‹ Innocent XIChapitre 150 sur 430 · CONSIDÉRATIONS SUR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA POLOGNE

m. espère y joindre d'autres sommes avec les dîmes et aussi par le concours de princes catholiques et que le Portugal a déjà fait des promesses. « Je lui ai fait observer que de Moscou on s'empresse d'envoyer des ambassadeurs, que tout, donc, faisait voir que Dieu offre sa miséricorde pour aider la Pologne, mais qu'elle ne faisait rien pour se préparer, que dira le pape et aussi les princes, lorsqu'au printemps ils verront que rien n'est prêt ? Le roi répondit qu'il espérait beaucoup dans l'arrivée des Moscovites, et comme il ajoutait qu'à son tour il enverrait un ministre à Moscou, je lui ai fait observer que cet envoi serait superflu et ferait perdre du temps du moment que les Moscovites viennent ici ; alors S. M. dit que ce serait pour dissiper les difficultés qui pourraient surgir ; que si les propositions des Moscovites étaient acceptables, on convoquerait de suite la Diète pour les contributions et l'on ne s'occuperait plus que de la guerre. J'ai répondu que la Diète était un danger à cause des discussions, tandis qu'avec le gr. Conseil on pouvait obtenir le même résultat. Et, ayant demandé la liberté de parole, j'ai ajouté que je craignais que les adversaires de la ligue défensive, dans le gr. Conseil, pussent à présent s'opposer à l'union avec les Moscovites et j'ai rappelé les artifices mis en œuvre à Grodna pour répandre la discorde. Le roi partagea mes craintes, mais me fit cette remarque que maintenant on négocierait d'une autre façon, et que l'on recommanderait aux ministres de ne pas se laisser prendre aux intrigues. J'ai fait comprendre à S. M. que N. S. serait bien peiné si la fermeture du gr. Conseil avait lieu sans avoir rien décidé. Le roi répliqua qu'il était toujours favorable à la défensive, qu'il ne l'avait pas rejetée puisqu'on continuait à la négocier ; mais j'ai objecté qu'il était opportun de la conclure avant l'union

défensive, qui ensuite peut devenir offensive si S. M. voit combien N. S. travaille à Malte et en Portugal pour aider la République. « Les 500,000 fl. sont de bonne monnaie, et S. S, se réserve d'envoyer encore d'autres secours. C'est à la Pologne, à présent, d'agir après tout ce qu'on fait pour elle. V. S. doit en parler avec les ecclésiastiques ».

378 l'empire et la Pologne.

avec les Moscovites, car si l'on attend le retour de Radziwill à Vienne l'empereur hésitera, en face de l'hostilité déclarée des turcs ; par crainte de la France il en est autrement, car il peut arriver, comme le prévoyait déjà S. M., que l'empereur, laissé seul, se résigne à provoquer la trêve avec les Turcs, tandis qu'uni à la Pologne il pourrait résister. Le roi répéta qu'on a parlé de Radziwill dans la supposition qu'il serait allé à Prague, mais comme il prolonge trop son séjour en Italie, on pourra négocier avec le résident césarien aussitôt qu'il en aura fait la demande... J'ai interrogé ensuite le résident; il me répondit qu'il pouvait continuer les négociations, et il ajouta qu'ayant écrit à Prague au sujet des difficultés et du projet de Radziwill, on lui a répondu que l'on réfléchirait, mais sans lui retirer la plénipotence. J'ai dit aussi au roi que lui-même devait travailler à ce que le très-chrétien donne l'assurance de laisser tranquille l'empereur ; il me répondit que le résident en ayant déjà parlé il avait prié à son tour l'ambassadeur de France, qui expédia un allemand d'ici à son collège de Vitry à Prague ; l'allemand revint à Varsovie, porteur d'une lettre du marquis où il était dit que les ministres impériaux exigeaient l'assurance pour tous les coalisés de l'empire et que le très-chrétien avait déclaré de la donner seulement pour l'empereur ; mais j'ai répliqué à S. M. que le césarien avait fait voir deux lettres impériales, dans lesquelles on dit que Vitry, interrogé par les ministres de César à ce sujet, avait répondu de n'avoir pas d'ordres de son roi. Il faudrait, par conséquent, ai-je conclu, que le comte Platter, qui se trouve à Prague pour préparer le' terrain à la mission de Radziwill, mette ce point au clair. Toutefois, on voit bien qu'il sera difficile que l'empereur accueille l'offensive ». (i)

(i) Et, le 10, i! ajoute qu'ayant parlé longuement avec le gr. chancelier du royaume sur les négociations pour la défensive, il s'y montra contraire et dit que le roi n'avait pas la faculté de conclure de tels traités si^ns d'abord l'avoir reçue de la Diète, malgré le dire de certains sénateurs que le roi peut le faire par un senatus-coîisultns à présenter ensuite à la Diète pour la ratification.* Ne pouvant donc faire plier le gr. chancelier, premier ministre du royaume, beau-frère du roi, il est mieux de ne pas exposer l'empereur

DOUTES SUR l'attitude DE LA POLOGNE. 379

Le 13, Cybo répond à Martelli : « N. S. regrette de lire la manière dont on procède vis-à-vis de la ligue avec César et l'union des armes avec les Moscovites ; car on voit bien qu'il y a peu d'entrain à conclure. Malgré tout cela le pape désire que V.S. continue à travailler avec son zèle, afin qu'il en reste un témoignage, pour le monde et pour la Pologne, des soins et des pressions exercées jusqu'au dernier moment par S. S. ».(i) Et, le 14, Bonvisi lui écrit : V. Em. aura connaissance, de la part du nonce à Varsovie, des motifs qui poussent les Polonais à agir contre leur propre intérêt ; mais les apparences ne sont pas bonnes et il se cache quelque mal occulte. Lorsque S. B. ne s'était pas encore prononcée sur les secours on se dérobait, prétextant ce retard, mais à présent que S. S. a pourvu avec largesse, on réclame contre l'empereur de ce qu'il ne fait pas une ligue défensive, vu que les difficultés pour l'obtenir sont aplanies ; la ligue reste chose inutile si on veut négocier sans donner la sûreté que la République approuvera. Le nonce pourra expliquer ces énigmes, mais en attendant tout cela donne du crédit à ce qu'a dit Piccinardi et, s'il s'agit de calomnies, l'auteur sera découvert ; si on ne remédie pas

à un refus. Je dirai au roi de se mettre d'accord d'abord avec son ministre, car on perd une occasion de grande utilité pour la République. J'ai compris que le gr. chancelier est aussi contraire à l'union des armes avec les Moscovites si l'empereur n'y adhère pas. Par conséquent, il arrivera ce que i 'ai toujours dit : que ceux qui refusent la ligue défensive avec César, consentiront encore bien moins à l'offensive avec les Moscovites, car on croit pouvoir se fier aux Turcs plutôt qu'aux princes chrétiens. Comme j'en parlais à quelques-uns, il me fut répondu que les Turcs ne sont pas à craindre pour cette année ; mais j'ai répliqué que les Moscovites peuvent se fatiguer et conclure la paix avec les Turcs, et l'on m'a objecté que la pauvreté du royaume ne permet pas de faire des préparatifs de guerre. Les Moscovites sont attendus d'un moment à l'autre ».

(i) Et, le même jour, il l'avertit :

S. Stà non solamente non hà trattate, ne tratta leghe con alcun principe procurando con ogni studio di esser neutrale in ogni sua attione, e di non dare occasione ad alcuno di credere altrimente. 11 che sia detto à V. S. lllma perche occorrendo possa smentir la gazzetta stampata in Regismonte, la quai presuppone la Lega trà S. S^^ e l'Impie ecc.

380 l'empire et la POLOGNE.

les soupçons augmenteront, quoique celui qui a mis au jour le fond des affaires soit détesté. En tout cas, il est inutile d'attendre Radzivill car on peut négocier à Varsovie avec d'autres. Le 17, Martelli informe Cybo que, parlant avec bon nombre de sénateurs, il trouva qu'ils avaient modéré leurs idées, se séparant du gr. chancelier. Ils disent que tout en stipulant la conjonction des armes avec les Moscovites, durant la guerre actuelle de ceux-ci contre les Turcs, on pourrait juger inutile la ligue défensive avec César, mais on ne peut pas dire qu'elle occasionnerait du préjudice à la République, trouvant juste que l'empereur ne s'oblige pas à l'offensive lorsqu'il n'est pas sûr de la tranquillité dans l'empire. « Je tâche de tenir les sénateurs unis au roi, car S. M. m'a laissé voir son désir à ce sujet. En lui rendant compte de mes démarches, je lui ai conseillé de bien préparer l'opinion afin que l'empereur n'ait pas à souffrir un refus, et S. M. m'a promis de suivre mon conseil. Le césarien ayant reçu une lettre impériale dans laquelle son maître répète qu'il est préparé à signer même la ligue offensive s'il est assuré de l'intégrité de l'empire, le roi m'a dit qu'il en avait parlé avec le résident, qui lui montra la lettre impériale dans laquelle il résulte que César ne demande pas la sûreté des coalisés, mais seulement de l'empire et de ses Etats patrimoniaux ; et le roi avait décidé d'envoyer un exprès au trèschrétien pour le prier de donner cette assurance à Vienne afin de pouvoir conclure la ligue. Je l'ai approuvé, ajoutant qu'en attendant on devait négocier la défensive, car ainsi on augmenterait la confiance^mutuelle tout en s'assurant la défense si la paix était rompue. Le roi m'a promis détenir Conseil; il a remis en confiance le résident, et il est clair qu'il a écouté mes conseils, car il s'est convaincu que ceux qui ne veulent pas la défensive ne veulent non plus l'offensive. J'ai répliqué qu'il fallait faire vite avec le gr. Conseil et soumettre tout ensuite à la Diète sans attendre, car le Palatin de Kulm m'avait informé : que dans la commission de Léopol, les deux quartali des- contributions fixés à la diète de Grodna pour augmenter les milices de soldats, ont été divisés en cinq, ne devant servir qu'à la solde de 12,000 hommes destinés à garder les frontières, toute-

Page 1