ELECTION DU PALATIN
présentera les brefs à S. M. et à l'impératrice. Et, le 7, d'Edembourg il informe qu'il a déjà parlé à S, M. de la situation en Hongrie et qu'elle lui confirma les nouvelles contenues dans les feuilles à part (i). L'empereur lui avoua qu'il y avait des difficultés à faire accepter la nomination d'un Conseil à latere du Palatin, mais qu'il espérait que tout s'arrangerait. Quant à la question religieuse les hérétiques n'étant pas nombreux à la Diète, ne pourront pas forcer une résolution ; toutefois, il est probable que les révoltés s'obstineront à vouloir obtenir satisfaction, se basant sur les secours des princes
(i) Voici les nouvelles : La Diète ne s'est occupée que des négociations touchant la nomination d'un Palatin. C'était la première affaire qu'elle devait traiter parce que les magnats désiraient cette élection pour avoir un intermédiaire auprès du roi. Les fonctions de cette charge sont maintenant remplies par l'archevêque de Strygonie en sa qualité de Lieutenant, mais les laïques y mettent opposition et craignent que pour les conserver il ne fasse des difficultés à la Diète. L'empereur a accepté qu'on fasse cette élection, mais il veut modérer les pouvoirs du Palatin, ayant eu beaucoup à se plaindre de la conduite du dernier, Vasseleni, qui allait presque d'accord avec les révoltés et n'a pas éteint le feu qui s'alluma partout. On a aussi l'idée qu'en choisissant l'un on mécontente les autres et, par conséquent, on veut lui donner un Conseil de quatre ou six hongrois parmi ceux qui ont les plus hautes charges afin que le Palatin ne puisse pas agir despotiquemeiit. Ce projet plait à beaucoup de monde et a déjà été appliqué d'autres fois. On a aussi appris que le prince de Transylvanie vient d'avertir Tokôli par un message, de ne pas conclure un accommodement sans sa participation et celle des Turcs, lui rappelant les promesses qu'il a faites et lui offrant des secours, mais le menaçant aussi de la confiscation de ses biens en Transylvanie. Tokôli aurait envoyé au prince des réponses prudentes et pleines de malignité, se plaignant de ce que les promesses qu'on lui avait faites n'ont pas été tenues, et que, par conséquent, il ne doit pas précipiter ses résolutions. Toutefois, ajoute Bonvisi, on est d'avis que Tokôli a fait des accords avec le Transylvain, car il a écrit à Caprara qu'il ne voulait pas maintenir la trêve plus de six semaines ; mais on voit que même cette déclaration est un prétexte pour voir comment les affaires marchent, d'autant plus qu'il est douteux que le Transylvain désire une rupture, étant peu sûr que les Turcs ne lui enlèvent la principauté ; tout cela n'arriverait pas si l'empereur était maître de toute la Hongrie. Et le nonce conclut : on n'a pas abordé les questions religieuses ; on tâchera de les réserver pour la fin, car à la Diète de 1647, sous Ferdinand III, on a concédé aux hérétiques non seulement les églises, mais encore d'autres satisfactions.
étrangers, des Turcs et des Transylvains. Et ce sujet pouvant troubler la situation, bon nombre de conseillers sont disposés à céder pour éviter un plus grand malheur. Bonvisi conclut qu'il fera son possible à cet égard, attendant des instructions de S. Em.
Le 15, (i) il informe que l'élection du Palatin a donné lieu à bien des contrastes dans la Diète : Mgr de Strygonie voulait conserver la dignité ,de Lieutenant dont il avait été investi après la rébellion des magnats qu'on a décapités et la mort de Vesseleni, à la place duquel S. M. renomma gouverneur du royaume le gr. Maître des Teutons et son lieutenant, l'archevêque. Mais la noblesse jalouse de ses privilèges s'opposait à cette continuation aussi bien qu'au choix du Conseil adjoint. « Un ecclésiastique, écrit-il, est venu pour me décidera soutenir l'archevêque, mais je lui ai répondu qu'au contraire, voyant que cette lieutenance troublerait davantage la situation, je serai le premier à prier Mgr de Stygonie à y renoncer, afin de ne pas rendre les ecclésiastiques plus odieux à la Diète, facilitant l'entente des catholiques avec les hérétiques, comme il est arrivé à Palfi à la Diète de 1647 par l'opposition des ecclésiastiques unis à d'autres ; Palfi, pour devenir Palatin, s'engagea tellement avec les hérétiques, qu'ayant été élu, il leur fit obtenir ensuite la remise de 90 églises et d'autres privilèges Du reste, ai-je ajouté, nous ne sommes pas sûrs d'avoir tous les ecclésiastiques pour nous, car il y a discorde entre Mgr de Strygonie et l'archevêque de Colocza qui est en même temps évêque de Chiavarino. L'empereur est d'avis que la Diète ne peut pas bien commencer ses travaux sans la libre et indépendante élection du Palatin, (2) et le
{i) Dans un avis du 4 on lit : que vient de naître un archiduc, que le nonce a célébré le baptême, que les parrains furent l'impératrice Eléonore et le duc de Neubourg, que l'enfant n'a jamais pleuré et que l'impératrice a accouché après une promenade d'une heure dans le parc au moment où on allait partir pour Vienne.
(2) Et, le même jour, dans un feuillet à part : il ajoute : quoique l'empereur ait, pour raison de dignité, présenté comme premier candidat le Ban de Croatie, toutefois ses sentiments étaient en faveur du comte Esterhazy,
EXIGENCES DE TOKOLI. 43I
comte Paul Esterhazy, très zélé pour la religion catholique, fondateur de plusieurs œuvres pies, étant candidat, doit être préféré d'autant plus qu'il a promis de s'unir aux ecclésiastiques pour le soutien de la religion. En conséquence, je n'ai
à cause des grandes propriétés qu'il a à la frontière autrichienne, lesquelles sont un gage de sa foi, et aussi à cause de ses manières très-douces qui le font aimer de tout le monde. Le Ban même a fini par se retirer d'autant plus qu'il ne parle pas hongrois. Les deux autres candidats n'étaient pas catholiques. S. M. tâche actuellement de placer les principaux de la Hongrie dans les places qui n'ont pas de titulaires ; mais le respect des hongrois envers le roi est aussi fort que l'affection de celui-ci pour eux, de sorte qu'on espère arriver à bonne fin surtout parce que les allemands se sont apprivoisés avec les hongrois. Esterhazy s'est aussitôt rendu chez l'évêque de Vienne qui a été son promoteur ; on voit que ce prélat devient l'arbitre des affaires et montre une grande habileté ; il a toute la considération de l'empereur qui l'estime beaucoup, de sorte que l'on regarde comme certain qu'il dirigera le Palatin. En ces jours-ci on a présenté à la Diète des lettres de Tôkôli, mais personne ne les a ouvertes attendant le Palatin ; et celui-ci après son élection ne voulut pas les ouvrir mais Icr, porta cachetées à l'empereur. « Cette façon d'agir a tellement touché S. M. qu'elle se réjouit d'être au milieu des hongrois, qui à leur tour mettent de l'émulation à la servir; il est certain qu'ils font des efforts pour réduire les révoltés à l'obéissance. On gagne cette nation par la courtoisie, autant qu'on l'éloigné par la rigueur ». Et, le 22, il continue : la lettre cachetée n'était s'gnée ni par Tokoli ni par Vesselenî, son chef général, les deux chefs n'ayant pas voulu s'engager; toutefois c'est le secrétaire de Tokoli qui la présenta à la Diète, et par conséquent elle a un assentiment tacite. Cette lettre contient trois points principaux : La ratification des derniers diplômes royaux qui entraînent des conséquences préjudiciables au roi ; la restitution aux hérétiques des églises dont ils jouissaient avant la révolution ; et enfin que pour tenir les Turcs tranquilles, on demande pour lui le payement d'un tribut. Il y avait du monde qui trouvait que l'on ne devait entendre cette lecture qu'avec des sentiments de dégoût, toutefois on est resté tranquille et on a décidé que le Palatin devait répondre : que ces prétentions sont exorbitantes, conseillant de les modérer et d'envoyer des plénipotentaires pour négocier. On décida aussi d'expédier une personne de confiance à Tokoli, pour l'exhortera la paix et à renoncer à l'idée du tribut comme ignominieuse pour le roi. Mais Tokoli a promis aux Turcs de ne pas faire accord sans cette clause et leur a donné aussi des otages ; il est donc difficile qu'il y renonce. «Toutefois, le Palatin m'a dit que l'avis de Tokoli n'est pas qu'on paye un tribut, mais qu'une fois seulement on fasse un cadeau au gr. Vizir et aux autres ministres de la Porte afin de les amadouer et de leur faire rendre les otages ; que les
pas voulu compromettre la dignité du Saint-Siège dans des négociations qui ne peuvent pas réussir, et à l'archevêque qui, en tout cas, n'inspire aucune confiance. Vendredi, en effet, le comte a été librement élu Palatin. Aussitôt je me suis rendu chez lui pour lui recommander les intérêts religieux ; il m'a protesté de son zèle, promettant de continuer. Et je l'ai félicité d'autant plus que je ne me suis pas laissé entraîner par de fausses apparences et que j'ai toujours eu confiance en sa bonté en aidant à son élévation. J'avoue, pourtant, à V. Em., conclut-il, que je me trouve bien embarrassé pour distinguer
hongrois peuvent débourser l'argent sans que l'empereur et la Diète s'en occupent, Tokoli faisant tout. Cela, au fond, serait tolérable, car on fait souvent des cadeaux à la Porte ; mais les hérétiques insistent pour le tribut afin d'obtenir des facilités sur la question religieuse. Nous avons, ajoute Bonvisi, quitté la Diète en cette situation y laissant trois commissaires royaux ; il n'a pas été possible d'empêcher le départ de la Cour parce que l'empereur s'ennuyait sans divertissement et l'impératrice l'engagait aussi à partir. Pourtant les six semaines de trêve vont finir, après lesquelles Tokoli veut rompre la paix et, pour cette raison, il y a un mouvement des troupes de Caprara, Taff et Staremberg pour entrer dans la Hongrie supérieure, prévoyant que les Turcs et les Transylvains veulent secourir les révoltés avec des soldats et d'autres moyens ; mais pour le mouvement des troupes il faut de l'argent et, comme il n'y en a pas, on peut craindre des désordres. Le Palatin vient d'écrire d'Edembourg que les ecclésiastiques comptent racheter, avec leur argent, le comité de Scepurio cédé anciennement aux Polonais, pour en affecter les revenus au maintien des troupes hongroises aux frontières. » Et le nonce en louant ce projet trouve qu'il pourrait servir d'exemple à d'autres Ordres du royaume, car ce serait le seul moyen de se défendre des incursions des Turcs et de détruire les révoltés.
Et, le 29, il écrit dans une feuille à part, que d'après des lettres Tokoli serait sorti des comités que le roi lui avait assignés, se rendant dans les environs de Varadine, pays turc, afin de reprendre les otages qu'il y avait laissés ; que si on est disposé à lui concéder les satisfactions il plierait les rebelles, autrement le Transylvain avait l'ordre de la Porte d'appeler les Moldaves et les Valaques pour les assister avec un Pacha ; que les Français lui ont offert 200,000 ungari et le mariage avec la fille de Lubomirski, héritière de sa mère. Tokoli, conclut Bonvisi, veut un acommodement mais ses menaces ne plaisent pas, et il exige trop, car en outre de la constitution de ses biens particuliers, il veut le généralat de Cassovie. On discute surtout cela mais sans prendre de résolution.