‹ Innocent XIChapitre 20 sur 430 · DE LA FUENTE DESTITUE · texte numérisé non relu

DE LA FUENTE DESTITUE

ment il était indisposé ; et que la ville demandait d'obtenir l'entreprise offrant la même somme que Diaz. On n'a rien décidé et le retard peut donner lieu à bien des inconvénients, car l'abaissement de la monnaie a obligé tout le monde à restreindre ses dépenses, ainsi beaucoup de maçons et d'ouvriers cordonniers sont sans travail, sans nourriture et on craint des tumultes ; on dit déjà que bien des marchands reçurent des lettres de menaces de mort si on ne consigne pas d'argent. L'Inquisition a mis en prison plusieurs personnes, inculpées d'avoir pris part dans la maison, qu'on dit d'un juif, aux insultes à un crucifix sous le prétexte que ce serait l'origine de la baisse de la monnaie, et qu'il ne pleut pas depuis longtemps (i).

Le 12, Mellini informe... qu'enfin on a destitué de la Fuenle et nommé à la place de Président de Castille, l'évêque d'Avila (2). Le 14, Cybo lui envoie deux lettres. Dans la première il écrit : « que le cardinal Caracciolo lui a fait part des démarches de V. S. pour qu'on ordonne au v. roi de Naples, que les gardes du Palais aient à présenter les armes au cardinal lorsqu'il s'y rend, comme on fait pour Portocarrero à Madrid et comme on fait ici lorsque les ambassadeurs vont au Palais. Le pape veut qu'on obtienne cet honneur par respect pour le sacré Collège ; » et dans la seconde, que, considérant les grandes dépenses faites à l'occasion du mariage du roi,

(i) Et, le 12, il ajoute que Diaz est mort et que cela donna lieu à une grande démonstration populaire en sa faveur ; sa maivson, qui se trouvait sur la Plaza Mayor, fut bondée de public....

(2) Et, le même jour, il mande qu'il a bien des fois répété le contenu des chiffres de S. Em., touchant la nécessité d'accorder l'exaction des dîmes pour la Pologne, qui est le boulevard de la Hongrie et de la chrétienté, en laissant pleine liberté au pape. J'ai cité aussi l'affaire de Dinant qu'ils ont perdu pour ne pas avoir pris les mesures à temps. Jusqu'à présent le gouvernement a souffert « beaucoup d'irrégularités et il n'a pas été aisé de réussir dans les négociations avec le Conseil d'Italie, mais avecle premier ministre actuel, elles semblent prendre une autre tournure. Médina montre toujours une bonne disposition envers le Siège apostolique, quoiqu'il craigne de trop faire à cause des préjudices touchant les convenances royales ; toutefois je ne détourne pas mes regards des négociations, mais ici il faut obtenir toute solution avec le temps. »

S. S. qui reg^arde avec une paternelle affection les avantages de cette Cour, ne peut s'empêcher de lui ordonner, qu'en temps opportun et avec prudence, il ait à insinuer aux reines et à d'autres personnes combien il serait plus avantageux d'être plus modérés, tandis c[u'il ne manque pas à la Couronne d'occasions de dépenser de l'argent (i).

Le 12 mai,Cybo informe Mellini (2) que del Carpio en annonçant au pape la destitution du président du Conseil royal, exalta le fait et ajouta que jamais il n'aurait pensé que la Cour se serait décidée à cette destitution ; mais N. S. lui répondit : nous n'avons jamais douté que la piété et la justice du roi auraient fini par nous donner une satisfaction raisonnable et juste. S. S. se tint ensuite dans la réserve, mais elle manifesta des expressions de son agrément, de manière que l'ambassadeur pouvait rester content. « En effet, écrit Cybo, lorsqu'il descendit dans mes chambres, il m'a dit : j'ai laissé le pape muy gustado. Mais le bruit court dans Rome que S. Exe. se plaint d'avoir été reçue avec froideur ; et cela ne surprend pas le pape, car on a toujours connu par preuves combien del Carpio facilement représente les choses de Rome non comme elles sont, mais de la manière qu'il les comprend lui-même ou comme elles sont en harmonie avec ses passions. S. S. m'a ordonné, que pour prévenir tout malentendu, je dois avertir de tout V. S. afin qu'elle puisse abonder dans les déclarations auprès de la reine mère, de Médina, dé los Balbases, du prince Gonzales, du

(i) Le 9 mai, Mellini lui répond qu'il fera ces observations mais que, si on a dépensé beaucoup, ce n'est pas avec l'argent de la Cour, mais de la ville et des particuliers ; et après les frais de l'entrée, il n'y a plus eu de fête et la Cour vit avec économie.

(2) Le 9, Mellini avait annoncé que la pluie, tant désirée, est tombée en abondance et semble suffisante à faire revivre les campagnes,.. 600 cordonniers se sont réunis avec leurs officiers pour protester auprès du gouvernement contre la hausse du prix des cuirs, et le gouvernement fît un décret leur accordant d'élever aussi les prix... Le ministre de Savoie, de Gûbernatis, a pris congé de S. M. en déclarant que son duc ne lui enverra pas de successeur parce qu'on a résolu de ne pas lui donner satisfaction ; toutefois le comte n'a pas pris congé de Médina et d'autres ministres.

MGR. D'aVILA président. DE CASTILLE. 59

P. Mende et de tout autre qui a pu être coopérateur, du contentement bien grand du pape. Quant au roi et au cardinal Portocarrero (i), les brefs leur font voir combien est faux ce que l'ambassadeur peut écrire ; à S. Em. on fait allusion au fait, seulement en passant, ayant eu l'occasion de répondre à une lettre par laquelle elle supplie pour l'union d'autres paroisses à l'Université de Tolède. Dans le bref au roi, S. S. s'en remet à ce que de vive voix lai dira V. S. Illme ; et en formulant les expressions de S. S. envers S. M., elle doit réfléchir à la manière dont s'est conduit le pape pour unir aux actes de courtoisie ceux de la convenance et d'une juste dignité. »

(i) Et, le même jour, il lui amionce que le pape se réserve d'étudier avec réflexion pour répondre à la demande du nouveau Président de Castille de pouvoir laisser Avila quitter son diocèse, quoique pour un certain temps, car il s'agit d'abandonner le soin des âmes pour un ministère profane. V. S. ne doit pas oublier de citer l'exemple de l'Inquisiteur général qui refusa d'abord, mais qui obligé ensuite, a voulu se libérer du lien de l'église de Plasencia. Et le 26, Cybo annonce qu'il a remis le bref à l'agent de Mgr d' Avila ; « j'en transmets une copie à V. S. et je l'engage de dire à monseigneur combien est hors de l'ordre le passage qu'il a fait à un emploi tout à fait profane ; et que ce n'est que l'avantage qui en peut venir à l'Eglise universelle, qui a décidé le pape à satisfaire le prélat dans les circonstances actuelles... Dans le bref il est dit que reste ouvert le rappel de reprendre le diocèse ou de laisser Avila pour toujours ». Le 6 juin, Mellini avait répondu que monseigneur accepte à regret la présidence ; et qu'à propos de l'Inquisiteur général, il y avait beaucoup de précédents. Le président n'est pas un ambitieux car il a déjà refusé l'archevêché de Burgos ; et le nonce prie qu'on lui laisse le soin d'en parlera l'évêque s'il veut abandonner ses nouvelles fonctions ou l'évêché. Mais le 4 juillet, il annonce que Mgr d'Avila, aussitôt qu'il reçut le bref lui envoya son secrétaire pour présenter ses remercîments pour la grâce que S. S. lui avait accordée, promettant de travailler toujours à prouver sa dévotion au Siège Apostolique. « J'ai saisi l'occasion, écrit-il, pour dire qu'en effet, le pape lui avait fait une grâce, car il n'aime pas que les évêques quittent leur diocèse, et j'ai cité aussi le cas de l'Inquisiteur qui, pour couvrir cette charge, renonça à son église de Plasencia ; j'ai fait répéter au prélat les mêmes considérations par mon gentilhomme lorsque le lendemain il a été rendi^e en mon nom les félicitations ; révêque lui répondit qu'il avait accepté la charge actuelle malgré lui, et qu'il. lui tardait beaucoup de retourner à son diocèse, mais qu'en attendant il travaille pour l'Eglise ; comme il semble qu'il fasse. »

6o INNOCENT XI ET L'ESPAGNE.

Le 22, il rend compte d'un incident qu'il a eu avec un officier de la Poste. Avant la baisse de la valeur de la monnaie, S. M. payait à la Poste, pour ses lettres, le même droit que les autres, à l'exception de quelques maravedis ; mais après la baisse, il ne paya que 4 réaux de place chaque once, tandis que les autres continuaient à en payer 6 comme auparavant. Voulant faire l'intérêt du Saint-Siège il demanda au lieutenant de la Poste pour l'Italie, d'avoir les mêmes conditions que le roi, mais il n'obtint qu'un refus, de manière qu'il s'adressa à Médina ; dès ce moment, le lieutenant se révolta contre lui, et lui montra son mauvais vouloir. Le 14 mars, le nonce étant en retard pour remettre ses lettres à la Poste, ayant dû attendre les communications de D. Pedro d'Aragon, le courrier partit sans sa correspondance, de manière qu'il fut obligé d'expédier une « cavalcante » exprès, qui coûta à la nonciature 17 doubles et il se plaignit auprès des ministres. En attendant se présenta le fiscal de la Poste pour régler les comptes, et le nonce lui lit dire qu'on devait en déduire les 17 doubles, mais le lieutenant refusa demandant même que la nonciature eût à régler les comptes à chaque arrivée et départ du courrier. Mellini protesta auprès de Navarra et d'Eguia, ne pouvant pas, par le mauvais vouloir du lieutenant, rendre la nonciature responsable de la dépense extraordinaire. « A présent, écrit le nonce, j'attends de voir ce qu'on fera mais j'en informe V.Em. pour qu'elle puisse en parler au Maître général de la Poste d'Espagne, si elle le croit nécessaire ; car je suis aussi conseillé, si on ne veut rien faire, de prendre la Poste de Navarre, qui part tous les 8 jours et dont se sert aussi l'ambassadeur de Venise, quoiqu'elle mette deux jours de plus. Je demande l'avis de V. Em., n'ayant rien voulu changer à ce que j'ai trouvé ». Et, le 23, il annonce que Navarra a bien regretté l'incident, que le roi n'y était pour rien, et qu'on allait tout arranger. « J'ai répondu, en remerciant et renouvelant mes doléances

et que j'attendais ce que l'on ferait » (i).

(i) Le même jour, il annonce que le 30, fête de la St Ferdinand, aura lieu sur la Plaza Mayor l'acte public de l'Inquisition, où on public le nom de tous les coupables et leurs procès ; depuis 40 ans cela ne s'était plus fait.

PRAGMATIQUE CONTRET LE LUXE. 6l

Le 23 mai, Mellini informe que la reine est bien affligée ayant vu disparaître sa grossesse de deux mois, et le roi tâche de la consoler. On va publier une Pragmatique (i) générale pour la réforme des broderies, et des ornements des robes, en mettant la vente en rapport avec la baisse des monnaies. Sera déclarée fausse après deux mois la monnaie qu'on appelle de molino, la distinguant de la caldesiglia, introduite dernièrement dans ces royaumes par la France et on espère que chacun pourra se débarrasser de celle de molino, qui sera recueillie et payée à la valeur d'aujourd'hui pour le compte du roi. La charge en a été donnée à D. Domingo Grillo sous le nom d'un des ministres, qui déboursera à cet effet, de son argent, doublons et pièces de 8 pour s'en valoir auprès de S. M. en d'autres circonstances.

(i) En effet, le 19 décembre, il écrit :

Sabbato scorso li 14 si publicô la Prammatica, consistente in una fissa determinazione di prezzo di tutte le cose principalmente commerciabili, et appartinenti à quello, che ognuno deve pagare, e vendere le sete, i panni, le scarpe, i cappelli, et altre cose necessarie al vestito. Si stabiliscono pure le pigioni délie case à quello che si pagava nel 1660, et alT ingrosso si sono pur limitât! alcuni vittuali senza specificarsi perô per minuto, essendosi per esempio prefisso il prezzo d'un castrato intiero, ma non délia libra la quale seguita à 13 quarti corne prima, e cosî il vino, et altre cose simili che ancora non si sa se restaranno nel prezzo che ne corre presentemente, ô se questo ancora sarà riformato à positura piii bassa. Si crede che si, argomentandosi per probabili congetture benche alcuni lo neghino ; si dice perô che se sii ciô si farè novità, dovrà sentirsi verso principio dell' anno nuovo le robbe Ibrastiere si sono ridotte à prezzo assai più basso di quelle del paese à fine che non ne vengano, e cessi l'occasione di estrarre il denaro fuori di questi regni. Intanto si camina con rigore contro i transgressori, e già se ne sono puniti alcuni.

Pare che su questi principii non mancherà d'esservi délie difficoltà.

Nella scorsa settimana essendo uscito il Rè un giorno al Pardo, le due Régine furono al giardino del S^ Almirante senza haverlo S. Ecc'» saputo, se non dopoi, e due giorni dopô vi fu anche il Rè medesimo.

Si è qui risoluto di mettere in pronto unagrossa armata navale, e si stanno accumulando i mezzi à questa fine. Tutti i Consigli hanno offerte grosse somme. Quello d'Italia m/ioo pezze, quel di Fiandra altrettante.il Consiglio reale m/ioo ducati, quel di Guerra dell' Indie, e gli somme consimili.

Al Sr Duca d'Alba S. M. hà fatto mercede di m/4 ducati di piazza annui.

52 INNOCENT XI tîT l'eSPAGNE.

Le 23 juin, Cybo informe que del Carpio est retourné à l'audience et a demandé au pape la grâce des millions, la période de la concession étant presque expirée ; S, S. lui répéta qu'elle avait besoin de réfléchir beaucoup, parce que l'on continue à lui refuser ce qu'on lui doit par justice. L'ambassadeur ne perdit pas courage : il rendit les ministres responsables du retard, l'innocence du roi faisant toujours espérer des satisfactions ; mais voyant que tout cela ne suffisait pas, il se jeta aux pieds du pape et tant il a fait et dit que S. S. n'a pas pu se contenir, étant donnée sa paternelle affection pour le roi, et a promis d'accorder la grâce, tout en protestant qi^fe, ^i bientôt S. M. ne donnait pas les satisfactions qu'elle doit au Siège Apostolique, il révoquerait toutes les grâces et ôterait l'espoir d'en obtenir. Il indiqua surtout l'affaire du Quartier, celle des dîmes, le sel et les autres qui sont toujours en suspens ; et Carpio promit d'écrire sur tout cela ; « mais comme on a recommandé le secret à propos du Quartier, écrit-il, V. S. n'en parlera pas, S. S. voulant voir ce que Carpio veut faire à ce sujet ; toutefois elle doit veiller, car si elle voit des difficultés elle renouvellera les protestations sur l'emploi de l'argent ; car si à propos du Quartier, on avance le prétexte qu'on ne veut pas un traitement différent de celui de la France, cela ne tournerait qu'au déshonneur de la Couronne d'Espagne, coopérant ainsi à la diminution de la juridiction du pape sur Rome. V. S. pourra répondre que, de cette manière, S. M. ne pourrait pas se plaindre si le pape et l'empereur occupaient des terres espagnoles pour ne pas être moins que la France qui, presque chaque jour, en occupe ; au sujet du sel elle dira que, voyant qu'on prend le chemin de la Vénétie plutôt que le Pô de Ferrare pour le transport du sel à Milan, l'Espagne, malgré cela, sera obligée de payer les droits dus à la Chambre Apostolique ; quant à l'alun, on peut ajouter que, même si le Saint Siège n'y avait pas des droits, toutefois il est monstrueux qu'on donne des avantages aux Turcs et aux corsaires de Barbarie plutôt qu'au pape, qui est le maître direct de Naples, et surtout que l'argent de l'alun serve à payer une dette de

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