‹ Innocent XIChapitre 189 sur 430 · DECLARATIONS DE MGR. DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

DECLARATIONS DE MGR. DE BEAUVAIS

Le même jour, Pallavicini annonçait qu'il avait parlé longuement avec Mgr de Beauvais, qui lui a dit que son roi veut secourir la Pologne si elle est attaquée, mais qu'il ne peut pas faire de plus grandes déclarations dans la crainte de nuire au commerce de ses sujets dans le Levant. « L'évêque est d'avis qu'il y a nécessité d'attaquer les Turcs, mais je n'ai pu savoir autre chose » (i).

vement sembla m'approuver, mais me fit observer que déjà se présentaient des difficultés, à cause des discordes intestines et de la part des nobles au sujet des contributions, me laissant toutefois comprendre que sans cela il eut pu faire la guerre <out seul. Il conclut en disant qu'il fallait attendre l'arrivée des Moscovites, et en m'engageant à travailler en vue de l'union des membres de la Diète afin que Ton décide la guerre. En attendant, je prie V, Em. de m'envoyer des brefs pour les généraux des armées de Lithuanie et de Pologne, en termes soavi conseillant l'accord ».

(i) Et, le 2g, il ajoute que l'évêque est venu se plaindre d'avoir été calomnié à Rome, comme si la nouvelle de la délimitation de la Podolie fut de son invention ; il jure de n'y avoir eu aucune part. « Je le crois, car ici même ses adversaires ne l'accusent pas. » Et, le même jour, il écrit que tout le monde est entraîné à la guerre, mais l'Ordre équestre ne se montre pas disposé à payer. Les dissentiments entre le roi et les deux grands généraux, pour des sentiments de jalousie, sont un grand obstacle. «S. M. elle-même me l'avoua et m'enagagea à parler aux généraux, mais ils sont absents ; à leur retour je tâcherai de les tranquilliser. Beaucoup qui ne voudraient pas voir la Pologne s'engager seule dans une guerre, demandent toutefois qu'on réunisse 30,000 soldats, afin de ne pas se trouver sans défense en cas d'attaque, et avec cette troupe on pourrait, en hiver lorsque les Turcs s'en vont à cause du froid, tenter la reprise de Kamenitz. A ce propos, Beauvais m'a dit que si le roi, pour cette entreprise, demandait au très-chrétien 100,000 écus, celui-ci les lui donnerait ; mais ce projet est également impossible à se réaliser à cause des jalousies. Ayant tâché de connaître le motif qui retient les français à ne pas indiquer le montant des secours qu'ils donneraient en cas de guerre, il m'a semblé qu'ils ne veulent pas donner plus que S. B. et étant d'avis que, dans de telles limites, l'aide ne correspond pas aux espérances des polonais, ils "trouvent plus prudent de s'en tenir aux généralités. Toutefois les français déclarent ne pas s'opposer à une guerre, mais à la conclusion des ligues, toujours suspectes et pouvant faire tourner les Turcs contre la France. Pour les rassurer, j'ai dit que j'avais toujours parlé d'une ligue générale, la France comprise ».

Le 5 février, Pallavicini écrit : « qu'il a parlé au gr. général de Lithuanie, mais que c'est bien difficile de le persuader ; toutefois je tâcherai que personne n'entrave l'exécution de ce qu'on voudrait faire pour la surêté générale ; et le roi me recommande toujours de rallier le général avant la clôture de la Diète ; je le stimule en faisant ressortir les avantages qui en résulteraient pour sa gloire». Et, le même jour, il dément le bruit de la mort du grand duc de Moscovie ; il annonce que les ambassadeurs Moscovites sont déjà en Lithuanie. L'un d'eux est Joannes Atcanarides Zelaborsky et, l'autre, Simeon Protopopane ; celui-ci a déjà été en Pologne et ne s'est pas montré favorable aux Polonais ; ils seront ici dans cinq semaines, en conséquence la Diète sera prolongée... On dit aussi que la ville de Bialacerquievo, une des places qui restent à la Pologne dans l'Ukraine avec une bonne forteresse, appelle les Turcs; mais on en ignore les raisons (i).

Le 8, Cybo écrit au nonce :

Se la Polonia non ha assistenza daU'Imp'"^, né dalla Francia com'è credibile, essendo l'uno costretto di pensare à se, e l'altra desiderosa, che i Turchi portin la guerra altrove, poco si puô sperare ô nella Lega

(i) Le même jour, il raconte que dans la nuit du 31 dernier, alors que les ambassadeurs de France, à leur sortie de la Cour, rentraient chez eux, un page de leur suite, qui se trouvait en arrière de quelques pas, fut assailli par des dragons ; à ses cris quelques gentilhommes descendirent des carrosses l'épée à la main ; alors, à l'appel d'un des dragons, sortirent 200 hommes de la garde du palais du Paîatin de Plosco et, dans la mêlée, il y a eu deux morts et des blessés, entre autres le neveu de Mgr de Beauvais. Les ambassadeurs et leurs carrosses n'ont pas été touchés. Le lendemain, le Palatin, avec le gr. trésorier de Lithuanie son frère, alla chez les ambassadeurs exprimer ses regrets de l'incident et il offrit de donner toutes les satisfactions. Ensuite il leur envoya le capitaine de ses gardes avec tous les soldats et les dragons pour que les ambassadeurs aient à les punir. LL. EE. remercièrent le Palatin et lui renvoyèrent tout le monde, laissant à lui le soin de les punir comme ils le méritaient. On croit que le Palatin prononcera la peine de mort contre les délinquants ; S. M. lui a ordonné de donner toutes les satisfactions, mais on ne doute pas de son innocence carie Palatin est entièrement du parti de la France.

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