CONVERSATION ENTRÉ LE ROI ET MARTELLI
fois le gr. Conseil pouvait ordonner d'anticiper le paiement des sommes restantes pour mettre sur pied toute l'armée décidée à Grodna et, lorsqu'on aurait conclu l'union des armes avec les Moscovites, partir en guerre en automne ; ajoutant que le gr. chancelier de Lithuanie m'avait dit qu'en trois ou quatre semaines, ayant résolu la guerre, on aurait recruté les régiments formant ainsi un contingent de 12,000 hommes. Le roi me répondit que j'avais raison et que les adversaires ne sont poussés que par pure avarice ; que si les riches voulaient contribuer en proportion de leur fortune, les forces ne manqueraient pas à ce royaume, car en vérité la République n'a pas de dette perpétuelle dont elle ait à payer les intérêts comme d'autres princes; selon les besoins, de Diète en Diète, on élève les contributions de manière que, la guerre finie, cessent les impôts et le pays redevienne florissant. A ce propos, j'ai expliqué à S. M. que les princes italiens, ayant besoin d'une somme, contractent des dettes publiques, créent des Monti comme l'Etat ecclésiastique où les contributions sont plus fortes qu'en Pologne, et que malgré cela S. M. voyait que le pape était préparé à donner des secours pour la cause publique ; que pour la Pologne, en outre des 500.000 fl. pour le commencement de la guerre, N. S. pense déjà à d'autres secours. Mais j'ai dit aussi que S. S. peut se refroidir lorsqu'elle voit la Pologne incertaine, tandis qu'il faut qu'elle prenne une résolution. Le roi accueillit très bien mes paroles et dit qu'avec un impôt insensible sur les liqueurs (et ici on appelle de cette manière aussi les bières, les vins, les eauxde vie et les medoni) la République peut mettre ensemble 20 millions de florins ; il déplora qu'au milieu de tant de dangers il y a des gens qui répètent qu'il faut attendre. Parlant ensuite de la Hgue défensive, S. M. m'a dit que si la Pologne,unie à la Moscovie, faisait une guerre et reprenait Kamenitz, signant une paix victorieuse avec les Turcs- au cas où ceux-ci se retourneraient contre César en Hongrie,les Polonais devraient partira son secours du fait de la ligue défensive, donc l'empereur devrait aussi aider par des secours en argent, sinon au commencement de la guerre, au moins lorsque la Pologne
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serait à bout de ressources. J'ai répondu, qu'en ce cas, la guerre de la Pologne serait offensive et celle de César défensive ; pour l'offensive l'empereur dit qu'il ne peut provoquer les Turcs sans être sûr de la France, tandis que pour la défensive, alors, il serait prêt à signer sans demander aucune assurance au très-chrétien ; il est à craindre qu'un secours pécuniaire serait dangereux à tous les deux dans les négociations actuelles. Le roi trouva juste que l'empereur ne veuille pas provoquer les Turcs sans avoir l'assurance demandée, mais qu'on pourrait signer un acte secret et sous main ; j'ai répondu que je serais content si S. M. obtenait cette promesse, mais qu'en attendant il ne fallait pas pour cela rompre les négociations ; le roi promit qu'au Conseil on en discuterait »... Hier, au Palais, a eu lieu une conférence entre le résident césarien et plusieurs sénateurs députés, mais le gr. chancelier n'y est pas intervenu. « Le résident m'a dit qu'il avait trouvé l'opinion portée à la défensive ; et Mgr de Kiovia venu chez moi, par ordre du roi, déclara, en présence du résident, que S. M. ayant reconnu la nécessité et l'utilité de la défensive, a ordonné de hâter les négociations avec ce dernier ; mais qu'en même temps elle voulait négocier l'offensive avec César et les Moscovites. A cet effet, elle avait décidé d'expédier une lettre au très-chrétien, dont le prélat en montra le contenu : le roi y exprime l'opportunité d'une ligue offensive ; passe en revue ce qui est advenu en France avec le gr. Trésorier, à Vienne avec Vitry et ici avec Béthunes au sujet de l'assurance demandée par l'empereur et de l'espérance dans les secours du très-chrétien ; il demandait une réponse catégorique sur tous les points. Toutefois, à la fin il y avait un appendice dans tequel il paraît que le roi de Pologne s'engageait à surseoir à la conclusion de la défensive jusqu'à la réponse du roi de France et que, si on pouvait conclure l'offensive avec les- Moscovites et avec César, on ne signerait pas la défensive. J'ai prié le prélat de remercier le roi de la preuve de confiance qu'il m'y accordait ; et j'ai trouvé trèsopportune la lettre, observant cependant que l'appendice pourrait troubler les négociations en cours pour la défensive, car