comme l'on espère ; mais César ne peut rien décider s'il n'est sûr de la Pologne. Du reste Morsztyn est d'opinion que le roi de France donne de bonnes paroles mais sans aucun engagement, afin d'induire César à se déclarer contre les Turcs et pouvoir ainsi agir librement dans d'autres localités. Toutes ces négociations sont délicates et importantes pour la chrétienté ; elles m'agitent, car il peut se faire qu'on manque en quelque partie de sincérité, qu'on fasse défaut au moment opportun ouvrant ainsi le chemin à l'invasion des Turcs. Je ne connais, conclut-il, l'intérieur des consciences et je ne voudrais pas réussir à être l'instrument de la ruine de quelqu'un ; c'est pour cela que quelquefois j'ai écrit avec liberté pour sauver la bonne foi avec laquelle S. S. a toujours traité avec les princes ».

350 l'empire et la Pologne.

France de l'argent et non des conseils. « J'ai répliqué, écrit-il, qu'au contraire je croyais ce roi très disposé à aider l'empereur, selon les informations de jadis du même comte et qu'on m'avait transmises par des lettres du secrétaire italien du V. chancelier et que, du reste, depuis que le résident césarien avait bien déclaré que cette ligue ne devait servir que contre les Turcs, les autres princes n'avaient aucune raison d'en être jaloux». Et il ajoute de n'avoir pas pu s'expliquer les motifs qui conseillaient le roi à l'entretenir sur ces particularités, d'autant plus que S. M. lui demanda s'il pouvait expliquer pourquoi les français étaient des adversaires de la ligue, et qu'il lui avait répondu de n'avoir pas assez d'intelligence pour donner des explications à ce sujet (i). Le 31, il écrit que dans la dernière audience le roi lui parla beaucoup sur l'opportunité de faire la conjonction des armes avec les Moscovites, surtout en ce moment que les Turcs sont affaiblis ; que pour cela la République devait abandonner l'idée d'avoir de l'argent, se contentant des soldats ; qu'on attend les Moscovites et que dans le gr. Conseil on n'a plus de répugnance à la défensive avec César... «Toutefois S. M. m'a dit aussi que comme on ne craint plus la paix entre la Moscovie et les Turcs il faut accepter la défensive, mais que l'empereur devait s'obliger à secourir la Pologne au cas où celle-ci, unie aux Moscovites,serait engagée dans la guerre.J'ai répondu, louant les idées généreuses de S. M. à prendre les armes, qu'il serait excellent que César fît la ligue avec cette condition, mais qu'il n'avait parlé que de la ligue défensive; et j'ai ajouté qu'il fallait attendre la teneur des instructions à l'envoyé impérial ; mais le roi répliqua qu'on ne pouvait faire autrement la ligue. J'ai conclu, mettant en relief la conve-

(i) A cette lettre, le 24 février, Cybo lui répond : « lorsque le roi a demandé à V. S. le motif qui pousse d'autres à désapprouver la guerre, il eut été bon de dissiper les doutes de S. M., si toutefois elle puisse en avoir au sujet d'une chose dont personne ne doute. Le roi a^voulu plutôt sonder V. S., et quoiqu'il semble que ce fut un acte prudent de ne pas s'en occuper, V. S. pouvait toutefois détromper S. M,, en faisant ressortir combien il serait désastreux de faire la paix avec les Turcs ».

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