LE MARQUIS DE VITRY ET LE ROL
aux traités. Elle a ordonné au vice-chancelier de tout communiquer à l'ambassadeur de France et celui-ci demanda que tout fut mis par écrit ; mais sur la réponse du ministre polonais qu'il n'en avait pas l'ordre, le marquis de Vitry affirma que l'argent arrivé de Dantzig n'avait pas été envoyé en Hongrie et que M. Laverne ne l'enverrait pas — le résident trouve que l'ambassadeur a raison de dire que l'argent n'a pas été envoyé en Hongrie, car il fut remis dans le voisinage
Neo spiritui peperci, explicavi si armistitium in Ungharia maturescat, P.oloniam primam predam, prima castra furentium, inde amicos, haud offendi passuram. Ncc amicitiam sibi debere esse adeo gravem Gallicam, qua vicini offendantur. vSumpsi ab iisdem exemplum. Si inquam in ultimis Comitiis nostris iidem declinaverunt positiva oblatione subsidiorum offendere rcmotam Portam, quomodo praesumant adeo nos inscnsibiles, quod pati possimus offendi Santcissimum, cui maxima rei christianae cura, offendi, ut neget subsidia, et impietatis arguât, offendi Regem Catholicum, ut neget décimas, offendi Imperatorem, qui profundiori diffidentia animum a nobis retrahat, et a coniunctione gentis infestae removeatur ; Ncque aulae nostrae constare, quo titulo M^ de Laverne hic maneat, vel conventicula cum Ungharis celebret, pecuniam transmittat, cuius vestigia ipse Residens pressit, reliqua suus secretarius.
Prima facie respondit Legatus se a Rege amico ministrum in aula nostra extraordinarium teneri omnibus Gallis dare protcctionem ; nec illicitum, ut Rex D. suus pecuniam sibi transmittat, qua Poloniam consumpta augeat. Caeterum petiit, ut illud quod proposui darem in scripto, Moverunt animum tum insincera responsa, ut reposuerim primo me velle cathegoricum, et positivum responsum non obliquum, demum ad scripta condescensurum,repetiique questionem verius expostulationem acriori energia, quod sibi illud intelligerem ; et retulit nullam a Legato, nullam a D. de Laverne pecuniam in Unghariam missam, vel mittendam, nullum cum Ungharis commercium, manere se quidem hinc sesqui milliari, sed pecunia hospitiorum, ablegatum fuisse ad Principem Transilvaniae, sed cum caracter cxpiraverit expectare in amico Regno novum ordinem. Subiunxi itaque nomine Ser^i D. mei Clementissi^i, ut expectet , Varsaviae, vel in loco remotiori ab Ungharia, ne suspicionibus det locum, gentemque nostram innocentem involvat. Caeterum monui de montibus omni vere infestis, et latrociniis plenis, ne querantur si quid inopinati in iisdem sibi, vel suis acciderit, Functi itaque sumus pietatis officio, imo addidi solutum obsidione Luxumburgum denigrari, si Ungharis pecuniis subleventur.
de Javorova ; que Laverne se trouvait ici à la suite de l'ordre de son roi de ne pas retourner en Transylvanie, pour ne pas susciter d'ombrages ; que du reste le très-chrétien avait bien déclaré ses sentiments au sujet des affaires et des inquiétudes de César à propos de la Hongrie et des mouvements des Turcs ; et qu'enfin Laverne demeurait près de lui en simple gentilhomme. Le roi ayant appris cette réponse dit : que si la position de Laverne était telle qu'on le disait, il devait se retirer des frontières de la Pologne et demeurer à Varsovie.
Le 10 juin, Pallavicini (i) informe que des lettres de Moscou annoncent que le Czar, témoin des disputes entre ses conseillers, appelés boyards, et des contestations sur leurs prérogatives de naissance et de rang, se fit apporter les livres des généalogies et, en leur présence, il les fit brûler. Il ordonna d'en faire de nouveaux en y portant les noms de ceux qui possèdent et qui par la suite posséderont des charges publiques. Le peuple a été content de voir ainsi humiliés les boyards. On dit aussi qu'il y aura des changements dans le gouvernement^ le Czar ayant rappelé Artamon de son exil à Astrakan ; c'est un homme éveillé, bien au courant des affaires et qui fut ministre du père du Czar... Le gr. chancelier dit que le mariage de Tokoli avec la Bargozzi a eu lieu dans un château où il y a la garnison impériale ; et qu'il paraissait que Tokoli remplacera Abaffi en Transylvanie (2).
(i) Le 3, il avait annoncé que les Turcs faisaient de grands préparatifs contre l'empereur ; qu'ils n'ont plus de confiance en Abaffi mais le traitent avec douceur afin qu'il ne passe pas à César ; que le prince évite de les rejoindre, dans la crainte d'être emprisonné... que la Perse tient une armée à ses frontières, et les Turcs lui font bien des concessions afin qu'elle ne leur déclare pas la guerre ; ainsi ils lui ont fait grâce de 250,000 ungheri de droits de douane, et aident les pèlerins persans qui vont à la Mecque, oii le gr. Vizir a envoyé une grosse somme pour réparer les dégâts de l'inondation ; c'est l'envoyé polonais à Constantinople qui fait part de tout cela.
(2) Et, le 17, il répète que le bruit court que des troubles ont éclaté à Moscou, parce que ic Czar a épousé une femme de condition ordinaire ; le mécontentement des nobles est grand en voyant que le Czar ne tient aucun
TROUBLES EN MOSCOVIB. 565
Le i^'" juillet, (i) Pallavicini ajoute : que tout fait croire que le Czar est mort, mais que les Moscovites ne laissent pas sortir de lettres du pays ; qu'il semble aussi que les Grands ne sont pas d'accord touchant le successeur, comme le grand duc n'en était pas aimé, ce ne sera pas le fils, qui n'a qu'un an, qui sera proclamé. On dit qu'il y a trois partis : un pour celui-ci, un autre pour un frère aîné du défunt, et un troisième pour un autre frère. D'après des nouvelles de Konigsberg on aurait mis sur le trône un des frères par égard pour la mère, qui est estimée pour son courage et ses bons conseils... Le roi a déjà envoyé des personnes en Moscovie pour avoir des nouvelles. On ajoute que l'élu est le frère cadet, âgé de 7 ans, et que c'est Artamon qui triomphe, homme juste et bienveillant à l'égard des polonais ; le Czar serait mort empoisonné (2).
compte d'eux. Le grand duc a ordonné que 40,000 soldats approchassent de la capitale sous le prétexte de faire la guerre aux Tartares, mais en réalité pour protéger sa personne... Ces jours-ci s'est présenté au roi un gentilhomme hongrois, envoyé par Tôkôli pour s'excuser de la rapine commise par ses soldats sur les terres du maréchal de la Cour, disant qu'ils sont indisciplinés et mal payés et donnant des assurances que de tels faits ne se renouvelleront plus. vS. M. déplora que Tôkoli ne se fut pas réconcilié avec l'empereur ; le hongrois tâcha de le justifier en prétendant que désormais l'on n'agit que poussé par le désespoir ; mais le roi le congédia, ajoutant qu'il voulait que les hongrois eussent à cesser de chercher des amis en Pologne. L'envoyé, avant de quitter Javorova, s'ahoucha avec Laverne et ensuite se rendit à Léopol faire des achats pour les époux Tokoli-Bargozzi. Et, le 24, il ajoute que le gr. secrétaire du rovtiUme lui a écrit qu'il a appris que les français continuent à avoir des rapports avec les révoltés hongrois ; qu'il a donné l'ordre de ne plus laisser passer personne ; que luimême, le secrétaire, s'est rendu chez Laverne pour lui dire d'aller ailleurs, car S. M. ne veut plus que dans sa Maison l'on intrigue contre César.
(i) A la même date, il s'excuse de ne pouvoir remplir la commission de remercier le chanoine Gionthino Pastorio, qui avait envoyé à S. S. un poème latin et deux volumes d'histoire, parce qu'il est décédé ; c'était un érudit et élégant humaniste.
(2) Le 8, il ajoute que des lettres de la Cour rapportent qu'à Moscou le frère aîné est entré au Sénat accompagné d'archers ; qu'il 'protesta avec violence contre la proclamation de son frère et l'injure qu'on lui avait faite. Les frères de la mère du nouveau Czar tentèrent de le chasser du sénat,
Le i8, Pallavicini écrit à Cybo :
Mi è parso bene d'inviare il seguente Capitolo di lettera di persona assai bene informata quale capitolo contiene ciô che è passato ultimamente fra il Re e l'Ambasciatore di Francia :
Dominus Marchio de Vitry apud S. M. de mandate Régis sui habuit audientiam in eaque notificavit Poloniam possé esse extra omnem soilicitudinem cum Arma Turcica hoc anno Ungheriam non Poloniam invasura sint.Sed Mtas S.respondit exiguum hoc esse solatium imosibi comune malum nuntiari cum rébus turcicis in Ungheria crescentibus Poloniae plus timons ex vicina potentia accédât. Neque res Ungaricas fore in his turbis diuturnas, adeoque Poloniam extra metum esse non posse. His auditos Dominus Marchio finivit audientiam nec habuit quid respondere posset.
Le 29, il ajoute : « que depuis quelques semaines le roi croit avoir des indices de la coopération des français à la rupture
mais les archers prirent sa défense et tuèrent Voltrovowski, Rodamanoski et Artamon, voulant que la mère fut enfermée dans un couvent. Ici on parle beaucoup de ces tumultes et l'on dit que, si la guerre civile éclate en Moscovie, on demandera peut-être l'aide de la Pologne, ce qui permettrait d'obtenir des avantages ; d'autres craignent que les Turcs n'en prennent occasion et occupent un pays tartare dans le voisinage de Constantinople. Et, le 13, il informe que l'on attend des nouvelles plus positives, mais qu'il est certain que le nouveau Czar se nomme Pierre, est âgé de 10 ans ; qu'il a été proclamé grâce aux intrigues de sa mère, belle-mère du Czar décédé et que l'on accuse de l'avoir fait empoisonner. La Cour a reçu des lettres de son envoyé à Constantinople où il est dit qu'on a réduit de 40 à 20 reissthal. les frais alimentaires pour le comte Caprara, envoyé césarien, et l'on en déduit que les négociations traîneront en longueur; il est dit aussi que l'ambassadeur de France ne se laisse pas intimider par les menaces du gr. vizir et qu'à ce dernier on ne pouvait pas parler de donner le Sofa à l'ambassadeur, qui se montra indigné contre lui à propos de la querelle bien connue. Et, le 22, il ajoute que l'on confirme les nouvelles tragiques de Moscou ; qu'il est certain que les deux frères sont élus Czars, non pour régner conjointement mais l'un à l'exclusion de l'autre ; laissant villes et bourgades jurer fidélité, suivant leur inclinaison et leur affection pour l'un ou pour l'autre. Si les assassinats ont eu vraiment lieu, ce seraient des adversaires de la Pologne qui auraient disparu. D'après des avis arrivés à Javorova^, il paraîtrait qu'Abaffi a reçu l'assurance de garder sa principauté. On dit que les Tartares de la Crimée veulent s'émanciper de la souveraineté de la Porte... Ici on engage les Cosaques à passer le Borystène et se réunir de nouveau au royaume de Pologne.