CRAINTES AU SUJET DE BRANDEBOURG. 54I
terrains acquis par suite du mariage du fils en faisant des offres, «j'ai décidé d'en parler à S. M. J'ai pris prétexte de la lettre de Ratisbonne, pour lui montrer le danger de l'introduction de cet adversaire dans le royaume et qu'il agirait contre sa dignité s'il s'accordait avec Brandebourg après une telle offense. Le roi se troubla et cela m'a fait croire que le danger était plus fort encore que je le pensais, aussi ai-je insisté tâchant d'adoucir mes raisonnements. S. M. me répondit que je voulais 'deux choses contradictoires; qu'il s'accordât et et qu'il ne s'accordât pas ; mais j'ai répliqué que les deux pouvaient se concilier et précisément si l'on choisissait le roi de France comme médiateur, recevant la parole des deux parties que l'un ne donnerait pas occasion de troubles dans le gouvernement de l'autre et sur cela j'ai laissé le roi. Plus tard j'ai vu que S. M. a trouvé juste mon conseil... J'ai craint beaucoup de la force des offres, qui auraient été de 45,000 th., et j'ai cru de mon devoir de représenter combien l'accord serait contraire à la religion, au roi et à la République. Je ne sais pas si j'ai eu du succès, toutefois j'espère que le roi n'ayant plus près de lui cet ambassadeur, homme très astucieux et résolu à employer tous les moyens qu'il juge nécessaires à son but... La reine est d'avis que la dispense matrimoniale, accordée au prince pour épouser la Radziwill comme parente, est nulle et que la princesse née de tel mariage ne serait pas légitime et capable d'avoir la succession des biens ; il est bon de laisser la reine dans cette opinion parce qu'ainsi l'accord devient plus difficile ; et elle me demande â présent de faire venir la copie de la dispense accordée à Boleslào de Radziwill en 1656. Je voudrais bien que V. Em. fasse faire des recherches ; laissant voir qu'elle voulait les aider, car considérant les sentim.ents de la reine on arrivera ainsi à ce que Brandebourg ne s'enracine pas dans le royaume » (i).
(i) Le 13 septembre Cybo l'approuve d'avoir déconseillé le roi de l'accord insidieux que lui offre Brandebourg ; et promet qu'on fera des recherches touchant la dispense au mariage Radziwill.
Le 27, il informe que l'empereur a transmis à son résident l'ordre de faire des remontrances au roi touchant le passage des rebelles Hongrois par le royaume pour se rendre dans des contrées de la Hongrie dévouées à César ; demandant qu'on prenne des mesures pour l'avenir selon les traités en vigueur entre ces royaumes et dans l'intérêt réciproque de s'aider à vaincre les révoltés, autrement l'empereur sera obligé de les refouler dans la Pologne ne pouvant faire autrement ; et on ordonne au résident de répéter ces remontrances aussi aux sénateurs du parti impérial. En effet, S. Exe. en donna communication au nonce, aux résidents étrangers et, avant eux, à Mgr de Kiovia pour en faire part au roi, et elle partit de suite pour Cracovie. Il est positif que les rebelles engagent leurs amis à trouver du monde, leur promettant du butin plutôt que de l'argent ; et c'est du côté de Cracovie qu'on craint davantage... On travaille pour que le roi se trouve avec l'électeur, mais ce sera impossible car la reine veut rester toujours auprès du roi, et dans ce moment elle ne peut pas voyager (i).
(i) Le 10 septembre, il ajoute que le roi vient d'envoyer au Palatin de Cracovie l'ordre de surveiller la frontière et de punir certains individus qui ont des rapports avec les rebelles. Et le nonce raconte qu'en causant avec un des ministres intelligents, mais d'un autre parti, il lui a dit que, voyant que rien ne réussit, il n'y a autre chose à faire qu'à conclure la ligue défensive avec César ; ajoutant que depuis qu'il séjourne à Varsovie il s'est persuadé de cette nécessité ne trouvant rien d'autre ; mais le ministre répondit que les allemands, même en défendant le royaume en produiraient le désastre, car ce peuple détruit tout où il va. «Mais j'ai répliqué que même, admettant cela, il était préférable de voir quelques cabanes et la récolte d'une année détruites plutôt que la perte du royaume. Le ministre ayant fait remarquer qu'en tout cas la République finirait par ne plus maintenir la parole à rempereur,parceque les diétines n'y auraient pas consenti, le nonce observa que ce point devait intéresser César. Enfin le ministre conclut que Vienne ne voulant pas l'offensive, on ne devait pas insister à Varsovie pour la défensive, car si l'empereur refusait la première, craignant une rupture avec la France, il pourrait ne pas maintenir la parole de secourir la Pologne, d'où on voit que les deux ligues sont nécessaires ensemble ; toutefois j'ai conclu que lorsque César était engagé dans la guerre contre la France il a bien pu maintenir une armée en Hongrie...