MEDINA CŒLI PREMIER MINISTRE
se prévaudra des renseignements donnes, manifestant sa dévotion envers S. S., et qu'il ne fallait pas s'occuper beaucoup du Sénat (i) car dans le conseil d'Etat il y a des dispositions différentes.
Le 24, il mande : que jeudi S. M. déclara premier ministre le duc de Médina Cœli, «Je lui ai présenté, écrit-il, les félicitations du pape et de V. Em., car voulant employer une certaine finesse, je lui ai dit que prévoyant la décision du roi, j'en avais déjà écrit à V. Em., qui m'avait répondu avec les félicitations de S. S., et j'ai ajouté qu'on espérait en lui pour voir refleurir la monarchie, sa valeur, son expérience et ses bons sentiments envers le Saint-Siège étant connus. S. Exe. me remercia, disant qu'elle était bien contente d'avoir des occasions de prouver son dévouement à S. S. et promit de me remettre les lettres annonçant à N. S. sa nomination »(2).
Le 14 mars, Mellini mande que depuis quelques jours on a ébruité que S. S. a refusé à del Carpio le renouvellement de la concession de la Croisade jusqu'à ce que le président de Castille ne soit destitué, et comme tout le peuple est irrité contre celui-ci, on est -content de la décision du pape. « J'ai aussi appris, ajoute-t-il, que del Carpio prétend que la conces-
N. S. sait que de telles vexations ne partent pas du Sénat mais du chancelier et d'autres mal intentionnés. V. S. Illme pourra conclure son discours, affirmant que tout cela n'empêchera pas le pape de continuer à être le père affectueux de la Couronne d'Espagne, même il n'en fera pas un sujet de plaintes si les siens continuaient à recevoir des injustices et ne demandera jamais rien pour eux. »
(i) Malgré ces déclarations, le 19 octobre 1681, le card. Bonvisi informe que le prince de Schwarzemberg lui a répété que le comte Vitaliano Borromeo n'avait encore rien reçu.
(2) Le 31 mars, Cybo lui répond que N. S. connaît depuis longtemps et estime les grandes qualités du duc de Médina Coeli, et il se félicite de ce que le roi lui confère la charge de Premier ministre, car S. S. attend de lui un plus grand avantage pour la Couronne. V. S. a bien fait de le complimenter. Il lui transmet la lettre de réponse de S. B. au duc et aussi la sienne.
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sion lui avait été d'abord promise, mais révoquée ensuite à cause de mes dernières lettres sur l'amende (i) et queN. S. ne l'aurait accordée qu'après la destitution du président. Des sept conseillers, quatre s'étaient déjà déclarés et ont demandé à S. M. de donner des satisfactions au pape, mais les trois autres, par contre, furent d'opinion qu'il ne faut rien changer, mais trouver quelque moyen terme pour ne pas porter atteinte à la régale. J'ai demandé audience au roi et dans la demi heure que je suis resté avec lui j'ai répété le contenu des instructions de V. Em., faisant ressortir que si S. M. ne voulait pas accorder des grâces à N. S. pour le délivrer du remords qu'il éprouve de tant d'offenses, S. S. ne pourrait jamais adhérer à la demande du roi. S. M. m'écouta avec attention et me répondit comme à l'ordinaire, qu'elle réfléchirait ; mais, si je ne me trompe, il me paraît que j'ai fait de l'effet. Je n'ai pas parlé de ce sujet avec les ministres pour ne pas éveiller leur jalousie, car on dit que le Saint-Siège veut la satisfaction pour l'offense de l'amende, afin d'arriver ensuite à l'abolition du tribunal de la force ; toutefois j'en ai parlé d'une manière indirecte selon le texte de Feliciano Oliva, que depuis longtemps j'ai toujours sur mon bureau, et j'ai tâché d'employer des termes courtois pour ne pas les irriter davantage, demandant d'abord la satisfaction à tout pour obtenir ensuite la Croisade. Il est vrai, comme observe V. Em., que le P. confesseur a annoncé des propositions qui tomberaient sous l'Inquisition ; j'ai tout fait pour le gagner, ' sans résultat, feignant même la dissimulation et la patience, mais après son changement je n'ai pu retirer aucun fruit ; toutefois par d'autres voies j'espère réussir dans l'affaire, malgré la guerre qu'on me fait, me fiant dans la justice de la cause et dans la miséricorde de Dieu » (2).
(i) Voir la page 318 du Chapitre III de la Ile Partie du volume publié, Ed. Desclée, Rome igio. /
(2) Et, le 28, il ajoute : que c'est Médina qui protège le président, et le duc, à son tour, y est poussé par D. Jerônimo et le confesseur du roi : Los Balbases et Gonzaga suivent ISIedina par adulation et ces trois et Astorga furent
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Le 25, Cybo écrit encore que dans l'audience d'hier, Carpio a supplié de nouveau N. S., au nom du roi, pour la concession de la Croisade et d'autres grâces analogues, et que S. S. a répété qu'elle devait bien y réfléchir parce que ces grâces ont été accordées pour offrir de l'argent à l'avantage et pour la défense de la chrétienté, ce qu'on n'avait pas fait ; et qu'il ne suffisait pas de dire que d'autres papes ont fait ces concessions, car d'autant plus on a laissé courir le mal, d'autant plus il faut y porter remède et revenir à la première institution, car en fermant les yeux sur ces concessions sacrées et temporaires on les réduirait à une espèce de revenus séculiers, excusant leur origine de temps en temps et continuant les abus. Le pape a dit, en outre, qu'il n'est pas raisonnable qu'il ait à concéder tant de grâces aussi importantes et contraires à la discipline de l'Eglise, si on ne lui accorde pas les satisfactions qui lui sont dues pour tant d'affaires et par pure justice, comme : au sujet de l'évêque de Solmona qui est obligé de rester loin de son diocèse, le Quartier, le sel, Cusani et l'exaction des dîmes etc. Malgré tout cela N. S. n'a pas dit qu'il refusait la grâce, mais qu'il lui semblait que l'Espagne aussi avait l'obligation de le satisfaire, ajoutant que l'exaction des dîmes était d'autant plus nécessaire que le duc de Radziwill se trouvant à Rome, on pouvait par cette concession décider la Pologne qui est tou-
jadis favorables au pape. Toutefois on prévoit que Médina finira par céder, car le peuple est très-droit et attribue aux péchés et à l'excommunication qu'a encourue le président De la Fuente les calamités dont souffre l'Espagne: la peste, la famine, le manque d'eau ; la reine se plaint de ce que le président reste au gouvernement et les conseillers favorables au pape regrettent qu'on ne les écoute pas. « Il me paraît, conclut Mellini, que cette affaire fatale dès le commencement, le sera même à sa fin ; je tâcherai d'agir selon la nécessité afin qu'il n'arrive pas de plus grands malheurs. On m'a dit toutefois qu'on aurait décidé d'envoyer à Rome Don Vyndcente Calatai pour qu'il tâche par des mémoires et des suppliques d'apaiser N. S. ; peutêtre voudrait-on y envoyer un personnage plus important comme ambassadeur extraordinaire; en attendant le président continue son hostilité envers le Siège apostolique et la juridiction du tribunal de la nonciature, menaçant même les religieux s'ils veulent s'y adresser. »
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jours hésitante dans la crainte de n'avoir pas assez de secours pour décider la guerre contre les Turcs. Le pape exprima aussi ses sentiments de tendresse envers le roi et ses souhaits pour la prospérité des royaumes d'Espagne et, en conséquence, ses regrets de voir qu'on se détache des maximes chrétiennes qui ont été la gloire des prédécesseurs de S. M. ; toutefois il espère beaucoup à présent avec le concours du duc de Médina ; et il conclut en répétant ce qu'il dit au cardinal Portocarrero en le congédiant : qu'à la Cour il doit s'intéresser beaucoup d'entretenir une bonne correspondance avec Rome et de gagner l'affection des papes par les considérations que tout le monde peut évaluer, ajoutant qu'il ne disait pas cela, à propos de lui, qui jamais n'aurait modifié son affection, mais pour ses successeurs qui n'auraient peut-être pas tous les sentiments qu'il a envers l'Espagne. « Tout cela, écrit Cybo, est le résumé de la conversation du pape avec l'ambassadeur, et si V. S. Illme entend quelques informations autres, elle dira qu'on a mal renseigné. J'ajoute aussi que le pape n'a fait allusion qu'aux dîmes, que les allusions au Quartier et autres choses étaient de ma main et pour sa gouverne. »
Le 4 avril, Mellini informe que le nommé Cesareo Diaz, avec quatre ou cinq compagnons, présenta à Médina la proposition de prendre à son compte l'entreprise des octrois qui servent à l'administration de la ville, offrant une somme plus forte que celle que rend la ville actuellement ; il offrit aussi de baisser de moitié le prix des denrées. Cette proposition fut bien accueillie et présentée au roi. Le jour suivant de la présentation, Diaz a trouvé chez lui, sur son bureau, un billet anonyme qui le menaçait de mort s'il ne renonçait pas à son projet ; il le communiqua au ministre qui l'encouragea à n'avoir pas peur des méchants, mais que toutefois durant les négociations, il devait prendre des précautions. Diaz se retira à Alcala, comme c'est son habitude ; appelé par le duc à Madrid il s'y présenta mais bien malade, crachant le sang, de manière qu'on répandit le bruit qu'il venait d'être' assailli durant le voyage par des individus masqués et sachettato ; toutefois on disait qu'il n'y avait rien devrai, mais que seule-